Les Belges ont de plus en plus de mal à se nourrir et sont de plus en plus en plus pauvres. La campagne 2022 de l’Avent d’Action Vivre Ensemble, bat son plein sur le thème de l’aide alimentaire. L’organisation dénonce le système et l’apathie des pouvoirs publics. Elle montre aussi des solutions.
Une mauvaise gestion de la pauvreté
Il faut chercher à éradiquer la pauvreté et non se contenter de la gérer par des aides. En soutenant cette année 109 associations de lutte contre la pauvreté à Bruxelles et en Wallonie, Action Vivre Ensemble dénonce le système de l’aide alimentaire qui s’assimile à une aide humanitaire d’urgence qui ne dit pas son nom. Et qui aboutit à exonérer les pouvoirs publics de chercher des solutions de long terme. Le secteur associatif fait preuve de créativité pour réinventer l’aide alimentaire.

Le droit à l'alimentation en danger en Belgique
"Le droit à l’alimentation est un droit de l’homme reconnu par le droit international qui protège le droit de chaque être humain à se nourrir dans la dignité, que ce soit en produisant lui-même son alimentation ou en l’achetant", écrivait Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.
Bien qu’inscrit dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et d’autres traités ratifiés par la Belgique, ce droit à l’alimentation est aujourd’hui en danger dans notre pays. À l’occasion de sa campagne d’Avent 2022, Action Vivre Ensemble demande que ce droit soit consacré dans la Constitution. Ce qui n’aurait pas uniquement des retombées symboliques mais obligerait les pouvoirs publics à définir une stratégie en matière d’alimentation et à intégrer cette dimension aux politiques publiques. Ceci permettrait de garantir un véritable accès au droit à l’alimentation.
L'aide alimentaire, signe d'appauvrissement de la population
Ces dernières années, le nombre de personnes ayant recours à l’aide alimentaire en Belgique n’a cessé d’augmenter. Ceci reflète l’appauvrissement toujours croissant d’une grande partie de la population. Selon la Concertation aide alimentaire, 600 000 personnes sont aujourd’hui concernées, contre 450 000 en 2020. Et la situation ne risque pas de s’améliorer au regard des crises énergétique et économique actuelles.
La précarité alimentaire ne se limite pas au fait de pouvoir se nourrir en suffisance mais elle met également en jeu la santé (alimentation saine) et l’environnement (alimentation durable). Toutes ces dimensions ne sont pas prépondérantes dans l’aide alimentaire telle que pratiquée aujourd’hui. Il s’agit donc davantage d’une aide humanitaire d’urgence qui ne dit pas son nom.
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Des solutions structurelles existent
En effet, si l’aide alimentaire constitue un secours indispensable pour permettre à chacun et chacune de s’alimenter, elle reste une solution à court terme. Cela relève de la part des autorités de la gestion de la pauvreté plutôt que de la recherche de solutions structurelles visant son éradication. Ne pas dénoncer l’existence même de l’aide alimentaire, c’est déjà banaliser la pauvreté !
Les associations actives dans le domaine de l’aide alimentaire sont conscientes qu’il s’agit de mesures sparadrap. Partout, parmi les 109 associations de lutte contre la pauvreté soutenues en Wallonie et à Bruxelles par Action Vivre Ensemble, le secteur se montre, au contraire des pouvoirs publics qui ont fait le choix de perpétuer le système des colis alimentaires, créatif pour faire vivre un « véritable » droit à l’alimentation, respectueux de la dignité des personnes.
"Je me demande toujours comment je ferai pour finir mes mois sans Cofamon. Une vraie bouffée d’oxygène pour les parents solos au bord du gouffre avec tous ces soucis financiers. J’ai réussi à passer l’hiver sans m’inquiéter pour le chauffage grâce à l’action pellet, sans quoi je ne suis pas sûre que j’aurais su acheter autant s’il fallait le payer à prix plein".
Mambuku Joviale, maman soloCOFAMON (Collectif des Familles Monoparentales)
Quelques exemples ? En province de Liège, Cofamon organise une aide alimentaire (et de matériel chauffant pour l’hiver) spécialement dédiée aux familles monoparentales qui n’ont accès à aucune aide ; dans les Marolles, à Bruxelles, Les Capucines proposent une épicerie sociale et des « courses solidaires » ; à Bruxelles encore, ADRA vient de créer un « food truck veggie » pour les sans-abris, qui s’installe aux côtés de Rolling Douche et Bulle à la gare du Midi ; à Braine-l’Alleud, le P’tit maga propose une épicerie sociale qui a été pionnière.
Tous ces projets redonnent de la dignité aux personnes bénéficiaires en misant, au-delà de l’aide alimentaire, sur des éléments comme la convivialité, le lien social, l’alimentation saine et équilibrée, le libre choix des produits, l’accompagnement par des cours de cuisine…
NG selon CP
"Changer le pansement ou penser le changement?"
Pour présenter cette recherche participative, deux des rédacteurs ont répondu au Grand entretien de Dimanche (n°44-2022) : "pour lutter contre la pauvreté, il faut travailler dans l’urgence, mais qu’il est aussi indispensable de réfléchir à long terme."

