Pâques 2020 fut un moment terrible où se sont exprimées nos fragilités et nos angoisses, dans une grande solitude et incertitude. Ce fut aussi le temps de solidarités, de recentrement sur l’essentiel et de nouvelles questions sur ce qui nous fait vivre. Célébrer Pâques devrait nous ouvrir toujours plus au mystère de la Vie donnée.
Nous vous proposons 5 verbes qui font sens pour approfondir l’espérance pascale. Chaque verbe met en écho une illustration de l’Évangéliaire de l’empereur Otto III, un passage du récit de l’Évangile et une méditation.
Vous pouvez écouter ces méditations dans cet ordre:
- Dimanche des Rameaux : Louer
- Jeudi Saint : Servir puis Veiller
- Vendredi Saint : Aimer
- Pâques : Annoncer
Retrouvez ces textes et ces illustrations sous forme de dépliant téléchargeable proposé par la CIPL (Commission Interdiocésaine francophone de Pastorale Liturgique). Il sera également disponible dans les églises ou sanctuaires (renseignements dans votre diocèse ou vicariat).
Il y a plus de 1000 ans, les moines de l’abbaye de Reichenau (sur le lac de Constance en Allemagne) développent leur art d’illustrations pleines de lumière. Venues d’une contemplation si lointaine, le même et unique mystère pascal est dévoilé. Les moines de l’An 1000 ne vivaient pas dans un monde plus facile que le nôtre. Ces images invitent à entrer dans le récit de la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus.*
Louer
L’entrée à Jérusalem avec les rameaux
Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs.
Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre Père. Hosanna au plus haut des cieux. »
(Mt 21, 8-9)
Écoutez la méditation

La cité du Roi David
A élevé le fronton de ses portes,
Et la foule proclame :
“Hosanna, fils de David”.
Le roi rencontre son peuple
Et le pasteur ses brebis.
Les grands prêtres et les anciens
Ont préparé le gibet hors des portes,
À Pilate ils réclament :
“Crucifie, crucifie-le !”
Le Prêtre s'offre en victime,
Agneau livré et trahi.
La cité de notre Dieu
Verra s'ouvrir les battants de ses portes ;
Le soldat en témoigne :
“Celui-ci est fils de Dieu !”
Nos yeux contemplent la source
Qui nous délivre l'Esprit.
CFC (f. Maurice)
Servir
Le lavement des pieds
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
Jn 13, 14-15
Écoutez la méditation
Le monde visible proclame la bonté de Dieu, mais rien ne la proclame aussi clairement que la venue de Dieu parmi les hommes. Ainsi, celui qui était dans la condition de Dieu a pris la condition de serviteur. Il n'a pas rabaissé sa dignité, mais magnifié son amour pour les hommes. Et le mystère redoutable qui s'accomplit aujourd'hui nous fait voir les conséquences de cet abaissement. Le Sauveur a lavé les pieds de ses disciples.
Vraiment, en assumant tous les traits de notre humanité, le Maître de l'univers a revêtu la condition de serviteur, et il l'a fait d'une manière très caractéristique de l'action de Dieu dans l'Incarnation, lorsqu'il se leva de table. Celui qui pourvoit à la subsistance de tous les êtres sous le ciel était assis à table parmi ses Apôtres, le Maître parmi les esclaves, la source de la sagesse parmi les ignorants, le Verbe parmi des hommes sans instruction, l'auteur de la sagesse parmi des illettrés. Celui qui donne à tous leur nourriture, prenait sa nourriture à la même table que ses disciples, et celui qui procure la subsistance à l'univers, recevait lui-même sa subsistance.

Et cette merveille ne suffit pas, mais, dit l'évangile, "Il se leva de table". Celui qui est drapé du manteau de la lumière, ôte le manteau dont il était revêtu ; celui qui ceint le ciel de nuées se noue un linge à la ceinture ; celui qui fait couler l'eau des lacs et des fleuves verse de l'eau dans un bassin. Lui, devant qui "tout s'agenouille aux cieux, sur terre et dans l'abîme", lava, à genoux, les pieds de ses disciples. Le Seigneur de l'univers lava les pieds de ses disciples. Il n'offensa pas sa dignité, mais montra son immense amour pour les hommes.
Pourtant, quelque immense que fût cet amour, Pierre n'oublia pas qu'il s'agissait du Seigneur de majesté. Ainsi, l'homme que son ardeur portait toujours à croire, fut également prompt à reconnaître l'exacte vérité. Les autres disciples, non par indifférence mais par crainte, laissèrent le Seigneur leur laver les pieds sans rien trouver à redire. Mais le respect empêcha Pierre de le laisser faire, et il dit : "Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais !". Pierre parla avec beaucoup de rudesse. Il jugeait bien, mais, ignorant la façon dont Dieu agit, c'est par esprit de foi qu'il refusa ; puis il obéit de bon cœur.
Car, si Pierre exprima son opinion d'une manière tout humaine, il s'est repenti par amour de Dieu. Quand le Sauveur constata la résistance tenace de son âme, résistance plus forte que n'importe quelle enclume, il lui dit : "En vérité, je te le dis : Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi".
Dès lors, Pierre, l'homme bon et admirable, prompt à exprimer son opinion, fut également prompt à se repentir. Ayant perçu la dureté des paroles qui lui étaient adressées, il se montra entier, lui aussi dans son repentir et dit : "Pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête". Purifie-moi tout entier, lave-moi complètement, afin que moi aussi, je puisse dire avec David : "Lave-moi, je serai blanc plus que neige".
Sévérien de Gabala, homélie sur le lavement des pieds dans la Revue des Études byzantines, 1967, pp. 227-229
Veiller
Jésus prie au Mont des Oliviers
Jésus leur dit: Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez.
Mc 14, 34
Écoutez la méditation
Cette grande semaine nous replonge au cœur de notre foi chrétienne. Au moment où commencent les événements de la Passion, Jésus incite les disciples à veiller et prier.
Veiller, comme vous savez, ça se fait la nuit. C’est une contestation de la nuit ; c’est une attestation qu’elle aboutira à son contraire, le jour ; c’est briser l’enfermement de la nuit. Voilà sans doute le grand combat aujourd’hui, un combat spirituel : briser les enfermements, qu’ils soient religieux, économiques, culturels, politiques, familiaux ou autres… Veiller, ce n’est pas simplement maintenir des croyances et des traditions, c’est laisser l’acte de foi que Jésus a inauguré sourdre en nous. Veiller, ce n’est pas répéter des vérités et des grandes valeurs – cela ne suffit pas. C’est faire la vérité de ces vérités, se fixer sur l’Heureuse Nouvelle de la lumière qui pointe dans le cœur de tout être humain, comme aussi de toute culture, malgré la nuit qui parfois l’enveloppe mais jamais n’obscurcit tout.
Jésus établit un lien intime entre cela et la prière. C’est dans la prière qu’on veille. C’est dire combien la prière n’est pas « bondieuserie » : on y retourne à la source, l’amour qui nous donne à nous-mêmes, enfin, malgré tout. Nouvelle naissance, matin pascal… !
Que ces jours saints soient des jours de veille et de prière !
Homélie de Luc Lysy

Aimer
La crucifixion, descente de croix et mise au tombeau
Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. Après cela, Joseph d’Arimathie, disciple de Jésus en secret (…) demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Nicodème (un autre disciple) vint lui aussi (…) Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts(..) et déposèrent Jésus dans un tombeau neuf.
(Jn 19, 37-41)
Écoutez la méditation

La Parole en silence
Se consume pour nous.
L'espoir du monde
A parcouru sa route.
Voici l'heure où la vie
Retourne à la source :
Dernier labeur de la chair
Mise en croix.
Serviteur inutile,
Les yeux clos désormais,
Le Fils de l'Homme
A terminé son œuvre.
La lumière apparue
Rejoint l'invisible,
La nuit s'étend sur le corps :
Jésus meurt.
Maintenant tout repose
Dans l'unique oblation.
Les mains du Père
Ont recueilli le souffle.
Le visage incliné
S'apaise aux ténèbres,
Le coup de lance a scellé
La passion.
Le rideau se déchire
Dans le Temple désert.
La mort du Juste
A consommé la faute,
Et l'Amour a gagné
L'immense défaite :
Demain, le Jour surgira
Du tombeau.
CFC (s. Marie-Pierre) ©CNPL
Annoncer
Le tombeau est vide. Jésus apparait à Marie-Madeleine
Marie-Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! ». Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Jn 20, 18.28-29
Écoutez la méditation

Qu’avons-nous donc à annoncer ?
Que dans la nuit noire de la Mort, de la souffrance,
la Lumière a jailli.
Les ténèbres ne peuvent rien contre la lumière
qui les déchire, les repousse, les fait disparaître.
La Vie l’emporte sur la Mort.
Christ est ressuscité !
Qu’avons-nous donc à annoncer ?
Que Dieu a créé le monde par sa Parole,
qu’ainsi qu’Abraham, il a offert son Fils, son unique ;
que Dieu a fait naître son peuple en lui faisant traverser les eaux,
que le Seigneur est Rédempteur, plus proche parent de chacun des siens,
qu’Il rachète par Amour en donnant sa propre vie ;
que notre Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent
et que sa Parole est féconde ;
qu’Il est Sagesse et Vie,
qu’il fait alliance avec les siens,
qu’Il est notre Dieu et que nous sommes son peuple.
Qu’avons-nous donc à annoncer ?
Qu’au premier jour de la semaine, à l’aurore,
les femmes ont trouvé le tombeau vide.
Le Christ est ressuscité, il vient à elles
et les envoie l’annoncer aux disciples.
Qu’avons-nous donc à annoncer ?
Que le Ressuscité nous a envoyés
annoncer la Bonne Nouvelle du salut,
baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit
pour que tous aient la vie, sa Vie,
sur laquelle la mort, vaincue définitivement, n’a plus aucun pouvoir.
Pour prolonger notre méditation, voici une hymne
Dans les ténèbres
Une flamme a jailli.
Alléluia !
Repoussant la nuit du péché,
La lumière du Christ
Illumine tout homme.
Alléluia !
Au point de l’aube
Un grand cri a jailli :
Alléluia !
Où est-il le corps supplicié ?
Notre vie a surgi,
Victorieuse de l’ombre.
Alléluia !
Au long des routes
La Nouvelle a jailli :
Alléluia !
Le Seigneur est ressuscité !
Et la foi se répand
Comme un feu pour le monde.
Alléluia !
CFC (Sr Marie-Paule)
* Les illustrations sont extraites de l’Évangéliaire de l’empereur Otto III, vers l’an 1000. Bayerische Staatsbibliothek. Tout le manuscrit est consultable sur .