Pietro Parolin : «Soit nous gagnons ensemble, soit nous perdons ensemble»


Partager
Pietro Parolin : «Soit nous gagnons ensemble, soit nous perdons ensemble»
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
5 min

Comme tous les états participants à la COP27, le Saint-Siège s'est exprimé à la tribune de la conférence des Nations unies sur la lutte contre les changements climatiques qui se tient à Charm el-Cheikh en Egypte, jusqu'au 18 novembre. Représenté par le cardinal Pietro Parolin, le Vatican souligne son inquiétude vis-à-vis des populations les plus vulnérables, poussées massivement à quitter leurs terres.

A la tribune de la COP27, le secrétaire d'Etat Pietro Parolin a pesé ses mots et alerté sur le phénomène croissant des personnes déplacées par les changements climatiques_CC by S.A. 4.0

«L'heure est à la solidarité internationale et intergénérationnelle. Nous devons être responsables, courageux et tournés vers l'avenir, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos enfants»

Pietro Parolin, secrétaire d'Etat du Vatican à la tribune de la COP 27

Trois minutes. C’est le temps accordé à chaque chef d’État ou à son représentant pour prendre la parole à la tribune principale durant les deux premiers jours de la COP27. Les mots du numéro deux du Vatican ont donc été choisis et prononcés avec minutie, et le Saint-Siège a profité de cette tribune pour alerter sur le phénomène croissant des personnes déplacées par les changements climatiques.

Devant les chefs d’Etat du monde entier, le cardinal Pietro Parolin a appelé les différents pays à ne pas laisser ces déplacés climatiques «sans solution tangible». Pour que le statut de ces derniers soit reconnu, il faut désormais considérer la migration comme une conséquence et une «forme d’adaptation» face aux bouleversements climatiques, et accroître «la disponibilité et la flexibilité des voies de migration régulière.»

Pape François et Cardinal Parolin : une inquiétude croissante

Un discours dans la foulée des mots du Pape François deux mois plus tôt. En septembre, face à une audience d’universitaires italiens, le Souverain pontife avait expliqué que les changements du climat représentaient un motif de départ de plus en plus important pour des populations vulnérables, «La planète est affaiblie par la surexploitation de ses ressources et usée par des décennies de pollution. De ce fait, de plus en plus de personnes sont contraintes de quitter leurs terres, devenues inhabitables.», avait alors déclaré l’évêque de Rome. 

En effet, de l’Amérique centrale à la Corne de l’Afrique, des milliers de personnes doivent déjà quitter leurs terres, devenues invivables. Par exemple, en Somalie à cause de la sécheresse cet été, plus d’un million de personnes ont été contraintes de se déplacer, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU.

Il faut intensifier les efforts

«L'heure est à la solidarité internationale et intergénérationnelle. Nous devons être responsables, courageux et tournés vers l'avenir, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour nos enfants», a rappelé le cardinal secrétaire d’État sur les rives de la Mer Rouge, «soit nous gagnons ensemble, soit nous perdons ensemble», a-t-il insisté. Des paroles dans le sens de celles prononcées la veille par Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, à cette même tribune: «l’humanité doit coopérer ou périr». 

Le Saint-Siège qui a également rappelé qu’il ne fallait pas négliger «l’aspect non économique» des conséquences de la hausse des températures, «Comme la perte de culture ou de patrimoine. Nous avons ici beaucoup à apprendre des peuples autochtones».

Compte à rebours

Comme de nombreux experts et associations présents à Charm el-Cheikh, le cardinal Parolin s’est dit inquiet de constater que la pandémie de Covid-19 ou les guerres en cours à travers le monde mettent en péril le multilatéralisme et «éclipsent» les efforts faits lors de cette nouvelle COP.  

«Nous devons admettre que la voie à suivre pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris est complexe et que nous disposons de moins en moins de temps pour rectifier le tir» a par ailleurs déclaré le cardinal au pupitre, «la COP27 nous offre une nouvelle opportunité, qui ne doit pas être gâchée.»

À Charm el-Cheikh, il s’agit en effet de rattraper le temps perdu, alors que la planète se dirige vers une augmentation de 2,4°c d’ici la fin du siècle, si les pays respectaient leurs engagements. En revanche, dans l’état actuel des choses, avec les politiques menées à présent, le monde s’avance vers un réchauffement catastrophique de +2,8°C, selon les Nations unies.

Première COP en tant que «Partie»

Cette COP sur le continent africain est la première à laquelle le Saint-Siège participe en tant qu’État signataire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (la CCNUC, signée en 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, clé de voute de la politique climatique des Nations unies) et également en tant que signataire de l’Accord de Paris de 2015 lors de la COP21, qui engage les États à prendre des mesures pour limiter le réchauffement climatique.

L’adhésion à ces deux textes majeurs pour la lutte contre les changements climatiques avait été officialisée par le Saint-Siège le 5 octobre 2022. Ce faisant, le Saint-Siège s’est engagé à ramener ses émissions de gaz à effet de serre à zéro d'ici 2050, à intensifier ses efforts pour améliorer sa gestion environnementale et à promouvoir l’éducation à l’écologie intégrale.

Permettre la survie des communautés vulnérables

L'inquiétude exprimée par le Saint-Siège quant aux migrations massives pour raison climatique faisait aussi l'objet d'une table ronde ce mardi au sommet de la COP27. Il était entre autres question de la survie des communautés vulnérables. Les participants se sont penchés sur les moyens de renforcer les réponses locales aux impacts croissants du changement climatique. Parmi celles-ci : quelle réponse apporter aux déplacements forcés à grande échelle et comment renforcer la résilience au niveau communautaire ?

Les réponses doivent être à la hauteur des enjeux car les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) annoncent que la désertification et la montée des eaux vont contraindre, d'ici à 2050, plus de 200 millions de personnes à devenir des réfugiés climatiques.

NG avec Vatican News - Marine Henriot (Titre, chapeau, certains intertitres et dernier paragraphe sont de la rédaction de Cathobel)

Lire aussi : Le Vatican s'engage : zéro émission pour 2050

Ecouter le discours du Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres lors de la cérémonie d'ouverture de la COP27

Catégorie : International

Dans la même catégorie