Deux jeunes qui ne se connaissent que depuis quelques heures fuient ensemble à travers l’Amérique. Le film Queen and Slim raconte cette cavale romanesque sur les terres du fatalisme racial.
L’image de Bonnie et Clyde, s’éloignant dans leur voiture, fait partie de l’inconscient collectif. Le couple de gangsters est entré dans la culture, popularisé par les chansons, films et romans qui ont raconté leur histoire. Quand on parle d’un duo de voyous, on pense à eux, inévitablement. A leur cavale à travers l’Amérique, et à leur fin tragique. Cette évocation n’est évidemment pas anodine. Le drame Queen and Slim, en salles cette semaine, rappelle le destin des mythiques truands. Même si leur histoire à eux diffère sur plusieurs points. Queen et Slim, ce sont donc deux jeunes qui vont vivre une cavale mémorable. Leur histoire avait pourtant commencé de façon tout à fait banale. Ils se sont parlé via une application de rencontre puis ont décidé d’aller manger ensemble. A l’issue de ce premier rendez-vous, aucun n’avait envie de poursuivre cette relation. Le jeune homme a donc raccompagné la jeune fille. Alors qu’ils étaient en route, une voiture de police leur a demandé de se garer pour un contrôle. Et là, c’est le drame... Car Queen et Slim sont Noirs et donc des cibles toutes désignées pour un flic raciste. Ce dernier leur demande de sortir de la voiture. Le jeune homme s’exécute, mais le policier abuse de son pouvoir. Pour se défendre, Slim s’empare de son arme et le tue. En une seconde, leur vie a basculé. Ils n’ont maintenant d’autre choix que prendre la fuite, ensemble. Au cours de leur cavale à travers les Etats-Unis, ils vont apprendre à se connaître, eux qui n’avaient au départ aucun atome crochu.
Romance anti-raciale
Ce récit est donc avant tout celui d’une romance. Les épreuves comme celle-là ont le don de faire ressortir le pire comme le meilleur des êtres humains. Les différentes rencontres et obstacles qui jalonnent leur route intensifient leurs sentiments. Ils se détestent, puis s’aiment passionnément, sur fond de lutte raciale. Le deuxième axe du film le différencie clairement de l’histoire de Bonnie et Clyde. Pendant leur fuite, Queen et Slim deviennent des icônes de la lutte anti-raciale. Partout dans le pays on ne parle que de cette bavure et de leur réaction, perçue comme un acte de révolte. Des adolescents les prennent comme modèles et se mettent à réclamer justice pour toutes ces victimes de racisme. Queen and Slim est donc assorti d’une dimension politique contemporaine. Il fait passer un message lourd de sens. Ce côté militant n’aurait pas la même force sans la mise en scène esthétique de la réalisatrice, Melina Matsoukas. La photographie sublime les décors, témoins de l’Amérique oubliée. Elle donne aux bars cachés et aux prairies désertes une ambiance désolante, empreinte de mélancolie. Queen and Slim n’est pas un thriller, même si le suspense est douloureusement lié au destin des deux fugitifs. C’est un portrait tragique de deux êtres malmenés, réunis par la force du hasard. La bande-originale qui colle à l’univers afro-américain ferme la boucle de cette cavale hautement romanesque.
Elise LENAERTS

Deux jeunes qui ne se connaissent que depuis quelques heures fuient ensemble à travers l’Amérique. Le film Queen and Slim raconte cette cavale romanesque sur les terres du fatalisme racial.