Cinéma – Tragédie cornélienne à Téhéran


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Cinéma – Tragédie cornélienne à Téhéran
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Leila et ses frères nous raconte l’histoire d’une famille endettée de Téhéran qui doit choisir entre l’honneur du patriarche et la sécurité financière.

© Amirhossein Shojaei

Dans une petite maison à Téhéran Leila s’affaire aux tâches quotidiennes, range, s’occupe de divers travaux. Elle vit avec ses parents dont elle a toujours pris soin. Pourtant, Leila n’est pas fille unique. Elle a quatre frères: Alireza, Manouchehr, Parviz et Farhad. Mais eux aussi ont pris l’habitude de se reposer sur elle. Ils ont d’autant plus besoin de leur sœur ces derniers temps qu’ils traversent une période de grandes difficultés économiques. Alireza, l’aîné, vient d’ailleurs de perdre son travail.

Leila lui confie alors avoir une idée pour sortir la famille de cet endettement chronique. Grâce aux économies de chacun, ils pourraient acheter une boutique dans le centre de Téhéran et lancer une affaire. Alireza est convaincu, les trois autres frères aussi. Mais il leur manque encore des fonds… Au même moment, ils apprennent que leur père, Esmail, vient de proposer une importante somme d’argent à leur communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane.

Une conciliation compliquée

Dans la continuité de son premier film (Life and a day), le réalisateur iranien Saeed Roustaee poursuit son exploration de la sphère familiale. Lauréat du Prix de la Citoyenneté au Festival de Cannes 2022, Leila et ses frères nous raconte donc les déboires d’une famille étranglée par les dettes, écartelée entre la modernité et les traditions. La fratrie veut en effet sortir de l’enlisement en s’éloignant du mode de fonctionnement des aînés. Le patriarche, en revanche, est profondément attaché à ce système et il est prêt à tout pour gagner le respect des membres de la communauté.

Cet honneur auquel aspire Esmail est intimement lié au patriarcat. En se centrant sur le personnage de Leila, cette tragédie saisit bien sûr l’opportunité de parler des rapports homme-femme. Un sujet brûlant d’actualité en Iran. Leila doit en effet supporter toute la charge mentale de la famille, sans aucune reconnaissance de sa part. Elle est exclue de certaines décisions alors que c’est la seule à avoir des idées concrètes pour sortir de cette situation.

Un vrai tour de force

Le manque d’argent, point de départ de tous les problèmes de la famille, permet enfin de parler des difficultés économiques de l’Iran. Etouffé par l’embargo américain, le pays fait face à une inflation galopante.
A Téhéran, les personnes de la nouvelle classe moyenne ont déménagé en périphérie poussant les plus pauvres dans des endroits proches des bidonvilles. La famille de Leila, entassée dans cette petite maison, fait partie de ces déclassés, qui ont connu une certaine aisance mais croulent à présent sous les dettes.

Saeed Roustaee signe donc un film très dense, dans lequel les dialogues fusent et parle magnifiquement de la famille. Il est en outre ponctué de moments de grâce. Cette fameuse fête, le mariage d’un cousin qui doit introniser le nouveau parrain de la communauté, par exemple. Sans jamais tomber dans le manichéisme, il nous invite à une tragédie cornélienne d’une grande humanité. Un vrai tour de force.

Elise LENAERTS

Et la bande annonce ⬇️

Catégorie : Culture

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