Etes-vous prêts à vous encorder à ces deux alpinistes qui affrontent autant leurs peurs que le glacier qu’ils escaladent? Un récit qui nous plonge dans l’ivresse des sommets et nous invite à un voyage intérieur.
La rencontre avec un livre peut s’amorcer dès le premier regard. La réédition du récit de Ludwig Hohl, réécrit six fois entre 1916 et 1940, est de celle-là. Quand contenant et contenu se rejoignent, on tient entre les mains une création littéraire complète qui touche notre fibre artistique. La jaquette glacée magnifie le pic de montagne esquissé d’un trait noir et sec. Un seul mot pour titre, posé au sommet. Le décor est planté dès la couverture. La lecture commence, le fil se tend d’emblée, pour ne se relâcher qu’au moment de la chute finale.
Ascension est le récit de deux hommes, que tout sépare, partis à l’assaut d’un glacier. Ull est un grimpeur confirmé, réfléchi et déterminé. Johann, mauvais marcheur, affronte ce milieu hostile avec force et sans souplesse. Les conditions météorologiques difficiles mettent les deux héros face aux forces de la nature, les confrontant ainsi à leurs propres limites. Le malaise, présent dès l’attente du bus qui doit les conduire au seuil de leur expédition, s’intensifie au rythme de leurs pas, plus encore quand ils sont contraints à une halte dans un refuge austère.
Une lecture courte et intense où chaque mot a été choisi avec précision, comme doit l’être chaque geste en haute montagne. Il aura fallu près de 40 ans à l’auteur pour décrire avec minutie et sobriété la montagne qu’il connaît bien et dépeindre avec justesse la relation qui se distend entre les deux compagnons d’ascension aux trajectoires opposées. Un livre dont la finesse des mots rencontre la dureté de la montagne.
Catherine DELPERDANGE
Librairie CDD Arlon
Ludwig Hohl, illustrations de Martin Tom Dieck, "Ascension". Le nouvel Attila, 2020, 196 pages. 16€ (+ frais de port) - remise de 5% sur présentation ou évocation de cet article.

