Inspiré d’une histoire vraie, Le chemin du bonheur est le récit vivant d’un petit garçon qui a quitté l’Autriche pour la Belgique pour échapper à la Shoah.

La thématique d’un film donne en général une bonne indication sur les émotions qu’il va susciter. La maladie, la mort, la séparation, la guerre sont autant d’exemples de sujets à fort potentiel lacrymal. Parfois, cependant, ces contextes douloureux sont traités de manière à provoquer d’autres émotions, plus positives. Ces "feel good movies", comme on les appelle parfois, font du bien au moral. Ils font passer un message, en douceur, et s’adressent souvent à un large public. C’est le cas du Chemin du bonheur, une coproduction belge qui déroule son intrigue entre Bruxelles et Vienne.
Inspiré de l’histoire de Henri Roanne, ancien critique de cinéma pour la RTBF et réalisateur de longs-métrages documentaires (Chine, Moi, Tintin), il nous parle d’abandon, d’amour et de résilience. Né à Vienne en 1932 dans une famille d’origine juive, Henri Roanne a en effet été envoyé par sa mère en Belgique pour échapper à la Shoah. Le petit garçon de six ans, rebaptisé Saül dans le film, a alors vécu cela comme une trahison, se sentant arraché à son pays et à sa famille, pour des raisons obscures. Il s’est toutefois construit une vie à Bruxelles.
Nous le retrouvons donc quarante ans plus tard, en 1986, propriétaire d’un restaurant delicatessen dédié au cinéma. Véritable lieu de rencontre, cet établissement au cachet indéniable vit au rythme des discussions passionnées et animations organisées par Saül. C’est comme ça qu’un jour il se retrouve embarqué dans l’écriture d’un scénario, au côté d’un jeune réalisateur d’origine portugaise. Au même moment, il fait aussi la rencontre d’Hannah, la projectionniste du cinéma Galeries. Alors qu’il pensait avoir surmonté ses traumatismes d’enfance, ceux-ci se rappellent à lui.
Un devoir de conscience
Le chemin du bonheur nous fait donc passer d’une époque à l’autre, au fil des souvenirs de Saül. Sur la thématique des enfants sauvés de la Shoah grâce au kindertransport, il montre les extraordinaires ressources de l’humain pour faire face aux blessures infligées par la vie. C’était d’ailleurs la volonté du réalisateur, Nicolas Steil, qui connaît bien Henri Roanne avec lequel il a travaillé. "En tant que citoyen, je me sens très impliqué non seulement dans les combats à mener contre la dictature mais aussi pour l’éducation des enfants. C‘est à eux que s’adressent les messages de tolérance, de respect et de démocratie que je mets dans mes films ou téléfilms, à eux que j’essaie d’expliquer qu’il est le plus souvent possible de s’en sortir par le haut, à condition d’accepter de s’interroger sans complaisance et de travailler sur ses cicatrices mémorielles. Le devoir de conscience est une notion qui me porte et m’obsède."
Dans une ambiance chaleureuse, ce récit de vie parle simplement d’amour. Celui qu’on a pour ses parents, pour ses amis et plus si affinités… Saül a perdu énormément de choses à cause de la guerre. Mais il en a gagné d’autres, a tissé des relations saines qui l’ont fait grandir. Quel bel hommage, en prime, au cinéma!
Elise LENAERTS

