En 2020, Sr Margherita Parolin, salésienne de la Visitation, se trouvait en Sicile aux côtés des migrants. Sur le site du diocèse de Tournai, elle raconte son expérience. Extraits.

Pourquoi vouliez-vous faire ce déplacement?
"Mon désir était vivre une expérience d'aide aux personnes, 'sur le terrain', c'est-à-dire en relation directe avec des personnes précarisées. Par ailleurs, la situation des migrants aux portes de notre Europe m'a paru inacceptable, scandaleuse, insupportable, si peu évangélique. Il me semble qu'il y a là un appel à agir, même petitement.
Comment sont nées les communautés religieuses qui agissent auprès des migrants?
J'ai découvert l'existence des communautés religieuses, intercongrégationnelles et interculturelles, en Sicile. Elles ont été créées par l'UISG (l'Union Internationale des Supérieures Générales). En effet, le Pape François s'est rendu à Lampedusa, en 2013, année de son élection. Il a pu voir la détresse et la situation désastreuse des migrants arrivés aux portes de l'Europe. Cette même année, une catastrophe en mer, au large de cette île a provoqué la mort de 366 migrants clandestins africains... Le Pape a interpellé les chrétiens, leur demandant avec insistance d'aller "aux périphéries" pour rejoindre les personnes éloignées, abandonnées, et prendre des initiatives pour exprimer la compassion de l'Église envers ces personnes dans leur situation de vulnérabilité et d'exclusion. L'UISG a entendu cet appel et l'a relayé aux Congrégations religieuses. C'est ainsi que trois communautés se sont mises en place, avec la collaboration des Églises locales, pour répondre à cette mission.
Comment se déroule votre séjour de trois mois sur place?
Ma consœur était à Agrigento, à l'ouest de l'île, et moi, à Caltanissetta, cité du centre de la Sicile. Il semble que des études la désignent comme la plus pauvre d'Italie et je le crois volontiers ! Elle est située à 600 m d'altitude, avec 60000 habitants pour 416 km². Tous les chemins sont en pente ou en escaliers. On y trouve beaucoup de ruelles très étroites où sèche le linge accroché aux balcons. Les voitures y circulent en collant les piétons contre les murs des maisons. Heureusement, les voitures sont souvent petites !!!
Pouvez-vous raconter un souvenir d'une rencontre avec un migrant ?
Un jour, la sœur responsable de l'école vient me trouver et me dit : peux-tu t'occuper d'un somalien qui vient d'arriver ? Il ne parle pas le français mais doit apprendre l'italien en commençant par les B.A.BA... Je me trouve donc avec un jeune homme, 3 mots d'anglais et le somalien hésitant. Moi, 2 mots d'anglais et un italien basique.... et...nos deux smartphones pour traduire. Nous avons fait un bout de chemin ensemble durant 2h. En tout cas, le somalien m'est devenu moins étranger ! Et lui avait l'impression de savoir déjà quelques mots d'italien.... Les sœurs m'ont dit que c'était comme cela à la Pentecôte !
Quels sont les parcours de ces migrants que vous rencontrez?
Nous savons peu de choses quant à leur pays, leur traversée, le commerce de l'ombre des passeurs... Je sais peu de choses de tout cela, si ce n'est que, pour pouvoir aider, il faut être discret, accepter de ne pas savoir, écouter même les mensonges, mais être là avec eux. Ces garçons et filles sont à l'affût de possibilités de travail, donc de départ, souvent vers le Nord. Ils n'ont rien à perdre. Ils doivent rembourser des dettes au pays, dettes consenties pour permettre leur fuite.... Quel drame, quelle honte, quel échec s'ils devaient rentrer de force et les mains vides ! Leur vie est rythmée par les convocations à la Commission.
Pourquoi prendre tant de risques ? Certains nous ont confié que ce sont la guerre et les oppositions politiques qui les ont mis en danger chez eux. D'autres ont vécu des conflits familiaux, de clans et risquent d'être tués. Je pense à ce garçon de 25 ans, il avait les larmes aux yeux dès qu'on parlait de maladies. Il pensait à sa maman, souffrante et restée au pays...."
Interview complète sur le site web Diocèse de Tournai

