
Qui sont les quelque 10.600 personnes vivant dans les dix établissements pénitentiaires de Belgique? A défaut de pouvoir leur donner la parole à tous, Siska Deknudt, aumônière catholique, témoigne de son expérience auprès des détenus de Beveren.
En arrivant pour l’interview, Siska Deknudt est aussi stressée que l’artiste qui l’accompagne, Nicolas Marquez. Ils ont travaillé avec d’autres artistes une exposition sur le Pèlerinage imaginaire créée par et avec des détenus de Beveren.
Siska Deknudt connaît bien cette prison ouverte récemment, puisqu’elle y exerce la mission d’aumônière catholique. "Les détenus y purgent de longues peines", précise-t-elle.
Quel est le quotidien en prison?
Les gardiens de prison sont assez jeunes. Désormais, ils ne disposent que d'une formation courte. Une fois qu'ils ont leur uniforme, ils sont jetés dans la fosse. Ils ont affaire à des gens qui sont en prison depuis longtemps, ils n'acceptent pas facilement ces jeunes gardiens qui font savoir qu'ils ont le pouvoir.
Il manque une vision humaniste à ce personnel. Certains gardiens font preuve d'une intelligence émotionnelle qui leur permet d'être à leur juste place; d'autres, au contraire, ne sont satisfaits qu'en imposant leur pouvoir. J'aimerais qu'épaulés et encouragés par la direction, ils trouvent une façon plus humaine d'agir. Les gardiens pourraient progresser en humanité. Le détenu ne se résume pas aux faits mauvais qu'il a commis, c'est un homme avant tout.
Diriez-vous que la prison échoue dans sa mission?
Leur présence en cellule s'explique comme une punition pour le mal qu'ils ont commis. Mais ce n'est pas une raison pour résumer chacun à un numéro. Personne ne se demande comment préparer l'après. Pour les détenus, il n'y a pas de possibilité de faire un chemin. Pendant cette longue peine qu'ils purgent à Beveren, ils n'ont pas l'occasion de retrouver leurs qualités propres et de le montrer.
Comment pouvez-vous agir en tant qu'aumônière?
Nous sommes là pour écouter sans juger, même quand la vérité est affreuse. Les détenus nous racontent leurs histoires, leur passé… Nous, nous cherchons l'homme derrière les faits commis. C'est important qu'il y ait un vis-à-vis qui voit l'être humain dans sa réalité profonde. Nous, aumôniers, sommes présents et à l'écoute, peu importe les faits. Plus que ce que je dis, les détenus observent ce que je fais. Si je laisse passer d'abord le prisonnier, ou lorsque je salue un détenu de loin, ça leur montre l'importance qu'ils ont.
Dans ma présence face au détenu, et le dialogue que nous entretenons, il y a quelque chose de vertical. La transcendance de Dieu intervient dans cette écoute qui s'installe entre nous. Je suis souvent frappée par cette impression qu'ont les détenus après un procès d'assises: il n'y aurait que du mal en eux. Ils sont alors étonnés que des gens s'intéressent à leur histoire.
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Recueilli par Anne-Françoise de BEAUDRAP

