De grandes espérances est un thriller politique efficace qui suit le parcours d’une jeune idéaliste confrontée aux dilemmes du monde du pouvoir.

Malgré son titre, De grandes espérances n’est pas une adaptation du roman de Charles Dickens. L’histoire se passe de nos jours et s’intéresse au parcours de Madeleine, une jeune femme brillante et idéaliste. Issue d’un milieu modeste, elle étudie en vue de passer l’examen oral de l’ENA, l’Ecole Nationale d’Administration. Son compagnon, Antoine, vise la même carrière mais il fait au contraire partie d’une famille aisée. Tous deux passent des vacances en Corse, dans la maison de famille d’Antoine. La journée, ils étudient et le soir ils discutent avec leurs aînés, notamment la tante du jeune homme, une politicienne chevronnée. Tout va pour le mieux, mais un accident vient perturber cet équilibre. Un matin, sur une route déserte, Antoine a une altercation avec un conducteur. Le ton monte et la situation tourne au drame. Les deux jeunes gens sont maintenant liés par un secret. Rien ne sera jamais plus comme avant entre eux.
Fortement ébranlés, ils se séparent et chacun part vivre sa vie de son côté. Madeleine débute une carrière prometteuse auprès de la tante d’Antoine. Ce dernier s’engage lui aussi en politique mais au côté du rival de sa tante et donc de Madeleine. C’est là que leur passé commun refait surface, menaçant leurs carrières respectives. A quels sacrifices ces deux idéalistes remplis de bonnes intentions devront-ils se livrer? La fin justifie-t-elle les moyens?
Rompre avec un système injuste
Ces questionnements moraux sous-tendent ce thriller politique à la thématique originale. De grandes espérances amène en effet à réfléchir à la manière dont on peut changer la société, à la place qu’on occupe dans celle-ci, aux espoirs qu’on peut placer dans les jeunes pousses qui veulent rompre avec un système injuste. Le titre a d’ailleurs un double sens. Les grandes espérances, ce sont celles qu’on place en Madeleine. Ce sont aussi celles que Madeleine place en ses idées politiques. Enfin, ce sont celles que nous plaçons en une politique qui permettrait d’accéder à un monde plus juste, plus équitable, plus fraternel.
Il s’agit d’une fiction qui utilise les codes du thriller de manière efficace. On suit donc avec attention les rebondissements disséminés sur la route de cette jeune femme. Elle vise le bien commun mais elle est prête à mentir pour y arriver. Cela fait-il d’elle un monstre? On s’intéresse également à ses origines sociales en creusant sa relation avec son père. Madeleine veut avancer mais elle se sent freinée par son milieu modeste. Doit-elle le renier pour la cause?
Beaucoup de dilemmes, donc, pour un film aux allures de tragédie grecque, qui aborde plusieurs sujets tournant autour de la politique. Il dresse le portrait d’une femme qui se bat pour ce en quoi elle croit. Le réalisateur laisse bien sûr le choix au spectateur de prendre parti et de se forger sa propre opinion. Pour cela, il peut compter sur son actrice, la très prometteuse Rebecca Marder, parfaite héroïne complexe et ambiguë.
Elise LENAERTS
