Le comité national d'éthique français a publié cette semaine son avis, consultatif, sur l'euthanasie et la fin de vie. Le président Emmanuel Macron a lancé, dans la foulée, une convention citoyenne pour faire évoluer la législation dans les prochaines années. La reprise de ce débat provoque de nombreuses réactions.

"Aller plus loin [que les lois actuelles Leonetti et Claeys-Leonetti] serait aller beaucoup trop loin", s'inquiète le grand rabbin de France dans les colonnes de la Croix. Haïm Korsia, le chef religieux juif, s'exprime ainsi au lendemain de l'avis rendu par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) ce 13 septembre.
👉 Accéder au rapport complet en PDF "Questions éthiques relatives aux situations de fin de vie"
60 pages documentées sur la fin de vie
Ce comité éthique français s'est auto-saisi il y a plusieurs mois de la question de la fin de vie. L'avis rendu public cette semaine développe deux axes suggérés : "Le renforcement des mesures de santé publique dans le domaine des soins palliatifs" et par ailleurs "Les exigences éthiques incontournables en cas de dépénalisation de l’aide active à mourir".

responsable du groupe de travail « bioéthique » au sein de la Conférence des évêques de France
Le Comité consultatif publie dans ce document la liste des nombreuses personnes auditionnées sur ce sujet sensible, parmi lesquels Mgr Pierre d'Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail "bioéthique" au sein de la Conférence des évêques de France. Cet avis qui comprend une soixantaine de pages reprend également une présentation comparative de cette question de la fin de vie dans les différents pays, en commençant par la Belgique où l'euthanasie a été légalisée par une loi entrée en vigueur en 2002.
Dans ses conclusions, "le CCNE met l’accent sur deux principes fondamentaux : le devoir de solidarité envers les personnes les plus fragiles, et le respect de l’autonomie de la personne." Une partie des réactions à ce rapport saluent le "plaidoyer pour les soins palliatifs" qui sont -selon l'avis de Mgr d'Ornellas, par exemple- trop faiblement "mise en œuvre en France, malgré les lois qui les promeuvent comme un droit pour chaque citoyen."
De nombreuses réserves, même au sein du CCNE
C'est l'autre partie des conclusions du Comité consultatif d'éthique qui crée un débat. Ce rapport publié mardi dernier ouvre la voix à une réflexion sur une nouvelle législation permettant la dépénalisation de l’aide active à mourir. Plusieurs membres du CCNE ont d'ailleurs émis des réserves sur ce point. Une annexe signée notamment par Marion Muller-Collard (écrivaine et théologienne) ou Dominique Quinio (La Croix – Semaines Sociales de France) interroge: "Le constat partagé qu’ "on meurt mal en France" nous engage davantage à nous interroger sur les racines de ce mal et les moyens humains à développer pour y répondre, plutôt qu’à envisager d’abord une évolution législative en faveur d’une aide active à mourir."
Aussitôt l'avis du CCNE publié, Emmanuel Macron a fait savoir sa volonté d'ouvrir un débat sur le sujet de la fin de vie. Une convention collective sera menée à partir d'octobre prochain qui aboutira en mars 2023. Elle devrait s'appuyer sur la participation des "professionnels qui sont régulièrement confrontés à la fin de vie, dans leur pratique et leur quotidien, comme les équipes des soins palliatifs". Quand on sait que les points de vue des courants catholiques et juifs, pour ne citer qu'eux, ont été peu pris en considération dans l'avis du Comité consultatif français, qu'en sera-t-il de l'opinion de la majorité de la population qui sera invitée à se prononcer sur cette question délicate et sensible de la fin de vie ?
Anne-Françoise de Beaudrap (avec La Croix)
Et en Belgique...
La loi de 2002 a-t-elle modifié le comportement des Belges à l’égard de la fin de vie ? L'émission "Il était une foi" présentée par Christophe Herinckx abordait cette question. A revoir ⤵️

