Ce samedi, la Conférence épiscopale belge a adressé un mémorandum aux sept partis qui tentent de former un gouvernement fédéral. Une initiative bienvenue, qui a le mérite d'être claire et sans ambiguïté.
L'initiative n'est pas si fréquente. Dans le passé récent, l'Eglise de Belgique s'est toujours montrée très prudente en matière de prise de positions, notamment en période de négociations gouvernementales. Cette fois, elle adresse un message fort aux négociateurs de la future coalition gouvernementale fédérale. Dans un communiqué, les évêques de Belgique reviennent d'abord sur la pandémie que nous traversons avec la crise du Covid-19. "Vivre autrement est devenu un nouveau concept. S’agit-il de belles pensées en temps de pandémie ou d’actions réfléchies qui nous changent intérieurement ? Car 'autrement' signifie 'changement'. Il ne suffit pas de respecter les règles de prudence, il faut faire surgir la question du sens de la vie!" écrivent-ils, ajoutant: "Notre peur est quelque peu maitrisée ; alors nous sommes tentés de relâcher les efforts longuement consentis ; et pourtant notre responsabilité citoyenne est plus que jamais engagée".
Préoccupation et demandes
Les membres de la Conférence épiscopale en viennent ensuite à leur préoccupation. Elle va d'abord, soulignent-ils, "vers les plus fragiles, les malades et ceux qui les soignent, vers les personnes qui se sentent seules, ne reçoivent plus de visite et ne savent pas comment continuer à vivre, vers les membres des familles qui vivent dans l’incertitude, car ils ne savent pas s’ils vont garder leur emploi et vers les gens en situation de pauvreté, qui souffrent du fossé qui continue à se creuser entre riches et pauvres", mais aussi "vers les jeunes désemparés et sans perspectives, les demandeurs d’asile qui cherchent à être accueillis et qui viennent de pays en guerre où ils sont menacés, discriminés, abandonnés ou sans espoir de survie et les pays souffrant de la faim et de la pauvreté extrême, qui comptent plus que jamais sur notre aide au développement". La préoccupation des évêques de notre pays se porte aussi vers les responsables politiques et économiques, qui tentent de chercher une riposte adéquate à cette pandémie imprévisible.
Au vu de ces préoccupations, la Conférence épiscopale formule des demandes très claires. "Dans cette crise totale qui touche chacune et chacun dans tout l’univers, et qui fait vaciller tous les équilibres et les projets, nous osons demander, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, qu’on mette à l’avant-plan le respect et l’épanouissement de chacun, jeunes et vieux, hommes et femmes". Les évêques réaffirment aussi leur souci que la vie soit respectée, dans toutes ses dimensions: écologique, sociale, économique et éthique, à toutes ses étapes, "en particulier la vie qui va naître et celle qui s’en va". Une demande claire, en ces temps où certains voudraient, entre autres, voir assouplir la loi sur l'interruption volontaire de grossesse.
Ils souhaitent que la solidarité avec les gens en situation de pauvreté soit "une pierre angulaire dans tous les choix et décisions politiques".
Intensifier le dialogue avec les cultes
"Tout cela relève de la mission des cultes reconnus, dont fait partie l’Eglise catholique. Il y a incontestablement une soif spirituelle chez nos contemporains. Il faut donc intensifier le dialogue permanent avec les responsables de tous les cultes pour le plus grand bien de tous. Nous nous y engageons pour notre part. Comme précédemment, il serait bon que le gouvernement réunisse tous les cultes et la laïcité une fois par an pour traiter de certains sujets importants", avancent les évêques belges.
Ceux-ci font enfin part de leur espérance, alors que, écrivent-ils, "notre vivre ensemble est blessé gravement par la pandémie". Ils concluent par ces mots: "Nous en avons fait et en faisons l’expérience jour après jour. Dieu sait si l’humanité a plus que jamais besoin d’espérer et d’aimer. Dans nos rencontres avec les autres, nous devons garder les distances, mais notre souci pour les autres doit être sans frontières ! Nous osons vous demander de prendre prioritairement des décisions qui donnent sens à la vie et qui, dans le respect des convictions de chacun, permettront de "vivre autrement". Tout en "maintenant les distances", nous serons à vos côtés…"
Un message sans ambiguïté, qui rappelle la vigilance de l'Eglise envers la protection de la vie, de la conception à la mort, mais aussi le souci de voir protéger les plus faibles, les plus fragiles de notre société, particulièrement en ces moments où l'on craint une crise sociale et économique, conséquence de la crise sanitaire. On ne peut que se réjouir de cette prise de position!
J.J.D.

