Le documentaire #Salepute diffusé dans le cadre du Mois du Doc interroge la place précaire de la femme dans l’espace public.

Ce 1er novembre, jour de Toussaint, s’est ouvert le Mois du Doc. Jusqu’au 30 novembre, cette quatrième édition proposera des documentaires, événements et discussions aux quatre coins de la Wallonie et de Bruxelles. Les sujets abordés par ces quelque 150 projections seront aussi variés que l’art, la santé, la migration, la politique ou le féminisme. Justement, parmi les documentaires consacrés à la lutte pour les droits des femmes, on peut pointer #Salepute, réalisé par Myriam Leroy et Florence Hainaut.
Pour réaliser cet interpellant documentaire, les deux journalistes, elles-mêmes victimes de harcèlement en ligne, sont parties à la rencontre d’autres femmes ayant subi du cyberharcèlement. En leur donnant la parole, elles ont construit un récit à la fois intime et universel qui soulève la question lancinante de la place des femmes dans l’espace public. C’est en effet de cela qu’il s’agit, analysent les deux journalistes, quand des femmes se font insulter, menacer sur les réseaux sociaux, par mail ou n’importe quel moyen virtuel. Internet n’est, en fait, qu’un prolongement de ce qui se passe dans la rue. Une grande majorité des femmes en a déjà fait l’expérience. Une interpellation, un geste, voire une menace sont monnaie courante quand elles se promènent, d’autant plus quand elles sont seules. Planqués derrière leur écran, les cyberharceleurs ne font que reproduire ces comportements, prenant un plaisir malsain à provoquer, intimider ces femmes qui osent prendre leur place dans la société.
Visibles, donc vulnérables
C’est aussi de cela dont il s’agit dans ce documentaire, de cette occupation de l’espace. Les témoignages font froid dans le dos. Ils montrent comment ces harceleurs parviennent à réduire au silence leurs victimes, terrorisées à l’idée de ce qui pourrait leur arriver une fois l’écran de leur ordinateur éteint. Elles n’en dorment plus la nuit, ont peur pour leurs enfants, leur vie et finissent par quitter ces espaces de débat. Elles s’invisibilisent, perdent leur joie de vivre. #Salepute interroge notamment une femme politique allemande harcelée. Elle n’est pas dupe, si elle n’était pas mise sous le feu des projecteurs par son métier, elle n’aurait pas été la cible de ces attaques. C’est parfois la crainte de perdre des privilèges qui pousse certains hommes à s’en prendre aux femmes qui font entendre leur voix. Pour eux, une femme n’a pas le droit de s’exprimer, s’affirmer ou d’avoir un tant soit peu de pouvoir.
Ils agissent de la sorte, se permettent ces dérives également parce qu’ils sont conscients de leur impunité. La législation n’est hélas pas du côté des victimes qui doivent batailler pour être entendues. Le harcèlement physique est déjà compliqué à faire reconnaître, alors quand c’est virtuel… Ce documentaire mérite donc un débat à l’issue de sa projection car il nous fait réaliser notre conception de la société, qu’on soit homme ou femme. Sur internet comme dans la vie physique, les agresseurs ne sont pas que des hommes. La problématique nous concerne tous.
Elise LENAERTS
Ce documentaire sera diffusé le lundi 8 novembre à La Tricoterie à Bruxelles, mais également, plus tard durant le mois, dans d’autres cinémas de la capitale ainsi qu’à Nivelles, à Huy et Ath. Ces projections seront suivies de débats avec les réalisatrices et/ou des intervenants actifs dans le domaine de la protection des femmes.

