Cinéma – De la nature humaine


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Cinéma – De la nature humaine
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

Un conflit de voisinage vire au drame en Galice, interrogeant les peurs et les instincts primaires des hommes.

© Lucia Faraig

Dans les montagnes de Galice, au nord-ouest de l’Espagne, un troupeau de chevaux soulève la terre en galopant en cercle. Des hommes attrapent l’un d’eux, ils le ceinturent, luttent pour le mettre à genoux et coupent un morceau de crinière. Cette scène montrant une tradition galicienne de marquage des chevaux sauvages donne le ton de Las Bestias, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen. Des hommes, des animaux, la nature, des instincts. Le réalisateur espagnol à qui l’on doit Madre, El Reino et Que Dios no perdone s’illustre une fois encore comme un brillant créateur d’ambiance qui questionne en même temps la nature humaine.
Il place donc son récit en Galice, dans une communauté rurale. Un endroit où la nature s’étend à perte de vue, belle et sauvage. Cet écrin préservé a séduit Antoine et Olga, un couple de Français. Ils s’y sont installés il y a plusieurs années pour pratiquer l’agriculture écoresponsable et rénovent maintenant des fermes dans le but de redynamiser le village. Ils sont acceptés par les habitants, la cohabitation se passe bien, jusqu’à ce qu’un projet de parc à éoliennes ne vienne tout chambouler. Antoine et Olga refusent de céder leurs terres, entravant le développement d’une activité susceptible de rapporter de l’argent aux habitants du village. Très vite, la tension monte. Ils s’attirent particulièrement la colère de leurs voisins, deux frères qui ont toujours vécu dans la pauvreté.

Un thriller sur la nature humaine

Antoine et Olga deviennent alors la cible de ces deux frères qui vont tout faire pour les inciter à quitter le village. Chacun campe sur ses positions, provoquant une escalade de menaces allant jusqu’au vandalisme puis au crime… Ce film est donc un thriller qui prend racine dans un contexte particulier, charriant plusieurs questionnements sur la nature humaine. Le réalisateur ne donne pas son avis. Il ne prend pas parti, nous exposant la lourde atmosphère qui règne dans ces montagnes.
Comme son titre le suggère, Las Bestias interroge l’animalité, les instincts qui poussent les hommes à la violence, à vouloir protéger leur territoire. "Quand je vois des faits divers horribles, j’essaie de comprendre comment c’est possible. Il n’y a pas de diable, juste des êtres humains, explique Rodrigo Sorogoyen. J’ai essayé de montrer la frustration, la peur de l’autre. Je crois que le sadisme existe très peu. Quand on fait du mal à quelqu’un c’est rarement par sadisme. Je crois que les deux frères ont une peur enfantine. Ils croient que ces étrangers vont leur voler quelque chose. Il y a quelque chose d’animal, d’instinctif dans leur comportement."
Cette lutte entre voisins aborde donc des thématiques très actuelles comme la peur de l’autre. Il nous invite à réfléchir à nos pulsions, nos réactions tirées de nos peurs parfois irrationnelles. Cela étant, il ne donne pas de solution toute faite. Mais il montre que ce n’est pas toujours le plus imposant, ou celui qui crie le plus fort, qui a le dernier mot…

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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