Avec Revoir Paris, Alice Winocour dévoile le chemin vers la résilience d’une rescapée d’un attentat. Une histoire basée sur le témoignage de son frère.

C’était une soirée normale pour Mia, Parisienne d’une quarantaine d’années. Pour échapper à une averse, alors qu’elle venait de quitter le café dans lequel elle a pris un verre avec son compagnon, elle s’est réfugiée dans une brasserie. Elle a écrit quelques lignes, a souri devant un groupe de personnes qui fêtait un anniversaire. La bonne humeur régnait dans cet endroit chaleureux. Puis ce fut la panique. Des hommes cagoulés sont entrés et ont ouvert le feu sur les personnes présentes dans la brasserie. Mia s’est jetée par terre, elle s’est tenue immobile, échangeant des regards inquiets avec les autres clients.
Puis c’est le trou noir. On retrouve Mia trois mois plus tard. Elle est vivante mais souffre de séquelles psychologiques. Le déroulement exact de la soirée a disparu de sa mémoire. Un jour, elle prend son courage à deux mains et retourne à la brasserie. Elle tombe alors sur d’autres victimes qui se sont rassemblées en une association dans le but de s’aider mutuellement. Pensant trouver des réponses à ses questions, Mia ressort de cette entrevue avec plus d’interrogations encore. Le chemin sera long avant de retrouver la sérénité mais elle n’est plus seule.
Après Maryland (2015) et son militaire souffrant de syndrome post-traumatique, la réalisatrice française Alice Winocour s’intéresse à nouveau aux personnes ayant subi des actes de violence extrême. Cette fois, ce n’est pas en Afghanistan, mais dans un quartier d’habitude réconfortant. L’impact est donc différent. Mia ne se sent plus en sécurité dans sa ville. Malgré le soutien de ses proches, elle se sent seule car ils ne peuvent pas comprendre ce qu’elle a vécu. Heureusement, elle trouve auprès des autres survivants des oreilles attentives, même si certains débordent de colère.
La lumière dans le drame
Revoir Paris est donc un film qui parle de résilience. La réalisatrice dépeint avec beaucoup de justesse la difficulté pour les survivants de retrouver une vie normale. Elle aborde des aspects méconnus, s’attachant à la psychologie de son personnage, ses contradictions. On ressent l’isolement, l’angoisse de ces rescapés mais aussi leur envie d’aller de l’avant.
Ça sent le vécu et pour cause… Alice Winocour s’est inspirée du témoignage de son frère, rescapé de l’attentat au Bataclan pour composer l’histoire de Mia. A travers son cheminement, la mémoire lui revenant peu à peu, le film parle aussi des liens qui se créent entre êtres humains face à des épreuves. Dans l’interminable attente qui a suivi les premiers coups de feu, ces gens qui ne se connaissaient pas se sont soutenus. Sans parler, ils ont partagé leurs émotions, tiraillés par la peur.
Revoir Paris traite d’un sujet difficile. D’un vrai drame qui a touché notre société, la Belgique n’ayant, elle non plus, pas été épargnée par le terrorisme. Mais il nous montre aussi une belle facette de l’être humain. Celle de l’entraide qui devrait être aussi forte dans la vie quotidienne que dans les moments de panique où on craint pour sa vie.
Elise LENAERTS
