
Audience entre le Pape François et le cardinal Marx, le 3 février 2020 au Vatican (Vatican Media)
Le pape François a refusé la démission du cardinal Marx de sa charge d’archevêque de Munich et Freising. Ce dernier a accepté poursuivre sa mission. Comment comprendre la demande de renonciation du cardinal Marx, et la réponse du pape? Eléments d'analyse.
Jeudi 10 juin, le pape François a refusé la démission du cardinal Reinhard Marx de son poste d’archevêque de Munich et Freising. En renonçant à sa charge, ce dernier a voulu envoyer un signal fort face au scandale des abus qui frappe l’Eglise en Allemagne depuis le début des années 2000, la jugeant trop lente à concrétiser des réformes structurelles en la matière. Le cardinal a accepté de poursuivre sa mission, "dans un esprit d’obéissance".
Pour comprendre les ressorts de la demande de renonciation du cardinal Marx à sa charge d’archevêque de Munich et Freising, poste qu’il occupe depuis 2007, il faut remonter à 2018. Cette année-là, la conférence épiscopale allemande publie un rapport dévastateur sur le scandale des abus sur mineurs dans l’Eglise de ce pays: 3.677 enfants ou adolescents ont été abusés sexuellement depuis 1946 par plus d'un millier de membres du clergé, dont la plupart n'avaient pas été sanctionnés.
A la suite de ce rapport, les évêques allemands ont été exhortés à diligenter des enquêtes indépendantes sur les cas d’abus dans leurs diocèses respectifs. Dernière enquête en date: celle menée dans l’archidiocèse de Cologne, dont le rapport a été publié en mars dernier, malgré les réticences de son archevêque, le cardinal Rainer Maria Woelki. Tant les résultats de l’enquête – 314 victimes d’abus avérées entre 1975 et 2018, 202 auteurs identifiés – que l’attitude du cardinal Woelki a choqué l’opinion publique, mais également des responsables laïcs de l’archidiocèse. Pas la suite, l’archevêque a mis des mesures en place pour "traiter" les cas d’abus du passé et éviter qu’ils se reproduisent.
Un soutien important
Pour le cardinal Marx, cependant, la succession d’expertises et de rapports montre "qu'il y a eu à la fois des défaillances au niveau personnel et des erreurs administratives, mais aussi un échec institutionnel et systématique", comme il l’a écrit dans sa lettre de renonciation rendue publique le 4 juin dernier. Il y fait également allusion à de récentes controverses, révélant selon lui que "certains représentants de l'Église ne veulent pas accepter cette coresponsabilité et donc aussi la coresponsabilité de l'Institution". Par conséquent, "ils rejettent toute forme de réforme et d'innovation concernant la crise liée aux abus sexuels". D’où la décision de l’archevêque de Munich de démissionner, afin "d'assumer une coresponsabilité par rapport à la catastrophe des abus sexuels"
Ce faisant, le cardinal Marx a pris le contre-pied de l’attitude du cardinal Woelki qui, quelques mois plus tôt, estimait de son côté trop facile d’"assumer simplement la responsabilité morale et partir, pour protéger la réputation de l'épiscopat et de l'Eglise". D’où sa décision de rester en poste.
Mais la différence entre les deux cardinaux ne se limite à cette question de démission. Le cardinal Marx est l’un des fers de lance du synode de l’Eglise d’Allemagne, qui a démarré en décembre dernier et doit s’achever fin 2022. Ce synode a pour objectif de réformer et de renouveler l’institution en profondeur. Un objectif partagé par le pape François qui, depuis le début de son pontificat, souhaite une Eglise où la synodalité devienne la règle. Le cardinal Woelki, quant à lui, n’est guère favorable à cette démarche synodale telle qu’elle se déroule actuellement en Allemagne.
On comprend dès lors que, en acceptant la démission du cardinal Marx, (qui est également membre du Conseil des cardinaux depuis 2013 et coordinateur du Conseil pour l’économie depuis 2014), le pape risquait de perdre l’un de ses principaux soutiens en Allemagne, entre certains courants hostiles aux réformes, et d’autres tentés par une fuite en avant.
Christophe HERINCKX
