Enquête ‘Travail et foyer à l’heure du (dé)confinement’ : du changement attendu


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Enquête ‘Travail et foyer à l’heure du (dé)confinement’ : du changement attendu
Qui a le plus gagné grâce au télétravail pendant le confinement? La réponse n'est pas si simple (CCO Pixabay)
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
5 min

Qui a le plus gagné grâce au télétravail pendant le confinement? La réponse n'est pas si simple (CCO Pixabay)

Des chercheurs et chercheuses de l’UCLouvain, de l’Université Saint-Louis Bruxelles et du CESEP ont mené une enquête originale sur le confinement. Avec en tête une série de questions - qu’est-ce qui a vraiment bougé avec la crise? Qui a souffert de quoi? Qui a gagné quoi? Comment le monde du travail a-t-il été impacté? Avec quels effets sur la vie quotidienne? - trente experts ont analysé les 1.450 réponses exploitables obtenues.

Cette enquête s'est donc faite à l'initiative de Samuel Desguin, chercheur en économie à l’Université Saint-Louis Bruxelles, et Julien Charles, chargé de cours invité à l'UCLouvain et coordinateur de recherches au CESEP (Centre Socialiste d'Education Permanente). Ils ont souhaité interroger de manière plus qualitative en proposant aux travailleurs confinés de partager leurs expériences de vie. Les résultats de l'enquête sont donc complétés par des témoignages qui permettent d'affiner l'analyse des chiffres.

Toutefois, les chercheurs préviennent que "la structure de l’échantillon n’est pas représentative de la population belge car il est plus féminin, plus riche et plus éduqué que la moyenne belge. [...] Nous avons choisi d’assumer la non-représentativité de notre échantillon en excluant de nos analyses les généralisations de type "X% de la population belge francophone pense que..." Nos analyses se concentrent davantage sur l’identification de tendances et la formulation d’hypothèses, qui sont nourries par la grande quantité d’éléments qualitatifs complétant notre enquête".

A noter que leur enquête a également soumis à l'appréciation des personnes interrogées six propositions. Il s'agit entre autres de la création d'un Fonds d'investissement durable, de la démocratisation des entreprises, du basculement de nos sociétés dans la reconversion écologique, de la reconnaissance des emplois les plus utiles socialement... Celles-ci visent à apporter des solutions à des problématiques révélées ou mises en exergue par la crise du Covid-19 et par le confinement. Mais laissons parler d'abord les chiffres.

Perte de revenus surtout chez les jeunes

Les chercheurs relèvent que "32% des répondants affirment avoir perdu une partie de leurs revenus, pour un montant moyen de 665€ pour la durée du confinement. La perte touche davantage les bas revenus et les jeunes. Près de 3/4 des travailleurs atypiques (intérim, freelance, indépendants) déclarent avoir perdu tout ou une partie de leur revenu durant la période de confinement. A l’inverse, la moitié des répondants a vu ses dépenses baisser davantage que ses revenus et sortent ainsi financièrement 'gagnants'. Il s’agit en particulier des personnes pensionnées et des personnes aux revenus supérieurs à 2.500€ par mois".

D'autres habitudes de consommation

La perte de revenus a sans doute un impact sur la façon de consommer. Mais il y a plusieurs raisons qui ont pu motiver 87% des répondants à changer leurs habitudes. Parmi eux, 31% ont acheté local et et 10% ont franchi les portes des commerces de proximité. Par ailleurs, près de 22% ont réduit la consommation non nécessaire.

Fatigue et solitude

Les charges familiales semblent toujours plus affecter les femmes (41%) que les hommes (31%). Pendant le confinement, elles ont ressenti beaucoup de fatigue à devoir combiner leur emploi avec la gestion de la famille, des courses, etc.

Parmi les nouvelles difficultés ressenties ou vécues par 93% des répondants, figurent le manque de contacts sociaux. Celui-ci apparaît particulièrement problématique; et ce, même si 89% ont perçu au moins un avantage au télétravail, notamment en termes de déplacement, de flexibilité des horaires et de combinaison de l’activité avec les obligations familiales.

Un bilan, six perspectives

Pour 90% des répondants, il faudra tirer des leçons de cette aventure et expérience inédite. "A tous niveaux, explique Samuel Desguin, le confinement a été une loupe agrandissante des inégalités." En devant se prononcer sur les six propositions hors normes répertoriées par les chercheurs, il apparaît que la priorité numéro un des personnes sondées serait de garantir un emploi pour tous. Celle-ci est suivie par la volonté de faire basculer nos sociétés dans la reconversion écologique. Viennent ensuite la reconnaissance des emplois les plus utiles socialement, la création d’un fonds d’investissement durable et la démocratisation des entreprises. La réduction radicale du temps de travail apparaît en dernière position. C’est dans cet ordre que les chercheurs proposent d’examiner plus en détail l’engouement que suscitent ces propositions.

En conclusion, la période du confinement a suscité des pertes de revenus et d’emploi pour certains et de l'épargne pour d’autres; elle a augmenté la charge mentale, surtout pour les femmes et créé des pressions liées au télétravail. Par contre, elle a provoqué des modifications dans les habitudes de consommation; dont certaines sont positives pour l'individu et la société. La question est de savoir si celles-ci vont s'inscrire dans le temps. Samuel Desguin et Julien Charles ont en effet relevé une grosse différence entre le ressenti des gens; à savoir: 73% des gens estiment que la société a besoin de réduire le temps de travail mais seuls 29% sont prêts à le faire pour eux-mêmes. Ainsi donc, si l'idée trotte dans la tête de nombre de nos concitoyens et si elle s'est davantage affirmée suite à la crise que nous venons de vivre, sans doute faudra-t-il un soutien politique, législatif, financier et économique pour que les changements puissent se faire.

En attendant, pour faire avancer la réflexion qui mènerait vers ces changements, un deuxième colloque virtuel (*) se tiendra ce vendredi 2 juillet sur Facebook. Intitulé "Distances sociales", il s'agit, selon ses organisateurs, d'une nouvelle étape dans la récolte de propositions pour mettre en place un plan écologique, social et climatique.

S'il est une autre leçon à retenir du confinement, c'est qu'en unissant les forces et les idées, personne ne doit être laissé de côté. Cela rejoint les appels répétés du pape François et de l'Eglise qui appellent à pratiquer une 'écologie intégrale', c'est-à-dire prenant en compte l'environnement et les êtres humains. Une crise a toujours pour effet d'éveiller les gens et d'apporter un changement au bénéfice de la société. Affaire à suivre...

Nancy GOETHALS

L'enquête est accessible via ce lien.

(*) Une première émission-colloque s'est tenue le premier mai sur le thème du "travail et de ses alentours"

Catégorie : Belgique

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