La géopolitique du pape François


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La géopolitique du pape François
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Depuis qu'il est devenu pape, le 13 mars 2013, le pape François a lancé une nouvelle façon d’impliquer la diplomatie vaticane sur la scène internationale. Les points forts de cette nouvelle approche sont bien détaillés dans les actes d’un colloque louvaniste sur la "géopolitique du pape François".

La langue scientifique du moment est l’anglais. Les actes du colloque consacré à la "géopolitique du pape François" que le professeur Jan De Volder de la chaire Cusanus sur le dialogue interreligieux et le rôle de la religion dans les conflits et la paix dans le monde a organisé à Leuven en décembre 2018, ont dès lors été publiés uniquement dans la langue de Shakespeare. Mais cela n’empêche que tout intéressé doit lire ces contributions de spécialistes de la doctrine de l’Eglise sur la guerre et la paix (Johan Verstraeten, Leuven), des relations œcuméniques avec le monde orthodoxe (Brandon Gallaher, Exeter), des relations sino-catholiques (Agostino Giovagnoli, Milan), du catholicisme aux Etats-Unis (Massimo Faggioli, Philadelphie), du dialogue avec l’Islam (Marco Impagliazzo, Rome), etc.

Franc-parler

Dans son introduction fouillée, Jan De Volder se sert de l’adjectif "idiosyncrasique" pour désigner les activités du pape François sur le plan international: elles partent à chaque fois d’une implication autant personnelle que particulière du pontife argentin pour la paix dans le monde. Premier aspect de cette approche personnelle, c’est bien le franc-parler de l’actuel évêque de Rome. Il n’hésite pas à se détacher des discours préconçus voire tenir des conférences de presse improvisées… au grand désespoir d’ailleurs de son entourage. Malgré – ou grâce? – à son authenticité et sa spontanéité, nous n’avons plus vécu de maladresses comme celle de son prédécesseur qui avait contrarié le monde musulman à Ratisbonne en septembre 2006 avec une citation bien trop académique d’un empereur-penseur médiéval qui dénonçait le caractère invasif de l’Islam.

Conférence épiscopale d’Aparecida

Deuxième élément important: ce pape est originaire d’Amérique latine et porte en lui toute l’évolution théologique des conférences épiscopales latino-américaines de Medellín (Colombie, 1968), de Puebla (Mexique, 1979) et d’Aparecida (Brésil, 2007) où, en tant que cardinal-archevêque de Buenos Aires, il a d’ailleurs joué un rôle primordial. L’option préférentielle pour les pauvres est le résultat d’une réelle conversion de la hiérarchie de l’Eglise latino-américaine. Ceci explique d’ailleurs en partie la bien moins bonne relation de l’actuel pape avec la conférence épiscopale nord-américaine. Dans son clip annonçant une "Semaine Laudato si’" en mai prochain, le pape argentin a encore une fois montré à quel point l’environnement – et en particulier l’Amazonie – menacé par le néolibéralisme lui tient à cœur.

Périphérie

L’élément-clé dans la pensée du pape François est son attention pour la périphérie. "Il s’agit d’une nouvelle approche qui s’applique autant sur la géopolitique qu’en théologie", dit le bras droit du pape François, le cardinal-secrétaire d’Etat Pietro Parolin. En effet, les visites apostoliques de lieux périphériques (comme par exemple l’île de Lampedusa ou un pays méconnu comme la Macédoine du Nord) et la création de cardinaux originaires de diocèses dont on n’avait guère entendu parler (comme Bangui en République Centrafricaine, Les Cayes à Haïti, Santiago de Cabo Verde au Cap-Vert ou l’Ile polynésienne de Tonga) sont les témoignages les plus visibles de cette attention pontificale pour la périphérie. Mais il s’agit d’un réel changement de paradigme.

"Foutoirs de la réalité"

"Dans la mesure où nous quittons le centre pour nous mettre en route, a dit le pape François dans une interview en 2015, nous découvrons de nouvelles choses; et quand, partant de ces périphéries, nous nous retournons vers le centre, celui-ci est devenu une nouvelle réalité. Toute réalité est différente quand tu ne la regardes plus du centre, mais du dernier endroit où tu viens d’arriver." Ce changement de paradigme explique tout de suite l’audace du pape argentin dans ses démarches internationales. Au lieu de se limiter à la diplomatie prudente d’antan, François ose affronter les "foutoirs de la réalité", comme lors de son déplacement à Myanmar et au Bangladesh en 2017, au moment où la crise migratoire avec les Rohingyas était à son apogée.

Pas de choc des civilisations

Dernier élément crucial dans les nombreuses pages passionnantes de cet ouvrage: l’action pour la paix qui anime sans cesse ce pape. Dès son élection en mars 2013, Jorge Maria Bergoglio a résolument refusé la thèse du "choc des civilisations". "Le fondamentalisme est un fléau qui existe dans toute religion", disait-il dans l’avion vers Bangui en 2015. "Nous, les catholiques, nous en avons aussi – et même un tas – qui croient qu’ils détiennent la vérité absolue. Ils font beaucoup de torts." Mais François prône non seulement l’amitié avec les autres confessions, mais il la rend aussi explicite. Comme par exemple avec la "Déclaration sur la Fraternité humaine" signée en février 2019 à Abu Dhabi. Par ailleurs, il rend cette amitié palpable de façon particulièrement originale en s’agenouillant en avril 2019 devant les leaders d’un pays comme le Sud-Soudan en quête de paix.

Benoit LANNOO

Jan De Volder (éd.), The Geopolitics of Pope Francis, Louvain-Paris-Bristol, 2019, VIII + 245 pages, 58 euros.

Photo: Le pape François lors de son allocution devant l'Assemblée nationale des Nations-Unies à New-York du 25 septembre 2015.


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