Un documentaire pénètre dans l’intimité du compositeur Ennio Morricone. Une émouvante histoire de vie, baignée par des mélodies inoubliables.

Sa musique a fait le tour du monde. Quelques notes d’harmonica, des tonalités entêtantes, des mélodies enjouées et rebondissantes ont fait d’Ennio Morricone une légende dans le cercle des compositeurs de films. Les longs-métrages dont il a signé la bande originale doivent parfois autant leur renommée à leur musique qu’à leur histoire. Il était une fois dans l’ouest, Le bon, la brute et le truand, Pour une poignée de dollars, La mission, Le professionnel, Il était une fois en Amérique, sont autant d’exemples du travail du maestro. Décédé en juillet 2020, Ennio Morricone laisse donc derrière lui une impressionnante discographie.
Parmi celle-ci, on trouve de nombreuses bandes originales de films italiens, dont Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore. C’est justement ce réalisateur qui est à l’origine d’un documentaire consacré au compositeur. En salles cette semaine, Ennio, the maestro s’articule autour d’un long entretien qui revient sur l’ensemble de la carrière d’Ennio Morricone. Assis derrière son bureau, le compositeur commente ses différentes œuvres. L’air malicieux, il se souvient de chaque détail, de chaque discussion, de chaque note sortie de son imagination débordante. Ennio avait un don qu’il a superbement cultivé, malgré le manque de reconnaissance.
De la musique classique, au cinéma
En retraçant la carrière du maestro depuis son enfance, on découvre en effet les difficultés qu’il a rencontrées. On écoute bien sûr, des réalisateurs comme Bernardo Bertolucci, des acteurs comme Clint Eastwood raconter comment ils ont perçu le compositeur lorsqu’ils ont travaillé avec lui. Mais on donne également la parole à des mélomanes et musiciens. Certains, notamment Hans Zimmer (Gladiator, Interstellar) font partie du circuit des compositeurs de musiques de films. D’autres, comme Nicola Piovani, appartiennent au cercle très fermé des chefs d’orchestre. Un art longtemps considéré comme plus prestigieux, au grand dam d’Ennio Morricone. Ce fils de trompettiste a effectivement commencé par suivre la voie de son père en jouant de la trompette, avant de se diriger vers la composition. Il a alors bénéficié de l’enseignement de Goffredo Petrassi qui restera son maître et sa référence durant toute sa carrière. Formé à l’Académie nationale Sainte-Cécile de Rome, Ennio a suivi un cursus classique. C’est un peu par hasard qu’il s’est retrouvé à composer des bandes originales de films.
Toute sa vie, il dira régulièrement qu’il arrête le cinéma. Mais il y reviendra toujours. Ses doutes sont d’ailleurs parfaitement compréhensibles car malgré son succès public, Ennio Morricone devra attendre ses 87 ans pour recevoir l’Oscar de la meilleure musique de film pour Les huit salopards de Quentin Tarantino.
Les différents témoignages, soutenus par de nombreux extraits de musiques, nous font donc pénétrer dans l’intimité d’un grand compositeur. Ce documentaire ne s’adresse pas qu’aux cinéphiles et mélomanes. Il raconte l’histoire d’un prodige mais surtout d’un être humain en quête de reconnaissance. Un vrai plaisir pour les oreilles, donc, et un émouvant parcours de vie.
Elise LENAERTS

