Mgr Eugène Rixen est évêque émérite du diocèse de Goias, au Brésil, où il vit depuis 40 ans. Originaire de Kelmis, en Communauté germanophone de Belgique, il y célébrera le cinquantième anniversaire de son ordination presbytérale ce dimanche 8 août. A l'occasion de son passage dans sa terre natale, il a été interviewé par l'abbé Lothar Klinges.

Mgr Eugène Rixen
Dimanche prochain, 8 août, Mgr Eugène Rixen, évêque émérite de Goias (Brésil), célébrera son jubilé d'or sacerdotal à Kelmis, qui l'a vu naître il y a 77 ans. Ordonné prêtre par Mgr van Zuylen, alors évêque de Liège, à Saint-Vith le 27 juin 1970, il n'a pu célébrer cet anniversaire en Belgique l'année dernière comme prévu, en raison de la pandémie de Covid-19.
La messe sera célébrée en plein air à 10 heures au pavillon du CPAS à Neu-Moresnet, ou, en cas de mauvais temps, dans l’église paroissiale de Kelmis.
Huitième de onze enfants (neuf frères et deux sœurs), Eugène Rixen a fréquenté plusieurs collèges des Frères des Ecoles chrétiennes, après ses primaires. Après des études pour devenir enseignant, à Theux, il entre au Séminaire à 20 ans, d'abord à Saint-Trond, et pendant quatre ans de théologie, puis à l’Université et au Collège latino-américain (Copal) de Louvain. L’idée de partir pour l'Amérique latine l’animait déjà à l’époque. Après son ordination presbytérale, il suivra une formation de deux années en catéchèse et pastorale, à l’Institut supérieur de pastorale catholique (ISPC) de l’institut catholique de Paris, avant de devenir aumônier à Welkenraedt, où il a travaillera pendant sept ans.
Une lettre de reçue de l'évêque de Lins, au Brésil, fait mûrir sa décision e poursuivre son engagement dans le Sud. Fin janvier 1980, il est envoyé à Araçatuba, une paroisse d’environ 20.000 personnes, dans le diocèse de Lins, où il travaille dans la pastorale des jeunes et dans la catéchèse. Dans l'esprit de son modèle Dom Helder Camara, Eugène Rixen, avec les 35 prêtres de son diocèse, prendra toujours position en faveur des pauvres. Depuis plus de quarante ans, il se bat au Brésil pour faire valoir les droits avec des sans-terre et des exclus de la société brésilienne. "En 1980, quand j’ai demandé à l’évêque Helder Camara, à mon arrivée au Brésil, ce que je devais faire, il a répondu : Reste avec les pauvres et ils te diront quoi faire" , se souvient Mgr Rixen.
Curé de la paroisse de Promissao de la paroisse et recteur du séminaire de Marilia à partir de 1985, sa mission principale sera la formation des futurs prêtres, jusqu'à son ordination épiscopale, le 25 février 1996 (il y a donc 25 ans), à Araçatuba, par Mgr José Carlos Castanholes. D’abord évêque auxiliaire d’Assis, il devient évêque de Goias trois ans plus tard. Au niveau de l'Église brésilienne, il a créera une pastorale pour les malades du sida. Le 27 mai 2020, le pape a accepté sa demande de renonciation à son ministère épiscopal, Mgr Rixen ayant atteint la limitye d'âge.
Le 10 septembre 2020, son successeur a été ordonné évêque de Goias. Eugène Rixen a d’abord passé sept semaines en tant qu’ermite dans les montagnes près de Sao Paolo. Il s’est ensuite mis à la disposition du nouvel évêque, qui l’a envoyé comme curé de la paroisse isolée de Britânia.
Lors du service divin solennel du jubilé d’or du prêtre, le 8 Les deux prêtres Georges Suède (+1981) et Jean-Marie Keutgen (+2018) qui, avec Bruno Arens (+2012) et Ludwig Huppertz, ont reçu l’ordination sacerdotale il y a 51 ans à Saint-Vith, des mains de Mgr Wilhelm-Maria van Zuylen à Saint Vith, sera également commémoré. Dans le même temps, on commémore également le premier anniversaire de la mort de Pierrot Simons, décédé le 24 août 2020 à l’âge de 79 ans à Kigali (Rwanda). Son jubilé d’or a été célébré il y a deux ans, le 23 juin 2019, avec Léopold Rixen,le frère d’Eugène
Interview: « J’ai essayé de lier le spirituel et le social »
En Europe, nous recevons régulièrement des nouvelles dramatiques du Brésil. Dans quelle mesure votre région est-elle touchée par la pandémie?
Actuellement, les chiffres augmentent à nouveau dans l’État de Goias, dans le centre-ouest du Brésil. Les mesures prises sont très strictes : interdiction de réunions, au maximum un tiers de nos églises peuvent être occupées et la température de chaque visiteur est prise à l’entrée. En général, le masque est obligatoire, même en plein air. Il y a une certaine lassitude chez les jeunes qui ne peuvent pas faire la fête. Pour moi, ce n’est pas facile, car nous ne pouvons pas rendre visite aux gens, nous devons être très prudents au cours de l'office religieux, car les Brésiliens sont très cordiaux et aiment s’embrasser.
Le président Jair Bolsonaro a longtemps minimisé la gravité de la pandémie du Coronavirus. Pourtant, le coronavirus a tué plus de personnes au Brésil que dans n'importe quel autre pays du monde.
Oui, pour lui, c’était une petite grippe. Il a reporté la responsabilité sur les communautés. Les accusations de corruption dans la gestion de la pandémie aggravent la perte tragique de plus d’un demi-million de vies humaines. Le président Bolsonaro refuse toute collaboration avec la commission d’enquête sur le coronavirus. Les évêques du Brésil sont très mécontents de la politique de santé. Le populiste de droite et ami de l’ex-président Trump est fortement soutenu par l’industrie agricole au détriment des petites exploitations agricoles familiales. L’armée est très présente au gouvernement. Le président est soutenu par les Églises pentecôtiste et par des groupes conservateurs. Un autre problème est celui de la déforestation, afin d’obtenir de plus en plus de terres destinées à la culture du soja et du maïs destinés à l’exportation, ainsi que l’extraction de minéraux, d’or, de nickel, etc. au détriment des autochtones et de l’environnement.
Quelles ont été vos priorités en tant que prêtre et évêque ?
En tant que jeune prêtre, l’animation socio-éducative était au centre des préoccupations dans le pays de Herve. J’y ai investi dans la catéchèse, mais je me suis aussi engagé socialement auprès des jeunes, par exemple à Welkenraedt. A partir de 1980, j’ai combattu et travaillé avec les sans-terre. Un deuxième point important est la pastorale du sida que j’ai fondée au Brésil et dont je suis responsable. Je me suis beaucoup investi dans la formation sacerdotale, j’ai donné beaucoup de retraites dans plus de quarante diocèses au Brésil. En tant que responsable de la catéchèse et de l'exégèse biblique au sein de l’Eglise du Brésil, j’ai édité de nombreux ouvrages sur ces sujets et, pour cette mission, j’ai également voyagé dans toute l’Amérique latine.
Qu’est-ce qui vous a rendu particulièrement heureux dans l’exercice de votre ministère, dans l'Église ?
Beaucoup de choses m’ont rendu heureux: annoncer la Bonne Nouvelle qui réjouit la vie des gens. Le contact avec beaucoup de gens me rend heureux. J’ai essayé de renforcer le spirituel dans ma vie. C’est ainsi que, depuis 1996, j’appartiens à la communauté de Charles de Foucauld, qui me soutient pour rester fidèle à mes idéaux.
Qu’est-ce qui vous décourage ? De quoi souffrez-vous le plus ?
Avec la pandémie, je souffre de ne pas pouvoir rendre visite aux gens. Dans l’Église, le plus important, l’Evangile est oublié. Le manque de prêtres, y compris au Brésil, m’inquiète. Les jeunes prêtres sont aujourd’hui moins ouverts au travail pastoral et social concret et privilégient uniquement la liturgie. Un tout autre style de prêtres.
Quelle a été la plus belle période de votre vie sacerdotale ?
Il faut vivre aujourd’hui, pas dans le passé. C’est pourquoi j’ai demandé à l'évêque, aussi longtemps qu’il me serait possible de le faire, de pouvoir travailler dans une paroisse, de préférence dans une paroisse pour laquelle il est difficile de trouver un prêtre.
Quels moments difficiles avez-vous traversé dans votre vie de prêtre et d’évêque ?
Mon engagement envers les sans-terre m’a aussi donné beaucoup de difficultés. J’ai beaucoup de résistance, car beaucoup de gens pensaient que l’Église et l’évêque ne pouvaient s’engager que dans le domaine religieux et ne pas s’occuper des problèmes sociaux. Déjà à l’époque, en tant qu’aumônier à Welkenraedt, j’étais convaincu que la foi devait être mise en œuvre dans la vie pratique. En tant que fondateur et responsable de la pastorale brésilienne du sida, j’ai rencontré beaucoup d’incompréhension, notamment dans la presse.
Sur quoi voulez-vous mettre l’accent aujourd’hui en tant que prêtre et évêque ?
Renforcer la spiritualité en lien avec le travail social. Le langage de la Bible est plein de symbolisme et et elle est essentielle à notre chemin de foi. Dimanche encore, depuis Kelmis, j’ai interprété la Lettre aux Galates de Paul lors d’une vidéoconférence de quatre heures avec 150 responsables pastoraux au Brésil. Même si le contact direct reste important, les moyens de communication modernes sont d’une grande aide, surtout en cette période de pandémie.
Quel est votre souhait le plus cher, après plus de 51 ans de sacerdoce ?
Je veux vivre avec les gens, renforcer ma spiritualité et leur spiritualité et bien vivre la vieillesse, c’est-à-dire annoncer la Bonne Nouvelle avec moins de forces physiques.
Mgr Eugène Rixen ne souhaite pas de cadeaux personnels pour son jubilé d’or, mais il est possible de faire un don en faveur du comité d’aide de Kelmiser aux pays du Tiers-Monde: BE79 7925 5611 8533 avec la mention « Eugène Rixen ».
Source: Lothar Klinges - Grenz Echo
