C'est dans une tribune publiée le jeudi 22 juillet dans l'Obs, que la théologienne Anne Soupa défend l'idée de la création d'une commission d’enquête sur la situation des femmes dans l’Eglise catholique. Revendication exprimée par le collectif "Toutes Apôtres!" dans une lettre adressée à la conférence des évêque de France, symboliquement datée de la fête de Marie-Madeleine.

Un an, jour pour jour, après la candidature de sept femmes à des charges et ministères qui leur sont interdits par l’Eglise, les membres du collectif catholique et féministe « Toutes Apôtres ! » se sont réunies devant la maison de la Conférence des Evêques de France pour réclamer une commission d’enquête indépendante sur la situation des femmes dans l’Eglise.
Les candidates attendent toujours une réponse
Pour rappel, le 25 mai 2020, la théologienne Anne Soupa rend publique sa candidature à l’archevêché de Lyon. À sa suite, le 22 juillet, 7 femmes candidatent publiquement aux postes de prédicatrice laïque, diacre, curé, évêque et nonce. Ce jour-là, chacune des candidates présentes glisse un dossier de candidature dans la boîte aux lettres de la nonciature apostolique à Paris.
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Toutes demandent à être entendues par Celestino Migliore, nonce apostolique en France, seul habilité à transmettre au Pape ces candidatures. Au début de l’automne 2020, elles ont été reçues – à l’exception d’Anne Soupa – par le nonce. Pour autant, aucune réponse formelle n’a été apportée à leur candidature à ce jour. L’action collective du 22 juillet 2020 est l’acte fondateur de Toutes Apôtres !, constitué en association depuis le 8 mars 2021.
Une prise de conscience croissante ...
Dans sa tribune, Anne Soupa écrit : "C’est un appel à la vérité, mais à une vérité construite ensemble, dans le dialogue, que lance ce jeudi 22 juillet le collectif « Toutes Apôtres ! »" Celui-ci demande l’ouverture d’une commission indépendante sur la situation faite aux femmes dans l’Eglise catholique afin que "pour de bon, des regards neufs enquêtent sur la manière dont sont traitées les femmes". Un an après les candidatures féminines du 22 juillet, "l’appel des femmes a été entendu, mais la réponse ne suit pas" regrette la théologienne.

Pour Anne Soupa, l'opinion publique évolue favorablement à la cause des femmes dans l'Eglise, mais celle-ci resterait sourde à leurs revendications.
Pourtant, il est indéniable, selon la fondatrice du comité de la Jupe, que la prise de conscience d’un problème des femmes dans l’Eglise catholique va croissant. Notamment, "nombre de prêtres et de religieux s’affichent sans détour : ils plaignent les femmes et favorisent leurs initiatives. Au cours de messes, des membres de notre collectif plaident leur cause au micro et sont applaudies par l’assemblée, ce qui tranche avec la réserve habituelle. Et même la Conférence des Evêques de France nomme une femme porte-parole" pointe Anne Soupa.
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... mais pas de réels progrès pour la cause des femmes dans l'Eglise !
Mais les avancées sont jugées trop timides et les quelques mesures envisagées depuis un an tiennent plus de l'alibi que de véritables avancées. Alors même qu'en octobre 2020, le pape lui-même demande qu’on prie pour « qu’en vertu du baptême, les fidèles laïcs, en particulier les femmes, participent plus aux instances de responsabilité de l’Eglise ». Or, "l’institution fait le dos rond", dénonce la théologienne pour qui, sur la question des femmes, "Rome n’agit pas sérieusement". La théologienne juge donc les avancées trop timides et "crains que l’on assiste aujourd’hui à une banalisation du sujet". La décision du pape de confirmer que les ordinations de femmes étaient passibles d’excommunication (révision du droit canon du 1er juin 2021) montre, d'après Anne Soupa, que la consigne reste "pas de femmes prêtres", l'Eglise tolère "juste quelques nominations d’affichage et sans réel impact sur les décisions centrales, toujours prises par des prêtres".
Une commission comme "seule issue honorable"
La théologienne fait également le constat amer que, depuis en an, "aucun débat n’a été ouvert, ni par la Conférence des Evêques, ni dans les diocèses". Or, "Ce divorce entre une opinion catholique qui change et une institution qui se bouche les oreilles est lourd de conséquences" estime-t-elle. En ceci qu'il discrédite l’institution et fait fuir les femmes. "La seule issue honorable" semble donc être, pour le collectif 'Toutes Apôtres!', de constituer une commission analogue à la commission Sauvé en charge des abus sexuels, "aussi indépendante, aussi compétente, aussi respectée qu’elle". Mais précise Anne Soupa, "son rôle ne devrait pas tant être de s’interroger sur le bien-fondé de la « vocation » des femmes, que de pointer les conséquences de cette idéologie sur l’existence des femmes".
La co-fondatrice du collectif termine sa tribune par une question : "Cette commission indépendante ferait remonter la parole des femmes sur elles-mêmes, ce qui, je le dis avec la honte au visage, ne s’est jamais encore produit dans l’Eglise. La démarche synodale allemande a inclus la question des femmes dans ses priorités. Pourquoi les évêques français la refuseraient-ils ?"

Extraits de la lettre adressée par le collectif "Toutes Apôtres!" à la conférence des évêques de France
Et voilà le commentaire attribué à la Conférence des Évêques de France, tel qu’il a été rapporté par le Figaro du 22 juillet 2021 –le seul écho qui nous soit parvenu: ces candidates «ne sont pas représentatives des femmes engagées au service de l'Église qui sont des milliers à être heureuses et épanouies dans leur mission». Mais de qui s’agit-il, au juste? Avez-vous compté celles qui, en responsabilité dans leur paroisse, leur diocèse ou dans un établissement d’enseignement catholique, se taisent et s’autocensurent par crainte d’être rejetées ou remises à leur place par une institution cléricale prompte à les accuser de «manque d’humilité» ou de «nuire à l’unité»? Combien de mères blessées que leurs petites filles ne soient plus les bienvenues pour servir à l’autel? et qui ne comprennent plus les décisions prises par une institution censée servir l’Évangile? [...]
À cet effet, nous demandons la mise en place d’une commission semblable à la CIASE : dans la continuité des travaux de cette commission présidée par Jean-Marc Sauvé–avec une ambition équivalente–, nous souhaitons voir s’ouvrir un espace d’enquête et de propositions. Il est essentiel qu’il soit piloté par une femme, personnalité faisant autorité que vous choisirez pour la qualité de son expertise, son intégrité intellectuelle et sa capacité à fédérer. Cette femme sera chargée de réunir une commission plurielle, composée de personnes indépendantes, compétentes et respectées. [...]
Nous croyons que l’Église ne peut se relever des scandales et souffrances indicibles que ses clercs ont infligés et couverts que par une réelle réflexion permettant de trouver des solutions à l’entre-soi masculin. [...]
S.D.
Illustrations: pixabay CCO - CathoBel - capture Twitter
