
La technologie a envahi les foyers. Souvent incités dès leur plus jeune âge, les enfants et les adolescents sont devenus de gros consommateurs d’écrans. Leur utilisation diffère toutefois selon les âges.
Durant l'année scolaire 2019-2020, plus de 2.000 élèves en Fédération Wallonie-Bruxelles ont été sondés sur leur pratique des outils numériques. Une vingtaine d'écoles de l'enseignement primaire et un même nombre d'écoles de l'enseignement secondaire ont participé à un projet d'envergure européenne, mené notamment par Média Animation côté francophone.
Si les enfants sont largement connectés, des différences notables apparaissent selon les âges. Ainsi, les élèves en primaire sont-ils informés par la télévision, accessible dans les pièces communes, avant que ne s'impose le recours aux smartphones, ces téléphones aux multiples fonctions. Près de 90% des élèves en sixième primaire (entre l'âge de 11 et 12 ans) se voient offrir ou achètent d'ailleurs un appareil de ce type, devenu indispensable avant l'entrée en secondaire. Quant aux sources d'information traditionnelles (télévision et radio) durant les années du primaire, Sophie Huys, chargée de projets européens chez Média Animation, convient que "les pratiques des enfants sont calquées sur celles de leurs parents". Si les enfants de primaire recourent aux tablettes de leurs parents ou à des consoles de jeux, c'est avant tout dans une perspective de divertissement.
Les loisirs en priorité
Fort logiquement, l'utilisation des outils numériques augmente sensiblement durant les week-ends et les périodes de congés scolaires. A la lecture des résultats de cette enquête menée par Média Animation, les jeunes apparaissent conscients de certains usages problématiques, voire excessifs. Mais ils n'hésitent pas, non plus, à renvoyer la consommation quelquefois incessante de leur entourage, qui en oublie d'être attentif à leurs progrès ou à leurs prouesses! L'écran détourne l'attention ou captive aussi les adultes. Sophie Huys souligne que les jeunes interrogent la pratique de leurs propres parents. Si un grand nombre de parents pose des règles et un cadre défini pour l'utilisation des écrans, en revanche, leur implication réelle dans les contenus suivis par leurs enfants faiblit… Considérés comme des "experts", de nombreux jeunes reconnaissent mettre à profit leurs connaissances techniques pour aider et dépanner leurs copains, voire leur entourage. Nous connaissons tous la blague de l'enfant chargé d'installer un programme de contrôle parental sur l'ordinateur familial!
Des modes dans les usages
Exit la position privilégiée de Facebook auprès des plus jeunes, place à d'autres types de plateformes comme Snapchat, WhatsApp ou Messenger, selon le profil de la personne connectée. Ainsi, les jeunes peuvent-ils recourir à une plateforme pour des échanges en famille, à une autre pour des relations avec leurs pairs… Peu d'entre eux admet avoir été l'objet d'un cyberharcèlement. Lorsque celui-ci survient, ils se tournent en premier lieu vers leurs semblables, avant d'interpeller un adulte. "Les jeunes restent pudiques par peur du jugement ou de générer une attitude de crainte chez les adultes", estime Sophie Huys. Face aux résultats de l'enquête, elle reconnaît avoir été surprise par "la capacité de réflexion que les jeunes ont par rapport à leur propre pratique et leur capacité à gérer le temps passé en ligne". Ainsi certains n'hésitent pas à installer eux-mêmes des applications, afin de mesurer le temps écoulé.
Des enseignements pour demain
"A chaque écran, son utilisation. Il y a une multiplicité d'usages et une distinction dans les appareils selon les groupes sociaux. L'idée de l'enquête consiste à formuler des recommandations, à favoriser la mise en place d'un dialogue entre les adultes et les jeunes pour faire diminuer les craintes, éviter une posture de personne jugeant ou de prescripteur. Il importe de se questionner soi, en tant qu'adulte. Mais la nécessité d'un accompagnement demeure. Il faut le garder à l'œil, pour constituer un espace de dialogue", conclut-elle. En 2021, une nouvelle enquête de cette ampleur n'est pas prévue. Il s'agira plutôt de se pencher sur "la question des pratiques, par le biais d'une enquête qualitative". Il n'empêche qu'une éducation critique aux médias doit d'ores et déjà être mise en œuvre, en tenant compte d'une particularité notable de la jeune génération, qui détient une expertise numérique inédite. A fortiori après ces mois de confinement et d'enseignement à distance. Ne l'oublions pas, les élèves se voient désormais incités, voire contraints, à suivre des cours par écrans interposés, durant des journées entières… Une telle plongée dans l'univers virtuel laissera certainement des traces dans l'enseignement, là où les jeunes suivent des cours en distanciel, à défaut de se retrouver en présentiel… Même des mots ont fait leur apparition pour signifier ces nouveaux phénomènes de société.
Angélique TASIAUX
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