Le choix de nos libraires: Journal d’un confinement


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Le choix de nos libraires: Journal d’un confinement
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

L’adaptation graphique du Journal d’Anne Frank croque avec humour et pertinence le regard d’une adolescente juive sur sa vie clandestine imposée par la Shoah.

Le confinement a ceci de bon qu’il offre du temps à la lecture ! Presque instinctivement, mon premier choix s’est porté sur ce roman graphique que notre librairie avait mis à l’honneur pour le triste anniversaire de la libération d’Auschwitz. Si une quelconque comparaison entre deux années d’enfermement clandestin en temps de guerre et le confinement imposé pour lutter contre un virus, même mortel, me semble maladroit voire irrespectueux, je dois avouer que la lecture de ce livre m’a interpellée et a fait écho à la situation actuelle.

Avec sensibilité et précision, Ari Folman et David Polonsky (scénariste et illustrateur du documentaire d’animation Valse avec Bashir) à qui le Fonds Anne Frank a demandé d’adapter le Journal, ont retranscrit le plus fidèlement possible le témoignage et la personnalité d’Anne Frank. La nécessité de condenser en une centaine de pages et en image son Journal fait ressortir avec force la difficulté de la cohabitation et des relations qui s’y jouent. Les traits de personnalité de chacun sont dépeints avec sarcasme et un humour parfois mordant. On en oublierait presque la guerre et le pourquoi de ce confinement tant on plonge au cœur des sentiments de la jeune fille. Elle livre à son amie Kitty, le nom de son journal intime, une réflexion d’une maturité étonnante pour une adolescente de 13treize ans sur la jeunesse, le monde des adultes, l’amour et l’amitié.

Certaines de ses lettres y figurent dans leur intégralité. Parfois, mais toujours à dessein, les auteurs s’octroient quelques libertés que le dessin permet. Comme le détournement des œuvres de E. Munch et de G. Klimt sur une double page pour exprimer le cri d’angoisse d’Anne face à l’hostilité des gens qui l’entourent et le portrait souriant et élégant qu’elle aimerait que l’on dresse d’elle. Ils caricaturent sous les traits d’animaux les clandestins obsédés par la nourriture dont ils sont privés. Des scènes fantastiques ou oniriques dépeignent les moments d’angoisse et de dépression d’Anne.

Quand des talents se conjuguent, ils nous offrent une œuvre poignante sur la nature humaine.

"J’ai envie autant que toi de liberté et d’air pur, mais je crois que nous avons été largement dédommagés de ces privations… Ce matin quand j’étais devant la fenêtre, en regardant dehors, c’est-à-dire en regardant Dieu et la nature au fond des yeux, j’étais heureuse, purement et simplement heureuse." A Méditer…

Catherine Delperdange - Librairie CDD Arlon ([email protected] – 063 21 86 11)

Ari Folman et David Polonsky, "Le journal d’Anne Frank". Editions Calmann Lévy, mai 2019, 162 pages, 13€ (+ frais de port), remise de 5% sur présentation ou évocation de cet article.

 

Catégorie : Culture

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