Ils sont jeunes adultes, dans la quarantaine ou retraités et ils n’ont plus ri depuis des années parfois. Certains poussent alors la porte d’une école du rire.

Rabelais disait que le rire est le propre de l’homme. A force de baigner dans une atmosphère négative, serions-nous, dès lors, en train de nous déshumaniser? Le documentaire de la Belge Marie Mandy, Rire en temps de crise, se penche sur cet acte, en apparence anodin. Le film, disponible sur Auvio, commence par des immeubles gris, des embouteillages. Des voix monocordes égrènent les actualités du jour. Flambée du prix des matières premières, crise de l’énergie, catastrophe migratoire, désastre climatique, les raisons de pleurer semblent légion. Puis on entend un rire, un autre et encore un autre. Ces sons incongrus nous amènent aux écoles du rire. Des endroits où des gens qui ne se connaissent pas rient ensemble sans raison pendant une heure.
Rire et bienveillance
Le documentaire pénètre dans ces cours de "rigologie" par le biais d’un jeune homme qui ne rit plus depuis qu’il a été hospitalisé pour un burn out. On assiste à son initiation à la technique du yoga du rire créée par le médecin indien Madan Kataria. Ce dernier a constaté que ses patients joyeux guérissaient plus vite. Il a donc mis au point cette étrange discipline. Positionnés en cercle, les nouveaux venus se prêtent au jeu, produisent des "ho,ho,ho", et font à nouveau fonctionner leurs muscles zygomatiques. On retrouve ensuite les élèves autour d’un verre, à débriefer la séance. "Cela crée du lien avec les autres, il y règne une forme de bienveillance", constate une élève.
Des professeurs du rire ou rigologues racontent ensuite leur travail, exposent les bienfaits du rire. Un formateur nous apprend ainsi que rire mobilise plus de 4.000 muscles. Dix minutes de rire intense équivalent alors à trente minutes de course à pied! Cette activité si naturelle protège le corps, fait baisser la tension artérielle, rééquilibre l’organisme et permet une libération émotionnelle. Corinne Cosseron, fondatrice de l’Ecole Internationale du Rire, le confirme: ses thérapies reconnectent les élèves à toutes leurs émotions, y compris la tristesse et la colère. Un neurologue appuie ce constat: le lâcher-prise est salvateur. Comme le dit une formatrice, "rire apporte la DOSE de bonheur: dopamine, ocytocine, sérotonine, endorphine, quatre hormones essentielles au bon fonctionnement du corps humain."
En suivant à la fois les élèves et les spécialistes, Rire en temps de crise apporte donc un vent de positivité. Les 8.000 clubs de rire disséminés partout dans le monde sont une porte d’entrée vers l’épanouissement. Au-delà du rire, ils rappellent l’importance des contacts humains pour notre bien-être mental. Tout au long du film, on assiste ainsi à des séances photos particulières. Derrière l’objectif, David Ken, l’initiateur du LOL Project, prend en photo des éclats de rire. Ces instants uniques agissent comme un sachet de thé, qui répand du bonheur durant des jours après la séance photo. Le photographe apporte la meilleure des conclusions: "Je me suis rendu compte que faire du bien me faisait du bien."
Elise LENAERTS
Rire en temps de crise sur RTBF Auvio
