Derrière le producteur se cache un agriculteur


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Derrière le producteur se cache un agriculteur
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Quatre questions qui claquent au vent sur de grandes bannières interpellent les passants le long des champs. En bas des devinettes figure l'adresse lesdindonsdelafarce.be et le logo de la Fédération des Jeunes Agriculteurs.

La FJA a décidé de prendre le taureau par les cornes et de dénoncer sans langue de bois les disparités qui règnent dans la chaîne agroalimentaire. Devinez qui se sucre le plus ? Devinez qui nous raconte des belles salades ? Devinez qui est la vraie vache à lait ? Devinez qui se fait le plus blé ? Quatre questions toutes simples se trouvent délinées et répétées sur 160 bannières à travers la Wallonie. Elles ont pour motif d'inciter les consommateurs à s'interroger… et, éventuellement, à s'allier avec les producteurs mal rémunérés. C'est une prise de conscience des consommateurs qui est ainsi recherchée, comme nous le précise Guillaume Van Binst, le secrétaire général du syndicat agricole. "Les produits n'arrivent pas comme cela. Il y a tout un travail derrière une agriculture de qualité qui est à privilégier. A côté de la sensibilisation des consommateurs, se trouve aussi un volet politique par rapport aux autres acteurs de la chaîne agroalimentaire. Beaucoup profitent du fait que les agriculteurs n'ont pas la possibilité de répercuter leur prix de production et doivent vendre au prix qu'on veut bien leur donner."

Un gouffre financier

Entre le montant versé au producteur et celui payé par le consommateur, il y a un précipice ! Les chiffres parlent d'eux-mêmes, voyez plutôt… Si le coût de production du bœuf est de 5,50€/kg, ce même kilo se trouve vendu au prix de 17€, tandis que l'agriculteur se voit défrayé de 4,75€… Autre exemple : en 50 ans, le prix du pain est devenu cinquante fois plus cher, sans que le montant des céréales ait augmenté dans les mêmes proportions… Quant au lait, avec un coût de production de 0,40€ par litre, il se trouve rétribué à 0,33€ à l'agriculteur, tandis que le consommateur se voit obligé de verser 1€… Du côté des agriculteurs, seuls deux domaines d'activité les laissent moins en péril, avec l'élevage du porc et la production des pommes de terre, rétribués au prix coûtant, mais sans marge bénéficiaire pour autant. "Entre la fourche et la fourchette, il règne de l'opacité", nous confirme Guillaume Van Binst. D'où la revendication d'avoir un organisme qui analyse les prix, avec des capacités d'investigation plus étendues que celles dévolues actuellement à l'Observatoire des prix. Si le secrétaire général de la FJA ne conteste pas les frais inhérents à la transformation d'un produit et au transport de celui-ci, il souligne toutefois "l'écart interpellant, et singulièrement sur le prix de la viande bovine. La répartition de la valeur n'est pas équitable". La fédération réclame dès lors "un cadre contraignant" pour les concertations qui mettent en présence les différents intervenants de la chaîne agroalimentaire. Elle estime nécessaire que "les pouvoirs publics s'investissent plus pour que chacun vive plus décemment". A côté de la dénonciation d'une mauvaise répartition des marges et d'un manque de transparence, la FJA dénonce également des pratiques déloyales de la part des acheteurs, dans les secteurs bovin, avicole et celui des pommes de terre, sans oublier un étiquetage défaillant dans les commerces.

Qui sont-ils, ces membres inscrits à la FJA ?

Sur 12.000 agriculteurs installées en Région wallonne, 6% d'entre eux sont âgés de moins de 35 ans, ce qui représente 720 jeunes installés à leur compte. Or la FJA compte 3.000 membres. Autrement dit, parmi les personnes affiliées se trouvent des jeunes qui ont un projet ou ont grandi dans le secteur agricole. "L'âge moyen des agriculteurs est de 58 ans. Dans dix ans, ils seront à la pension, mais il n'y aura pas de relève suffisante pour reprendre leurs exploitations. Le renouvellement des générations n'est plus assuré en Région wallonne. En réalité, la surface agricole utile s'érode moins vite (au profit de l'habitat ou des loisirs) que le nombre d'agriculteurs", dénonce le secrétaire général de la FJA. "En 50 ans, la surface moyenne des exploitations est passée de 20 à 56 hectares. Mais, pour que l'exploitation perdure, le seuil de persévérance est de 80 hectares." Parmi les freins à la reprise d'une propriété, Guillaume Van Binst épingle différents facteurs, dont l'agriculture régionale confrontée à un marché mondialisé, avec "des prix bas et une grande volatilité, qui favorise les agricultures qui ont des coûts de production moins grands". Vient ensuite l'aspect foncier, puisque l'accès à la terre s'avère plus "compliqué" qu'autrefois. Enfin, "les investissements à consentir sont plus grands en raison de l'agrandissement des exploitations". Derrière la filière agricole en souffrance, ce sont des hommes et des femmes qui s'interrogent sur le bien-fondé de ces mutations.

Angélique TASIAUX

Catégorie : Belgique

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