A Bruxelles, le nom de Daniel Alliet est souvent associé à la lutte des sans-papiers pour leurs régularisations. "Je suis toujours là", affirme ce prêtre pensionné, attaché à l’église du Béguinage. Il rappelle au passage d’autres combats pour la dignité humaine qu’il a suivis depuis son arrivée en 1986.

Lorsque le père Daniel Alliet nous reçoit, la porte laissée entrouverte permet d’entendre les bruits de la rue. Nous avons de la chance, peu de voitures circulent en journée, et aucune manifestation n’occupe le parvis devant l’église. Derrière le prêtre pensionné, une large fenêtre permet de suivre les entrées et sorties dans cet édifice du centre de Bruxelles.
Daniel Alliet a déjà connu cinq occupations de l’église du Béguinage depuis les 35 années qu’il est sur place. "Le plus dangereux, c’est après l’action d’occupation quand on a obtenu (ou non) ce qu’on demandait. Il n’y a alors plus le comité de sécurité sur place, ni les porte-paroles du mouvement. J’ai le souvenir de deux situations précédentes qui se sont malheureusement mal terminées, quand l’occupation s’est prolongée bien longtemps après la lutte. L’une a pris fin lors d’un incendie, l’autre a terminé par un meurtre. C’était en 2008, un père de sept enfants a perdu la vie. Sa photo est toujours sur mon bureau."
Daniel Alliet, comprenez-vous la persévérance actuelle des sans-papiers qui continuent d’occuper l’église?
Beaucoup de combats importants ont abouti grâce à une mobilisation de longue haleine: l’abolition des esclavages ou le droit de vote… Mais au bout d’un moment, ça risque de devenir contre-productif si les occupants laissent le bâtiment se dégrader. C’est même un contre-témoignage quand les tensions interpersonnelles créées par la frustration ou l’alcool se manifestent.
Recueilli par Anne-Françoise de BEAUDRAP
