Temps mort fait le portrait croisé de trois détenus autorisés à sortir pour 48 heures. Trois hommes avec un passé, et un futur à construire.

Un samedi, tôt le matin, trois hommes sortent un à un par la petite porte d’un immense bâtiment. Une prison, dont ils franchissent l’enceinte pour la première fois depuis des années. Ces trois détenus bénéficient d’une permission de sortie de 48 heures. Dimanche soir, ils devront à nouveau se trouver devant cette petite porte. Ils ont donc peu de temps pour respirer à pleins poumons dehors, sans entraves.
Pourtant, dès les premières minutes, on sent une gêne. Celui qu’on appelle Bonnard retrouve d’abord ses parents qui le conduisent chez eux où l’attend le reste de la famille. Lui est surexcité à l’idée de retrouver tout le monde, mais son père est distant, froid. Il y a un décalage entre le détenu et ses proches qui ont continué leur vie pendant son absence.
Hamousin, le deuxième détenu, n’a personne qui l’attend à la sortie. Il a trouvé un boulot qui lui permettra de se réinsérer dans la société une fois qu’il aura purgé sa peine. A l’inverse de Bonnard, Hamousin est taiseux. Il garde la tête basse et évite les questions sur sa famille que lui pose son futur employeur. On comprend qu’il a passé beaucoup de temps derrière les barreaux et qu’il ne sait comment reprendre contact avec ses enfants. Ils sont adultes aujourd’hui et leur père est un étranger pour eux.
Colin, enfin, est nettement plus jeune. A peine la vingtaine. Il retrouve ses amis à la sortie, heureux, semble-t-il de goûter à la liberté. Très vite, toutefois, il se heurte à la réalité. De retour chez lui, il ne fait qu’apercevoir sa maman qui doit partir travailler. Le regard de ses proches a changé. La vie a suivi son cours, sans lui.
"Leur octroyer une part d’humanité"
Ces trois portraits nous font découvrir une facette méconnue de la sortie de prison. On pense en effet davantage aux aspects financiers, à la réinsertion professionnelle. Mais les relations personnelles pâtissent elles aussi de cet éloignement. Le quotidien des détenus est très différent de celui des personnes libres. Quoi qu’ils fassent, ils resteront à vie marqués par cette expérience.
Temps mort n’est pas pour autant un plaidoyer pour ou contre la prison. On ignore pourquoi les détenus sont incarcérés. La réalisatrice, Eve Duchemin, ne voulait pas qu’on juge ses personnages. "Je voulais qu’on finisse par leur octroyer une part d’humanité, qu’on les regarde autrement que comme des détenus", explique-t-elle.
Son film, le premier dans le registre de la fiction, nous place face à une réalité. Il ne cherche pas à nous donner des solutions toutes faites sur un sujet très vaste. Basé sur un long travail de recherche et de documentation, il nous montre que certains détenus sont des hommes comme tout le monde qui ont trébuché. Comme le résume très justement Eve Duchemin, "la prison est un endroit bouleversant: il y a une histoire de vie cruelle tous les mètres carrés; on y trouve beaucoup de gens pauvres et malades, beaucoup de jeunes issus des quartiers populaires. On y prend une claque, car on réalise que notre société n’a pas su quoi faire de ces gens et qu’ils se sont retrouvés dans cet endroit qui ressemble à une cité, mais hors du monde."
Elise LENAERTS

