Par son récit « Habiller le Ciel », l’auteur Eugène Ebodé rend hommage à sa mère


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Par son récit « Habiller le Ciel », l’auteur Eugène Ebodé rend hommage à sa mère
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le
3 min

Dans un magnifique roman quasi-autobiographique, "Habiller le Ciel" raconte la poursuite du rêve d'une maman au travers du parcours de son fils.

"Habiller le Ciel" raconté par Eugène Ebodé
(c) CC BY-SA 4.0, Anthere par Wikipedia

"Je n'ai pas assisté à l'enterrement de ma mère", confesse le narrateur au début de ce roman. "Il m'a semblé qu'un catafalque de papier me permettrait [...] de reconstituer son existence", poursuit-il.
Avec ce narrateur, nous voilà plongés dans le Cameroun et le Tchad d'il y a quarante ans. Au fil des pages, le lecteur découvre la vie de Vilaria, mère d'une famille très nombreuse, et de son fils aujourd'hui parti vivre en Europe.

En espérant décrocher le bac

"Mère a voulu apprendre le français, parce qu'elle était au fond d'elle-même curieuse de tout", raconte le narrateur. Elle ne pourra pourtant pas faire d'études. Sa fierté viendra du fait que ses enfants lui apportent leurs diplômes qu'elle accroche au mur de la maison.

Mais un échec scolaire à l'année précédant la terminale pousse le jeune homme à chercher une autre voie. un camarade d'école lui "mit dans la tête l'idée de quitter le pays et d'aller dans un autre où nous pourrions nous inscrire en classe de terminale", ce qu'ils feront au Tchad. Là, l'histoire personnelle rejoint la grande Histoire du pays. Les coups de feu résonnent à Ndjamena. Le narrateur doit fuir dès la fin du deuxième trimestre de son année, et se retrouve en camp de réfugiés.

Les retrouvailles avec sa mère sont intenses, à la hauteur de l'inquiétude qu'ils ont l'un et l'autre ressentis. Puis le jeune homme se demande: "Qu'allais-je devenir?" Sa mère suggère: "Tu seras ce que le ciel décidera. En attendant, nous devons l'habiller de prières..." A la foi pieuse de l'une répond la passion du football de son fils. C'est un début de carrière sportive qu'il entreprend alors.

Le Cameroun et le Tchad après colonisation

(c) éditions Gallimard

Il reste difficile de résumer en quelques lignes un roman aussi dense (261 pages) de cet auteur camerounais. Citons néanmoins sa capacité à décrire par de courtes phrases, avec un sens de l'éclipse et de la poésie, des situations vécues pendant cette enfance qui l'a marqué. La vénération pour sa famille, y compris les oncles et tantes nombreux, la nécessité de se frayer un chemin dans un contexte d'après colonisation dans ces pays d'Afrique centrale... Eugène Ebodé s'en est nourri pour fabriquer ce nouveau roman si personnel.

Signalons une habile manière de terminer le récit. La maman du narrateur s'étonne: "Je ne pensais pas que tu écrirais tout ce que nous avons traversé comme joies et peines." Quelques lignes plus loin, elle proteste: "un livre qui parle de moi mériterait de contenir au moins mille et une pages, non?!" N'en est-il pas ainsi pour tant de femmes, mères de famille ?

AF de Beaudrap

Eugène Ebodé, "Habiller le Ciel", Gallimard, 288 pages

Catégorie : Culture

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