Le confinement sort les Syriens de la logique de la guerre


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Le confinement sort les Syriens de la logique de la guerre
Par La rédaction
Publié le
3 min

Frère Georges Sabé, à Alep

Georges Sabé fait partie des frères maristes à Alep, en Syrie. Il invite à voir dans cette crise sanitaire qui succède à neuf ans de guerre, un appel vibrant à la vie. Interview.

Cathobel: Après 9 ans de guerre, Alep est entré dans une période de confinement…. Qu’est ce que cela veut dire?

G.S.: Les autorités ont instauré un couvre-feu de 6h du soir à 6h du matin, toutes les boutiques non alimentaires sont fermées, les écoles et universités également. Il ne reste que quelques pharmacies et des supermarchés. Les Aleppins peuvent sortir de chez eux durant la journée, mais l’économie est à l’arrêt, même si aucun cas officiel de contamination n’a été répertorié à Alep, à ce jour.

Que signifie le confinement pour la survie économique des Aleppins ?

La situation est très difficile: la moitié des Aleppins vivent comme des journaliers, c’est-à-dire qu’ils rentrent de l’argent au jour le jour. Or, ils n’ont plus la moindre ressource. Il y a également des personnes âgées, environ 200.000 dont les enfants se sont réfugiés à l’étranger, sont décédés ou sont encore dans l’armée. Avec le confinement, ces personnes âgées sont livrées à elle-mêmes. Nous y sommes particulièrement attentifs et offrons actuellement 125 repas par jour. Après neuf ans de guerre, ce confinement est évidemment très éprouvant, d’autant que nous ne pouvons pas quitter Alep. Depuis que les derniers quartiers de l’est de la ville qui étaient toujours aux mains du groupe djihadiste, Front El-Nosra, ont été reconquis par l’armée, le 16 février dernier, nous aurons donc connu trois semaines de vie normale en près de 10 ans !

Comment la communauté chrétienne survit-elle à ces épreuves ?

D’abord, il faut rappeler quelques chiffres: à Alep, nous étions 250 000 chrétiens, toutes églises confondues avant la guerre. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que 25.000. Soit 10 % seulement de la totalité des chrétiens d’Alep. Les chrétiens qui sont partis, ne reviendront plus, à l’exception de quelques personnes âgées qui n’ont pu s’adapter à leur pays d’exil. Cette situation est irréversible. Nous tentons à présent d’aider ceux qui sont restés dans la ville, à demeurer sur place et à pour-suivre une vie normale, mais beaucoup quitteraient s’ils le pouvaient.

Comment avez-vous fêté Pâques dans ces conditions?

Pour les communautés chrétiennes d’Alep, la semaine sainte et la fête de Pâques sont l’occasion de grands rassemblements et festivités. Les chrétiens catholiques de la ville ont pour habitude de se rendre dans les différents lieux de cultes pour se faire bénir, puis de se dire: « le Christ est ressuscité », auquel la réponse est: « oui, le christ est vraiment ressuscité ». Cette année, nous allions en outre inaugurer la restauration de la cathédrale grecque catholique et maronite. Rien de tout cela n’a été possible.

Quel est le message spirituel que vous avez fait passer en cette Pâques confinée?

Les Syriens sortent de neuf ans de guerre qui a focalisé toute leur attention sur leur pays. Désormais la crise n’est plus propre à la Syrie. Elle est l’occasion pour les Syriens de partager une même condition avec le reste de l’humanité. Il n’y a pas que les Syriens qui se font repousser aux frontières, qui vivent des situations de souffrance. Il y a dans ce qui se passe, un appel fort à regarder la terre autrement, comme un bien commun, un don de Dieu à partager. Nous ne sommes pas invités à mourir sur cette terre mais à y vivre.

La guerre s’est-elle arrêtée?

Oui. Nous redoutions beaucoup l’affrontement des armées turques et syriennes. Mais sans aucun accord, le cessez-le-feu s’est imposé, au nom d’une lutte de chacun pour la vie. J’espère que ce cessez-le-feu fera réfléchir nos dirigeants au-delà de leur volonté de puissance et sur ce qu’ils souhaitent vraiment pour leur peuple.

Propos recueillis par Laurence D'HONDT

Catégorie : International

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