Il y a un an, Notre-Dame était en flammes


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Il y a un an, Notre-Dame était en flammes
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Désormais à l’arrêt, le chantier pour reconstruire Notre-Dame de Paris a traversé de nombreuses polémiques qui opposent le ministre de la culture, l’Eglise et les architectes. Mais le savoir-faire est là.

Un an exactement après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, le chantier de la restauration est à l’arrêt. Tel un insecte géant soudain tétanisé, une grue surplombe la cathédrale, qui demeure enveloppée dans ses échafaudages tordus par les flammes. Sa somptueuse charpente partie en fumée, est toujours une absence béante dans le paysage urbain, tandis que l’immense voûte continue de faire l’objet d’une attention scrupuleuse. L’épidémie qui frappe la France a interrompu ce grand chantier qui devait voir sa fin glorieuse des avril 2024.
En un an, le chantier a connu de nombreuses vicissitudes. L’été aura été marqué par la polémique sur les émanations de plomb qui rendaient le chantier et ses environs dangereux pour la santé. Puis sont arrivées les intempéries de l’hiver et les vents violents qui ont empêché l’avancée des travaux. Entre-temps, de nombreuses polémiques ont éclaté. L’une d’elles concerne la fameuse flèche de Viollet-le-Duc. Si une majorité de Français ainsi que l’architecte en chef du chantier, Philippe Villeneuve, souhaitent la voir, restaurée à l’identique, d’autres veulent un geste architectural contemporain. Mais la polémique sous-jacente à cette restauration est apparue dès le lendemain de l’incendie: en tant que représentant de l’Eglise, l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, s’est vite senti marginalisé dans le débat public. Alors qu’il tentait de rappeler que Notre-Dame était l’expression magnifique de la foi catholique, le président français a d’abord mis en avant l’inestimable valeur patrimoniale de l’édifice. Dans une France largement hostile à l’affirmation trop visible de l’appartenance religieuse, Mgr Aupetit a eu du mal à rappeler que l’édifice était un lieu de culte et non, un musée. Le 15 juin 2019, jour d’une célébration extraordinaire dans la cathédrale, Mgr Aupetit s’en est ouvert au monde entier, lors de son homélie: « Avons-nous honte de la foi de nos ancêtres? Oui, cette cathédrale est un lieu de culte, c’est sa finalité propre et unique ».

Un savoir faire riche et exceptionnel

Au même moment à l’Assemblée Nationale et au Sénat, des débats houleux étaient en cours concernant le projet de loi sur la restauration de l’édifice. Certains parlementaires de gauche refusaient que le diocèse de Paris figure au conseil d’administration du futur établissement public chargé de la restauration. Un compromis sera finalement trouvé qui donnera à un vicaire général, une place au sein de ce conseil. Mais à chaque décision, les tensions demeurent vives entre les architectes, les représentants de l’Etat, dont le ministre de la Culture, et l’Eglise. Ces querelles de pouvoir sont peu connues du public français. Ce dernier resterait en revanche étonnamment sceptique sur les origines de l’incendie. Une première enquête a conclu a un accident, mais une seconde ouverte pour dégradations involontaires n’est toujours pas clôturée et alimente les doutes. Si d’après les résultats d’un sondage Ifop pour la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch, 54% des personnes interrogées pensent que l’incendie de Notre-Dame est « probablement un accident », 29 % estiment que « des zones d’ombre subsistent » et 7 % croient même qu’il s’agit « d’un incendie criminel à propos duquel le gouvernement cherche à dissimuler la vérité ».
Ce scepticisme et ces polémiques révèlent les tensions qui ont marqué la société française ces dernières années: défiance vis à vis des autorités, tensions autour de l’identité nationale. Mais pour ne pas assombrir inutilement le tableau, cette restauration a aussi révélé la vitalité et la richesse de l’artisanat en France. A cet égard, il n’y aura pas de manques: les charpentiers, les doreurs, les menuisiers, les couvreurs, les maîtres verriers rivalisent d’ores et déjà pour participer à ce chantier prestigieux. Réunis il y a un an en congrès, quelques semaines après l’incendie, six cents « compagnons » ont ainsi voté le projet d’une reproduction complète à l’échelle 1/20e de la charpente de Notre-Dame. La réalisation en a été confiée à Arthur Cordelier, 24 ans, qui avait à peine achevé son long parcours de compagnon du devoir - 6 ans d’itinérance à travers la France pour recueillir le savoir faire de chaque région.

Le retour des "écureuils"

A la mi-mars, des dizaines de cordistes, que l’on appelle aussi « écureuils » étaient de leurs côtés prêts à scier les tubes métalliques de l’échafaudage tordu. Respectant naturellement les gestes barrières et les distances obligées, ils pourraient reprendre le travail. Résolument optimiste, le général Jean-Louis Georgelin qui préside l’établissement chargé de la restauration assure que le retard sera rattrapé et que la phase de la restauration, une fois l’échafaudage tordu enlevé, pourra démarrer en 2021.

Laurence D'HONDT

Catégorie : International

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