Le penseur de l’Europe, Pierre Defraigne, s’en est allé


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Le penseur de l’Europe, Pierre Defraigne, s’en est allé
© IPSE (screenshot YouTube)
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
4 min

Fervent - mais critique - défenseur de l'Union Européenne, le Belge Pierre Defraigne passa une majeure partie de sa vie sur les bancs de l'Europe, notamment en qualité de directeur général honoraire à la Commission européenne. En décembre 2019, il était l'invité de l'émission l’Europe au Coeur sur les ondes de 1RCF. Suite à son décès, survenu ce lundi 1er août, nous lui rendons hommage en compilant les meilleurs moments de son passage.

Le "plus Européen des Belges", Pierre Defraigne, nous a quittés ce lundi. © IPSE (screenshot YouTube)

Invité central de l'émission l'Europe au Coeur le 12 décembre 2019 sur l'antenne de 1RCF Belgique, Pierre Defraigne avait pris le temps de décrypter les enjeux européens du moment et repenser l'Europe "à sa sauce". Retrouvez ci-dessous quelques-unes de ses interventions :

🎙 Sur l'Europe et la chrétienté :

"C'est la foi qui a forgé la matrice civilisationnelle [de l'Europe] avec la chrétienté pendant 1000 ans. Puis la raison a repris la main en développant une pensée critique dont les Lumières sont la meilleure expression ; mais qui, au final, enrichit le message chrétien !

D'abord parce que la raison a repris à son compte l'essence du message évangélique : l'humanisme sorti des Lumières n'est rien d'autre qu'une traduction laïque de quelque chose qui est profondément chrétien. Mais aussi parce que ça nous a aidé, nous chrétiens, surtout récemment, à donner notre foi une assise plus solide, où la raison n'est pas redoutée, mais au contraire vue comme une aide à la compréhension du monde."

🎙 Sur la Russie :

"Dans la vie internationale, on ne choisit pas ses partenaires. On les prend tels qu'ils sont et on essaie de faire avec. Avec Poutine, ce n'est pas simple parce que cet homme a développé un modèle de gouvernement qui n'est pas seulement autoritaire, mais qui est profondément corrompu. Et qui aboutit à ce que ce pays, qui a une grande valence stratégique par son arsenal nucléaire et par son étendue, ait en même temps une petite économie déclinante. [...] Il y a un échec de Poutine qu'on ne peut pas nier et qu'il essaie de compenser par un prurit nationaliste qu'on voit à l'oeuvre en Ukraine, en Géorgie,..."

🎙 Sur les liens entre Union Européenne et Chine :

"Ça ne sert à rien d'aller faire le Kowtow (s'incliner jusqu'à toucher le sol ndlr) à Pékin, obtenir des contrats commerciaux, glisser un mot extrêmement discret sur les droits de l'homme et puis penser que nous allons compter dans la stratégie chinoise. Les Chinois sont un vieux peuple, ont un système politique que nous n'aimons pas mais qui a fait ses preuves en termes d'efficacité économique et stratégique. Reste à couvrir le chapitre climatique, et nous devons les y aider..."

Retrouvez l'intégralité de l'émission ici 👇

Un homme aux multiples casquettes

Economiste de formation, Pierre Defraigne a été fonctionnaire européen durant près de 35 ans.

C’est au début des années 1970 qu’il prend les chemins de l’Union pour y rester jusqu’en 2005. De 1977 à 1983, il est le chef de cabinet d’Etienne Davignon, alors vice-président de la Commission européenne. En 1985, il endosse le rôle de directeur pour les relations Nord-Sud à la Direction générale des relations économiques extérieures de la Commission. Il quitte ses fonctions en 1999 pour revêtir à nouveau la casquette de chef cab’, cette fois-ci pour Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce.

En 2005, Pierre Defraigne fonde Eur-Ifri, la branche bruxelloise de l’Institut français des Relations internationales. Il devient quelques années après le directeur de la Fondation Madariaga-Collège d’Europe dédiée à la promotion d’une réflexion originale sur le rôle de l’Union européenne.

Durant sa carrière, il eut l'occasion de transmettre sa passion pour l'Europe aux jeunes générations, puisqu'il était également professeur invité au Collège d’Europe de Bruges et à Sciences Po Paris (Paris School of International Affairs). Depuis de nombreuses années, il était le compagnon de route de La Libre, un journal au sein duquel il écrivait des chroniques sur les enjeux intra-européens, les relations extérieures de l'UE, notamment avec la Chine, l'écologie, etc. Des analyses lues et appréciées par Jean-Claude Juncker. "Ses écrits ont joué un rôle dans ma réflexion sur l'Union européenne", réagissait ce mardi l'ancien président de la Commission européenne

Clément Laloyaux (avec La Libre et 1RCF).


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