Dans leur livre Les crises de l’Eglise, ce qu’elles nous enseignent, Sylvie Bernay et Bernard Peyrous invitent à ne pas désespérer. L’Eglise a une capacité de résilience hors du commun, mais a besoin de saints pour incarner la parole du Christ.

Et si l’Eglise était en train de vivre la dernière phase de son histoire, qu’elle ne se remettait jamais de la crise qu’elle traverse emportant dans son déclin jusqu’au message même du Christ? Cette question est incontestablement celle que tout chrétien européen se pose lorsqu’il lui arrive d’ouvrir au hasard de ses pérégrinations la porte d’une église et qu’il découvre qu’un office y est célébré devant un dernier quarteron de fidèles âgés. Cette interrogation ne peut que glacer l’échine du chrétien pratiquant ou peu pratiquant mais qui a un attachement suffisant à sa religion pour ne pas pressentir qu’elle est en danger. Les chiffres de la désaffection en Europe sont exponentiels: en Belgique, dans la région la plus déchristianisée du pays, la pratique régulière est tombée à 0,5%, en considérant toutefois que la pratique ne résume pas tout l’attachement au christianisme.
Une première crise à la fin du Moyen Age
Pour prendre du recul face à cette interrogation angoissante, il est peut être utile de se souvenir que l’Eglise a surmonté d’autres crises grâce à une vitalité et une résilience exceptionnelles. C’est ce que tentent de démontrer Sylvie Bernay et Bernard Peyrous, dans Les crises de l’Eglise, ce qu’elles nous enseignent. Parmi ces crises, celle engendrée par l’état déplorable de l’Eglise à la fin du Moyen Age. Etre prêtre était alors davantage une occasion de vie mondaine et de profits qu’une vocation. La vente des indulgences par l’Eglise, qui accordait en contrepartie le pardon des péchés, était devenue une activité lucrative. Lorsque Martin Luther a refusé en 1517 l’intercession de l’Eglise dans le salut des âmes, il a déclenché une crise majeure et divisé la chrétienté en deux. En réaction, le concile de Trente de 1545, organisé par l’Eglise catholique, a conduit à une revalorisation du rôle du prêtre par rapport à l’eucharistie, aux sacrements et à la prière. Ce dernier était appelé à la sainteté autant que les religieux, ce qui supposait une vie entièrement dédiée à son ministère. A la même époque, des personnalités comme saint Vincent de Paul (1581-1660) ont également contribué à l’instruction des prêtres, à l’évangélisation des fidèles et aux soins apportés aux pauvres.
Indifférence religieuse

La crise traversée par l’Eglise au moment de la Révolution française a été un autre moment extrêmement critique dans son histoire. L’offensive à l’encontre de l'institution a été très violente dans la France révolutionnaire et les pays qu’elle a conquis, dont la future Belgique, qui a connu une politique de confiscation des biens d’Eglise et de fermeture des institutions ecclésiastiques. "Mais cette crise ne peut être comparée à ce que nous vivons aujourd’hui et qui est inédit: l’indifférence religieuse", rappelle Jean Pascal Gay, professeur d’histoire du christianisme à l’UCL. Le philosophe Pierre Manent, catholique discret, témoignait récemment à l’occasion d’un colloque à Paris, de "l’incapacité qu’ont désormais la plupart des chrétiens de définir l’objet même de leur foi, laquelle se laisse envelopper dans la promotion d’une compassion générale pour tous, qui n’est pas synonyme de l’amour de l’autre promu par le Christ". Cette disparition de la connaissance du contenu même de la foi, parallèlement au déclin de la pratique, est certainement le trait le plus marquant de la crise actuelle.
Laurence D’HONDT
