Cinéma – Des pouvoirs en lutte pour leur liberté


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Cinéma – Des pouvoirs en lutte pour leur liberté
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

La conspiration du Caire est le nouveau film de Tarik Saleh. Le réalisateur suédois d’origine égyptienne signe ici un thriller religieux et politique d’une redoutable efficacité.

© Atmo

La mer, à perte de vue. Le soleil, chaud et réconfortant. Des pêcheurs qui ramènent le fruit de leur travail au village. Et un adolescent qui jette un dernier regard au lieu où il a grandi. Adam, simple fils de pêcheur, a réussi à intégrer la prestigieuse université Al Azhar au Caire. Il s’apprête à recevoir l’enseignement des imams les plus influents d’Egypte. Hélas, son arrivée dans le Saint des saints est perturbée par le décès du Grand Imam auquel il faut trouver un successeur. Très vite, plusieurs candidats se détachent. Des clans se forment, opposant les croyants plus conservateurs et ceux qui prônent un islam plus ouvert. Cette situation se complexifie encore avec l’arrivée dans la partie des généraux à la tête du pays. Al Azhar devient alors un terrain miné, l’arène d’une impitoyable lutte de pouvoirs.

Réalisateur suédois d’origine égyptienne, Tarik Saleh aime gratter le vernis de la société égyptienne. Dans son précédent film, Le Caire confidentiel, il dénonçait la corruption policière en utilisant les codes du thriller. Il recommence avec La conspiration du Caire, une brillante réflexion sur l’exercice du pouvoir et sur les rapports de force entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Sa grande force est de ne pas prendre de raccourcis. Il faut d’ailleurs "s’accrocher" pour saisir toutes les subtilités d’un film qui prend la forme d’une toile d’araignée. Tarik Saleh n’oppose pas simplement politique et religion, pas plus qu’il n’oppose conservatisme et progressisme. Les rouages des coulisses du pouvoir égyptien (et c’est valable pour d’autres Etats) sont plus complexes que cela.

Un équilibre fragile

Dans un Etat où le radicalisme religieux menace la sécurité de tous, on comprend la volonté du pouvoir politique de garder un œil sur les dirigeants de l’institution religieuse la plus influente du pays. Comme on saisit parfaitement la réticence de certains imams à voir l’état mettre son nez dans leurs affaires. Le réalisateur ne donne pas de réponse, laissant au spectateur le soin de débattre de la liberté religieuse et du rôle que doit remplir l’Etat pour protéger le peuple des éventuelles dérives fondamentalistes. Le suspense prend donc racine dans le contexte politique et social compliqué de l’Egypte actuelle. La mise en scène ajoute à la tension, faisant de La conspiration du Caire un thriller d’espionnage qui n’est pas sans rappeler Le nom de la rose. On y retrouve la même atmosphère pesante de secret ainsi que l’archétype du jeune initié qui découvre les rouages d’une puissante institution.

Ce film est en effet également un voyage initiatique. Celui de ce jeune fils de pêcheur aux portes de l’ascenseur social que représente Al Azhar. Car Adam se retrouve malgré lui mêlé à cette conspiration. Intelligent mais novice et étranger au fonctionnement de ces élites, il apprend à ses dépens que la connaissance ne va pas forcément de pair avec l’honnêteté et que les valeurs morales sont parfois balayées d’un revers de la main par la puissance de l’appât du pouvoir.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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