La Cour d'appel de Lyon a relaxé le 30 janvier 2020, le cardinal Philippe Barbarin, Primat des Gaules. Ce dernier était jugé pour ses silences sur les abus sexuels passés d'un ex-prêtre du diocèse.
En mars 2019, le tribunal correctionnel avait condamné l'archevêque de Lyon à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions sexuelles commises par Bernard Preynat sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991.
L'ultime étape du procès s'est déroulée le 30 janvier lors du prononcé du délibéré de la cour d’appel de Lyon. Les victimes demandaient la confirmation de la condamnation prononcée en première instance, alors que le ministère public avait ouvert la voie à la relaxe.
Blanchi de tout délit pénal
C’est un dossier technique et juridique, mais c’est surtout un procès médiatique, qui pointait les lenteurs de l’Eglise face au fléau de la pédophilie. Poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, le cardinal Barbarin est blanchi de tout délit pénal. La décision était fébrilement attendue par l’Eglise, car si c’est le citoyen Barbarin qui était jugé, c’est l’un des ecclésiastiques de tout premier plan qui était face au tribunal.
En requérant la relaxe, l’avocat général Joël Sollier suivait la ligne constante du ministère public qui avait classé l’affaire dès l’été 2016. C’est l’action des victimes et de l’association "La Parole libérée" qui avait relancé les poursuites, par voie de citation directe. S’il reconnaissait la souffrance des victimes, le procureur s’attachait à une lecture juridique du dossier: "la justice ne peut faire du symbolique son principe d’action, son but ultime".
La Cour d'appel a finalement rétabli cette direction. Elle a aussi entendu les arguments de l'avocat de Mgr Barbarin, Me Jean-Félix Luciani: "Accuser un homme, ce n’est pas défendre une cause, c’est accuser un homme. Et cet homme est innocent."
La décision de la Cour d'appel intervient quelques jours après les audiences du procès de Bernard Preynat qui ont permis de révéler très graves blessures infligées aux victimes mais aussi l'inertie de la hiérarchie ecclésiale locale qui était au courant des dérives du prêtre très longtemps avant l'arrivée de Mgr Barbarin à la tête du diocèse de Lyon.
Relaxé, après une procédure harassante, le cardinal n’est plus le même homme. En quatre ans, l’archevêque de Lyon a été fortement ébranlé par ce qui était d’abord "l’affaire Preynat" avant de devenir "l'affaire Barbarin". Sa difficulté à saisir l’importance du drame, sa communication parfois maladroite et l’action incisive de "La Parole libérée" l'ont poussé dans ses derniers retranchements. Au point de jeter l’éponge le 7 mars 2019, en présentant sa démission au pape François qui y sursoit en attendant une décision de justice définitive. Après la relaxe prononcée par le tribunal, certains imaginent cependant mal l’archevêque reprendre sa place à la tête du diocèse, dont la direction a été confiée en juin dernier, a été confiée par le pape, à Mgr Michel Dubost, évêque émérite du d'Evry-Corbeil-Essonnes, nommé administrateur apostolique.
Les parties-civiles ont indiqué au quotidien lyonnais Le Progrès leur volonté de se pourvoir en cassation. Le parcours judiciaire n’est donc sans doute pas terminé. Mais la décision de la cour d’appel constitue un point d’orgue et un tournant probablement décisif.
Des mesures depuis les années 2000
Plusieurs mesures ont été prises depuis les années 2000, sans pour autant être à la hauteur du fléau qui s’était développé dans l’Eglise. L’action opiniâtre des victimes de Bernard Preynat, regroupées au sein de l’association "La Parole libérée" aura largement contribué à la prise de conscience de l’ampleur du drame. Elle a amené aussi à la création d'une commission indépendante, sous la présidence de Jean-Marc Sauvé, qui s’est engagée dans un vaste recensement des affaires d’agressions sexuelles.
Cath.ch (ag/mp)

