Dans son nouveau film Adieu les cons, Albert Dupontel nous emmène dans une tragi-comédie, doublée d’une critique de notre société et de son administration.
Après Bernie, 9 mois fermes et Au revoir là-haut, Albert Dupontel poursuit son exploration de la maternité et la filiation. Avec Adieu les cons, le réalisateur français signe un film burlesque, aromatisé à l’enquête policière. Il s’entoure pour cela de Virginie Efira, à qui il confie le rôle de Suze Trappet, une coiffeuse de 43 ans. Tracassée par une toux persistante, elle apprend que son métier la tue à petit feu. Les aérosols qu’elle utilise dans son salon de coiffure depuis des années ont bousillé ses poumons, ne lui laissant que quelques mois à vivre. Ce début dramatique permet d’embarquer vers une tragi-comédie au ton personnel mais à la portée universelle.
Revenons donc à notre histoire. En sortant du cabinet du médecin, Suze pense à sa jeunesse. Elle revoit dans sa tête son premier amour et se souvient de ce bébé qu’elle a abandonné quand elle avait quinze ans. Se sachant condamnée, elle aimerait plus que tout au monde retrouver son fils. La coiffeuse malade se lance alors dans une quête éperdue dans le monde des archives. Car rien n’est plus difficile que de trouver un nom parmi les milliers de données stockées au ministère. Sur le point de baisser les bras, Suze tombe sur JB, un fonctionnaire désespéré après avoir été écarté du projet sur lequel il a travaillé des jours et des nuits. Après un malencontreux accident, cet homme au bout du rouleau accepte d’aider cette mère à retrouver son fils. Accompagnés de monsieur Blin, archiviste aveugle plein d’enthousiasme, ils vont remonter jusqu’où jour de l’accouchement de Suze, dans les arcanes des dossiers d’un médecin atteint d’Alzheimer.
Rencontre explosive
Ce scénario plein de fantaisie nous promène dans les rues d’une version fantasmée de Paris. Réaliste et en même temps décalé, il nous propose une réflexion singulière sur la filiation, le désir de vivre et l’amour. A la quête de Suze vient en effet se greffer celle de JB, intello inhibé qui rappelle furieusement Albert Dupontel, son interprète. Il nous sert donc aussi une rencontre explosive entre trois marginaux: l’une qui veut vivre mais ne peut pas, l’un qui peut vivre mais ne veut plus et un handicapé traumatisé par la police. Tous trois attachants à leur manière, ils font partie des personnages de cinéma dont on se souvient avec tendresse.
A la manière du film Brazil de Terry Gilliam, Adieu les cons parle aussi de l’administration, des restrictions et de la toute-puissance de l’ordre. L’ex-Monty Python y fait d’ailleurs une apparition en truculent vendeur d’armes. Comme c’est toujours le cas avec Albert Dupontel, cette quête poétique cache donc une satire de notre société. Les traits d’humour incisifs viennent pimenter le voyage du trio. La police en prend ainsi pour son grade, tout comme la répression et la restriction des libertés. Ces thèmes résonnent d’autant plus fort aujourd’hui, alors que nous vivons une crise sans précédent. Malgré quelques maladresses, qu’on lui pardonne volontiers, ce joli film est donc un antidote doux-amer au cynisme ambiant.
Elise LENAERTS

