Ce dimanche 6 novembre, le pape François a achevé son voyage au Royaume de Bahreïn. Participant au Forum sur l’Orient et l’Occident, il a invité les participants à prendre le chemin de la fraternité pour répondre aux conflits. Autre temps fort: la messe célébrée en présence de 30.000 catholiques d’Arabie.

"C'était un voyage de rencontre. Pour moi, c'est la nouveauté d'apprendre à connaître une culture qui est ouverte à tous." C’est ainsi que François a qualifié le voyage qu’il a effectué au Bahreïn, du jeudi 3 au dimanche 6 novembre, lors de la traditionnelle rencontre avec les journalistes, dans l’avion qui le ramenait à Rome. La pape s’y est rendu pour participer au forum "Orient et Occident pour la cœxistence humaine".
A son arrivée, le Souverain pontife a été accueilli par le roi Hamad Bin Issa Al Khalifa, et s’est exprimé en "pèlerin de la paix" devant les autorités du pays, les représentants de la société civile et le corps diplomatique. Dressant un panorama des points forts et des défis du Royaume, le pape a reconnu en ce dernier un "carrefour d’enrichissement mutuel entre les peuples", un lieu qui témoigne d’une "variété ethnique et culturelle, dans la cœxistence pacifique". "Les nombreux groupes nationaux, ethniques et religieux qui cœxistent ici témoignent que l’on peut et doit cohabiter dans notre monde", a ajouté François, tout en lançant un appel à ses hôtes pour que "la liberté religieuse soit totale et non limitée à la liberté de culte". François a également plaidé en faveur du "droit à la vie" y compris pour les personnes condamnées, alors que la peine de mort est toujours en vigueur dans le pays.
Celui qui prie devient messager de la paix
Le lendemain, vendredi 4 novembre, François a pris la parole devant les 160 délégués présents au Forum sur l’Orient et l’Occident, dont le Grand Imam de l’université d’Al-Azhar et le patriarche Bartholomée de Constantinople. Notant que les participants au forum ont choisi la voie de la rencontre plutôt que celle de l’affrontement, l’évêque de Rome a souligné le paradoxe de notre époque: "Alors que la plus grande partie de la population mondiale se trouve unie par les mêmes difficultés – alimentaires, écologiques, pandémiques, injustices –, des puissants se concentrent dans une lutte résolue pour des intérêts partisans, en exhumant des langages obsolètes, en redessinant des zones d’influence et des blocs opposés". Une allusion claire aux conflits qui continuent de déchirer le monde, en particulier la guerre russo-ukrainienne.
Face à ce "scénario dramatiquement enfantin", le Saint-Père a appelé à prendre le chemin de la fraternité, "précieuse pour guérir les maladies respectives" de l’Orient et de l’Occident. Pour avancer sur cette voie, il a indiqué la nécessité d’une "ouverture du cœur au Très-Haut" par la prière, pour se "purifier de l'égoïsme, de la fermeture, de l'autoréférence, du mensonge et de l'injustice". Car "celui qui prie reçoit la paix dans son cœur et ne peut qu’en devenir le témoin et le messager".
"Soyez des champions de la fraternité !"
La suite du voyage de François a été marquée par plusieurs rencontres et célébrations. Vendredi après-midi, le pape a rencontré le Conseil des sages musulmans, organisation fondée à Abou Dhabi en 2014 pour promouvoir la paix dans les communautés islamiques. A la mosquée du palais Sakhir d’Awali, le Successeur de Pierre a rappelé "le devoir" de tous les responsables religieux en matière de fraternité, "dans une humanité de plus en plus blessée". "Le Dieu de la paix ne conduit jamais à la guerre, n’incite jamais à la haine, ne favorise jamais la violence", a-t-il une nouvelle fois insisté, exhortant à promouvoir la paix par la rencontre, les négociations patientes et le dialogue.
Le lendemain matin, le pape a célébré la seule messe de son séjour, dans le stade national, devant 30.000 fidèles venus non seulement du Royaume, mais également du Koweït, du Qatar et d’Arabie saoudite. Dans son homélie, le Saint-Père a donné une réflexion sur l’un des enseignements majeurs de Jésus: aimer toujours et aimer tout le monde, y compris ses ennemis. C’est là toute l’"extraordinaire nouveauté": le Messie qui est venu n’est pas "un chef de guerre", mais "le Prince de la paix" qui "réconcilie les hommes avec Dieu et entre eux". Sa grandeur, c’est d’utiliser "de manière inconditionnelle" "la faiblesse de l’amour" et non "la force de la violence".
Evoquons encore la rencontre du pape avec les élèves de l’école catholique du Sacré-Cœur, dans la capitale Manama. "Soyez des champions de fraternité!" leur a-t-il lancé. "C’est le défi d’aujourd’hui pour gagner demain, le défi de nos sociétés, toujours plus globalisées et multiculturelles". Face aux tentations de se montrer indifférent voire de cautionner les guerres et les conflits, les jeunes sont appelés à "réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots". Un appel qui résume à lui seul le 39e voyage apostolique de François.
Christophe HERINCKX, avec Vatican News
