Abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise: 86 plaintes ont été déposées en un an


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Abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise: 86 plaintes ont été déposées en un an
(Photo d'illustration - CC0)
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le
5 min

Comme elle s'y était engagée en créant les points de contacts destinés à accueillir les victimes d'abus sexuels, l'Eglise catholique communique le nombre de plaintes reçues en 12 mois. 86 plaintes entre juillet 2021 et juin 2022, c'est un nombre nettement supérieur aux années précédentes.

"Il faut beaucoup de courage aux victimes pour faire connaître leur souffrance" (Photo d'illustration - CC0)

Au cours de la période du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022, communique l'Eglise catholique de Belgique ce jour, 86 nouvelles plaintes ont été enregistrées. Cela porte à 717 le nombre total de plaintes dans l'un des points de contacts pour les victimes d'abus sexuels sur mineurs dans le cadre de relations pastorales, depuis la création de ces instances en 2012.

Qu'est-ce qui explique cette augmentation, par rapport aux années précédentes ? Dans son rapport, l'Eglise de Belgique constate "qu'il faut beaucoup de courage aux victimes pour faire connaître leur souffrance. Le fait de révéler ce qui jusqu'à présent était impossible à dire, les replonge parfois profondément dans la douleur, le chagrin et la colère pour ce qui leur a été fait."

Besoin d'un déclencheur

Enfant-Ange Qui Pleure, Mémorial Pour Les Victimes D'abus, dévoilé à Lourdes en 2021 © Corref

L'analyse faite cette année trouve une deuxième explication possible à la hausse du nombre de plaintes. Certaines victimes "ont besoin d'un déclencheur concret. Les récentes révélations en France et dans d'autres pays, ainsi que leur couverture médiatique, peuvent être le coup de pouce dont certains avaient besoin." Dans ce cas, la publication du rapport de la commission Sauvé (aussi appelée la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise de France) le 5 octobre 2021 aura pu encourager quelques Belges à faire cette démarche à leur tour.

Dans le rapport publié à l'issue des douze derniers mois, l'Eglise de Belgique observe encore que 42% des plaintes ont été déposées en région francophone, et 58% proviennent de la région néerlandophone. "Un changement est perceptible dans la proportion de plaintes entre les régions", est-il analysé : les plaintes francophones ne représentaient précédemment que 20% environ du nombre total de plaintes pour la Belgique, la région néerlandophone comptabilisant habituellement 80%. "Ceci semble confirmer l'hypothèse selon laquelle les problèmes découverts en France ont joué un rôle de catalyseur."

Qui dépose plainte ?

Le rapport communiqué par l'Eglise de Belgique analyse ensuite les caractéristiques des 86 plaintes enregistrées:

68 plaintes (79%) ont été déposées par la victime, 6 par des proches de celle-ci et 11 par d'autres instances. L'un des faits a été signalé par l’abuseur lui-même. "Cette proportion est relativement constante pour les 10 années de fonctionnement", relève le communiqué.

66 victimes (77%) avaient plus de 40 ans au moment du dépôt de la plainte et 25 (29%) avaient plus de 60 ans. Une victime avait moins de 18 ans au moment de la plainte et quatre victimes avaient entre 18 et 20 ans. 15 victimes avaient entre 20-40 ans au moment de la plainte. Dans deux cas, la victime était décédée et la plainte a été déposée par une tierce personne.

58 victimes (67%) sont des hommes et 28 (33%) des femmes. Les abuseurs étaient tous des hommes, à l’exception de deux. Au cours des périodes précédentes, 5 % des abuseurs étaient des femmes.

80 % des victimes avaient moins de 18 ans au moment de l’abus et 16 % étaient même âgés de moins de 10 ans. 17 victimes étaient âgées de plus de 18 ans au moment des faits, dont 12 avaient plus de 21 ans. L'analyse de l'Eglise de Belgique constate: "Dans le précédent rapport annuel, on ne relevait que 59 % des victimes de moins 18 ans au moment des faits. C’était exceptionnel. Les données du présent rapport sont plus conformes à ce que nous observons en moyenne."

65 des faits signalés (76 %) datent d’il y a plus de 30 ans et 32 de ces faits (37 %), de plus de 50 ans. 15 faits (17 %) remontent aux 20 dernières années, Dans le rapport précédent, le pourcentage de faits remontant aux 20 dernières années était de 30 %, (18 faits). "Les rapports antérieurs comportaient généralement moins de 8 % des faits remontant aux 20 dernières années."

Dans quelles situations ?

Les chiffres communiqués pour cette année 2021-2022 détaillent ensuite les situations dans lesquelles les faits se seraient produits.

Les abuseurs sont des prêtres ou des religieux, à l’exception de 5 agents pastoraux. Les plaintes comportant des données précises sur l’abuseur (82% des plaintes), révèlent que 64% de ceux-ci étaient déjà décédés au moment de la plainte. L’âge des autres abuseurs au moment de la plainte était le suivant: 1 de moins de 40 ans, 11 entre 40 et 60 ans, 4 entre 60 et 70 ans et 10 de plus de 70 ans.

Dans 40 cas (47%), les faits se sont produits dans une école et dans 20 autres (24%) dans une paroisse. Dans 3 cas, l'abus a eu lieu lorsque les victimes étaient acolytes, deux victimes rapportent que l’abus a eu lieu dans le secteur des soins, pour trois victimes, cela s’est passé dans un mouvement de jeunesse et 17 victimes rapportent des contextes divers.

"Certaines victimes choisissent de se taire très longtemps. Mais le silence peut devenir dévastateur..."

Le rapport de l'Eglise de Belgique

Quelle suite donnée ?

"Les plaintes pour comportement sexuel transgressif, explique l'Eglise catholique de Belgique, sont classées en quatre rubriques. C’est sur base de cette classification, qu’est déterminé le montant d'une éventuelle compensation financière."

Une compensation financière a été versée pour 28 dossiers. (Photo d'illustration CC0 Pixabay)

  • dans la catégorie 1 : attentats à la pudeur sans violence ni menace. Si la victime était âgée de moins de 16 ans au moment des faits ou présentait une vulnérabilité particulière, la plainte relève de la catégorie 2. 19 plaintes ont été classées dans cette catégorie.
  • dans la catégorie 2 : attentat à la pudeur avec violence et menace ou avec une présomption de menace ou violence lorsque le mineur était âgé de moins de 16 ans au moment des faits ou manifestait une certaine vulnérabilité. Cela correspond à 48 plaintes enregistrées sur les 12 mois analysés.
  • dans la catégorie 3 : viol avec pénétration sexuelle quelle qu’en soit la nature ou le moyen, perpétré sur un mineur d’âge sans son consentement ou avec présomption de non-consentement si le mineur était âgé de moins de 16 ans au moment des premiers faits ou présentait une certaine vulnérabilité. 18 plaintes sont classées dans cette catégorie.
  • et dans la catégorie 4 : Faits de la catégorie susmentionnée qui, vu leur gravité, leur longue durée ou les circonstances spéciales de l'abus sexuel, doivent être considérés comme exceptionnels et qui ont conduits à un dommage extrême et manifeste dont le lien causal avec l'abus sexuel est prouvé. Quatre plaintes concernent cette catégorie.

Le total en additionnant le nombre de plaintes de ces quatre catégories s'élève au-dessus de 86, puisque "certaines victimes ont signalé avoir subi plusieurs formes de comportement sexuel transgressif", comme l'explique le rapport.

En prolongement

📌 Consulter l'ensemble du rapport 2021-2022 (en PDF)

📌 Trouver l'adresse et les modalités des points de contacts de l'Eglise de Belgique sur cette page spéciale Abus sexuels dans l'Eglise


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