Le 10 août 2020, la cour religieuse de l’État de Kano, dans le nord du Nigeria, condamne Omar Farouq à dix ans de prison avec des “travaux d’intérêt général” pour blasphème. Le jeune garçon n’a que 13 ans. Selon CNN, Omar Farouq a été arrêté pour avoir tenu “un langage grossier envers Allah lors d’une dispute avec un ami”. Au regard de la loi islamique, il est jugé en tant qu’adulte, puisqu’il a atteint la puberté. Dans le nord du pays, à majorité musulman, douze États utilisent la comme “système juridique en plus des lois du pays”. Mais la loi islamique ne s’y applique qu’aux musulmans, précise la BBC.

Néanmoins, le représentant de l’Unicef au Nigéria se saisit de l’affaire qui a donc ému Piotr Cywinski, directeur du mémorial d’Auschwitz. Ce dernier décide alors d’écrire au président nigérian : « Je ne peux pas rester insensible à ce jugement, qui est une honte pour l’humanité ». 

150 volontaires

Le directeur demande à Muhammadu Buhari d’accorder une grâce au garçon, incarcéré depuis février, selon le Washington Post. Si la grâce devait lui être refusée, alors, propose l’historien polonais dans sa lettre ouverte,  que “120 adultes volontaires du monde entier […] passent un mois chacun dans une prison nigériane”. D’après le quotidien américain, plus de 150 personnes, originaires d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord se sont déjà proposées.

Selon le représentant de l’Unicef au Nigeria, Peter Hawkins, cité par Premium Times, ce jugement “va à l’encontre de tous les principes fondamentaux des droits de l’enfant que le Nigeria, et donc l’État de Kano, s’est engagé à respecter”. Le Nigeria a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant en 1991 et a mis en application une loi sur le droit des enfants en 2003.

Cette décision arrive après la condamnation d’un musicien de 22 ans, Yahaya Sharif-Aminu, lui aussi reconnu coupable de blasphème par la cour de Kano, le 10 août. Il a été condamné à mort pour avoir partagé une chanson sur WhatsApp. Son avocat a déposé un recours. Au Nigeria, l’exécution des peines de mort prononcées par un tribunal de la charia est rarissime. Depuis la réintroduction de ces tribunaux, en 1999, une seule a été exécutée, en 2002.

S.D. avec Courrier International