Dans Presque, Bernard Campan et son ami de longue date Alexandre Jollien parlent philosophie lors d’un émouvant voyage qui interroge le regard d’autrui.

Voilà maintenant 18 ans, Bernard Campan (Les inconnus) a été épaté et ému par l’intervention d’un philosophe, Alexandre Jollien, lors d’une émission télévisée. Atteint d’un handicap moteur cérébral, ce dernier partageait sa vision de la philosophie au quotidien en citant Diogène. "Si tu veux être philosophe, tu prends un hareng et tu le traînes derrière toi en traversant Athènes. L’avantage, avait ajouté Alexandre Jollien, c’est que le hareng je le traîne toujours avec moi."
Il évoquait ainsi son handicap et le regard des autres. A l’initiative de Bernard Campan, les deux hommes se sont rencontrés, ils ont discuté et construit une amitié. De cette belle entente est né un film, Presque, dans lequel Alexandre Jollien fait ses premiers pas au cinéma.
Le philosophe y joue Igor, un livreur qui tente de dépasser son handicap et d’être autonome. Un passionné de philosophie aussi, qui aime partager avec les autres ses réflexions sur la vie. Un jour, il croise le chemin de Louis (Bernard Campan), un croque-mort éteint et renfermé sur lui-même. Par un concours de circonstances, ils sont amenés à faire la route ensemble, de la Suisse vers le sud de la France, dans un… corbillard.
Ce scénario original permet aux deux amis de parler de leur passion commune pour la philosophie, tout en célébrant leur amitié. Au contact d’Igor, Louis apprend à s’ouvrir et à dépasser ses blocages. Habitué à subir le regard des autres, ce dernier a en effet appris à voir la vie avec philosophie. Au propre, comme au figuré. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, il va vers les autres, communique, sourit.
Dépasser les tabous
Louis, en revanche, reste bloqué sur un drame passé. Il fait son travail avec sérieux mais sans passion et rien ne semble l’amuser. Ce road trip fonctionne donc sur le principe des vases communicants. L’un et l’autre s’apportent mutuellement quelque chose. Leur rencontre est également l’occasion de parler de deux tabous, la mort et le handicap, avec humour et recul. Bernard Campan et Alexandre Jollien ne voulaient pas tomber dans le pathos.
Ils réussissent à aborder ces sujets avec justesse, en montrant une partie de ce que peut être le quotidien d’Alexandre. Ce dernier n’est d’ailleurs pas réduit à son handicap car on se concentre sur la relation amicale et ses bénéfices.
L’alchimie entre les deux acteurs et amis est évidemment palpable et contribue à illuminer le film. On prend plaisir à voyager avec eux, vers la chaleur du sud de la France et ses paysages évoquant les vacances. Presque invite ainsi à se tourner vers l’autre, en interrogeant le regard que nous portons sur ce qui nous est étranger.
Il insuffle de la bonne humeur, tout en nous distillant des paroles sages ou des pistes de réflexion pour vivre pleinement le quotidien. Cela peut paraître gentil, c’est vrai. Mais c’est un bon remède au cynisme ambiant. Malgré des thématiques délicates, Presque est donc un voyage rayonnant et émouvant.
Elise LENAERTS
