Un classement mondial 2020 de la liberté de la presse au temps du coronavirus


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Un classement mondial 2020 de la liberté de la presse au temps du coronavirus
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
4 min

La pandémie mondiale de coronavirus impacte clairement la liberté de la presse surtout dans les pays où elle était déjà bridée. (c) RsF

Comme chaque année, depuis 2002, Reporters sans Frontières publie son classement mondial de la liberté de la presse. Pour 2020, l'enseignement principal de ce classement est une régression en raison de la pandémie de coronavirus. Explications.

Pour RsF, l'enseignement principal de ce classement mondial 2020 est l'impact évident de la pandémie de coronavirus sur la liberté de la presse. Plus forte dans les pays déjà coutumiers des pratiques de censure et de répression.

Dans le pays du "zéro cas" de coronavirus

En toute dernière position du classement, les autorités nord-coréennes n’ont pas dérogé à leurs mauvaises habitudes lors de la pandémie de coronavirus, dénonce RsF. Le régime totalitaire de Kim Jong-un, au pouvoir depuis 2012, assure que le nombre de cas de patients atteints du coronavirus est de "zéro", alors même que Pyongyang fait appel à la communauté internationale pour l’aider à combattre l’épidémie. La circulation d’information sur le coronavirus est également freinée par un contrôle quasi-absolu des communications et documents transmis à l’intérieur de l’intranet national.

Durcissement de la censure

La Chine stagne toujours en queue de classement et ne semble pas vouloir tirer les leçons de l’épidémie de coronavirus, dont la propagation a été, selon RsF, facilitée par la censure et les pressions sur les lanceurs d’alerte. En outre, Pékin profiterait de la crise pour durcir encore davantage son contrôle des médias, interdisant la publication de toute information remettant en cause sa gestion.

Sur la centaine de journalistes et blogueurs actuellement emprisonnée, dont certains dans des conditions qui laissent craindre pour leur vie, au moins trois journalistes et trois commentateurs politiques ont été arrêtés en lien avec l’épidémie. Le régime a également resserré son étau sur les réseaux sociaux, censurant un grand nombre de mots-clés relatifs au coronavirus.

Une "loi sur l’effort commun"

La crise du coronavirus cristallise les aspects les plus saillants de la dérive autoritaire engagée par le président philippin Rodrigo Duterte, dénonce encore RsF. Au moins deux journalistes risquent actuellement deux mois de prison pour avoir diffusé de "fausses informations" liées à la crise du Covid-19. Cette inculpation est permise par l’adoption au congrès d’une loi dite "loi sur l'effort commun pour guérir ensemble". Ce texte octroie des pouvoirs spéciaux au gouvernement pour poursuivre tout reporter ou tout média qui publierait une information qui déplairait à l’administration Duterte.

Désinformation

Pour RsF, la crise sanitaire aggrave les pires habitudes du régime iranien en terme de désinformation.

Après avoir essayé de nier un départ d’épidémie, le régime a tout mis en oeuvre pour limiter la libre circulation d’informations sur la crise sanitaire. Au lieu d’informer sur la réalité de l’épidémie, le régime iranien cultive le manque de transparence et se sert de la crise sanitaire pour alimenter sa propagande anti-américaine, estime RsF.

"Loi coronavirus"

Plus près de nous, au cœur de l'Europe, le Premier ministre Viktor Orbán, qui a fait perdre seize places à son pays dans le classement depuis 2018, a profité de la pandémie pour renforcer son arsenal contre la liberté de la presse. La loi d’urgence dite "coronavirus" permet notamment à cet Etat membre de l’Union européenne de punir la diffusion de fausses informations de cinq ans d’emprisonnement. Le pouvoir exécutif pourra, dans un premier temps, décider arbitrairement si une information est vraie ou fausse. Ainsi, la loi permet au gouvernement d’exercer un contrôle direct sur des rédactions qui n’informeraient pas dans le sens souhaité.

Cette loi qui permet au pouvoir de légiférer par ordonnances pour une durée indéterminée menace de détruire les derniers ressorts de l’information indépendante, d’autant que la situation était déjà assez critique avant même son adoption: l’accès à l’information était déjà particulièrement difficile pour les journalistes indépendants, privés d’assister à certains événements, voire interdits de s’adresser aux députés au Parlement. Les perspectives sont d’autant plus sombres que les pleins pouvoirs accordés au Premier ministre se sont doublés d’une campagne de haine. Les médias proches du gouvernement ont appelé à "l’arrestation" des journalistes critiques, qualifiés de "collaborateurs du coronavirus".

Consulter l'intégralité du classement mondial 2020 de la liberté de la presse

S.D. avec Reporters Sans Frontières


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