Cinéma – Une coupable idéale


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Cinéma  – Une coupable idéale
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
3 min

A girl missing est un drame psychologique réalisé par le Japonais Kôji Fukada. Une infirmière discrète voit sa vie bouleversée par la disparition de la petite-fille d’une de ses patientes.

Ichiko, infirmière à domicile, est dévouée à son métier. Ses gestes doux sont appréciés de ses patients, des personnes âgées, le plus souvent. Au centre médical pour lequel elle travaille, on souligne son professionnalisme et sa gentillesse. Les années passant, Ichiko a même tissé un lien particulier avec la famille d’une vieille dame dont elle soigne les divers maux. Elle donne également des cours particuliers à la fille aînée qui voudrait, elle aussi, embrasser la carrière d’infirmière. Quand la cadette disparaît, Ichiko est donc tout aussi bouleversée que sa sœur et sa maman. Par chance, on la retrouve quelques semaines plus tard. Mais c’est là que les ennuis d’Ichiko commencent...
Son neveu est en effet rapidement suspecté d’avoir enlevé la jeune fille. En un rien de temps, les médias s’emparent de l’affaire et découvrent le lien de parenté entre Ichiko et le kidnappeur. La douce infirmière se retrouve alors au cœur d’un déferlement médiatique qui va ébranler son existence. Et sa relation jusque-là complice avec Motoko, la sœur de la victime, de prendre une tournure franchement malsaine.

Faux-semblants et médias
A la lecture de ces lignes, vous aurez compris que cette infirmière bien sous tous rapports n’est peut-être pas l’être dévoué et sans failles qu’elle paraît. Le réalisateur, Kôji Fukada (Harmonium), joue sur la dualité de ce personnage pour nous livrer un drame psychologique aux relents hitchcockiens. Un dîner en famille, des confidences au gré d’une promenade dans un zoo, des regards échangés, façonnent un être complexe dont on ignore les intentions, jusqu’à la dernière seconde. Des sursauts oniriques, un peu étranges achèvent de brouiller le portrait de la douce Ichiko. L’interprétation de Mariko Tsutsui contribue évidemment à créer le trouble. L’actrice incarne avec subtilité les différentes couleurs de cette femme. Mais ce n’est pas la seule à dissimuler des secrets. La sœur aînée, Motoko, est loin d’être lisse. La jeune femme se ment à elle-même et nous trouble, elle aussi. Sa relation ambiguë avec l’infirmière, à la fois professeure et confidente, contribue à créer cette atmosphère tendue, pleine de sous-entendus.
Le réalisateur japonais construit donc un récit sur la culpabilité, les apparences et la noirceur de l’âme humaine, sans abuser d’effets. Le malaise s’insinue de façon sournoise, dans le quotidien des habitants de cette ville sans histoire. Le récit nous parle évidemment aussi du rôle des médias. Sans eux, Ichiko aurait pu poursuivre sa vie et garder ses secrets bien enfouis. La manière dont ils se jettent sur cette affaire et les conséquences, surtout, dénoncent une société au jugement hâtif. Sans procès, Ichiko est déshonorée. Nous-mêmes, spectateurs, hésitons. Les informations que nous avons de cette infirmière sont tellement parcellaires que nous ne pouvons pas trancher. Le réalisateur nous laisse avec nos doutes et le sentiment d’avoir vu un film profond, délicatement mis en scène.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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