Benoit XVI s’oppose à l’ordination d’hommes mariés


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Benoit XVI s’oppose à l’ordination d’hommes mariés
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
7 min

Contrairement à ce qu'il avait promis, Benoit XVI sort du silence et prend fermement position contre l’ordination sacerdotale d’hommes mariés, dans un livre cosigné avec le cardinal Sarah. Dimanche 12 janvier au soir, c'est le quotidien français Le Figaro qui en dévoilait quelques passages clés sur son site internet.

Presque six ans jour pour jour après sa démission historique, le 11 février 2013, le pape émérite Benoît XVI, 92 ans, sort de son silence pour demander au pape François de ne pas s’engager sur la voie de l’ordination d’hommes mariés au sacerdoce. Avec le cardinal guinéen Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, il cosigne un ouvrage intitulé Des profondeurs de nos cœurs, qui sera publié le 15 janvier chez Fayard.

Un avenir compromis

"Ces derniers mois, alors que le monde résonnait du vacarme créé par un étrange synode des médias qui prenait le pas sur le synode réel, nous nous sommes rencontrés. Nous avons échangé nos idées et nos préoccupations. Nous avons prié et médité dans le silence. Chacune de nos rencontres nous a mutuellement confortés et apaisés. Nos réflexions menées par des voies différentes nous ont conduits à échanger des lettres. La similitude de nos soucis et la convergence de nos conclusions nous ont décidés à mettre le fruit de notre travail et de notre amitié spirituelle à la disposition de tous les fidèles à l’instar de saint Augustin."

Pour Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef au Figaro, "cette initiative revêt un caractère historique" en raison de la gravité même des propos de Benoît XVI et du poids de son autorité de théologien. Si, à deux reprises, en 2017 et en 2019, le pape émérite avait pris - discrètement - la plume pour s'exprimer notamment sur la crise de la pédophilie, "ce qu’il dénonce aujourd’hui, poursuit le journaliste, est d’une tout autre ampleur: il estime l’avenir de l’Église catholique latine compromis si l’on touche au célibat sacerdotal."

Une tradition de "disputatio"

Jean-Marie Guénois décrypte : "Le plaidoyer de Benoît XVI en faveur du célibat des prêtres ne doit pas être interprété comme une déclaration de guerre avec le pape régnant, mais comme l’expression d’une dispute théologique, dans la grande tradition de l’Eglise catholique".

Pas de quoi parler de déclaration de guerre entre les deux papes, mais il sera très intéressant, pour le vaticaniste français, de voir comment le successeur va intégrer ou non, "le grave cri d’alarme" de son prédécesseur. Il ajoute qu'une lecture manichéenne gauche/droite, conservateur/progressiste serait réductrice. Tout comme d’y voir une querelle d’arrière-sacristie pour «cathos» initiés.

Jean-Marie Guénois évoque une "noble disputatio théologique" qui renoue avec "les grands débats intellectuels qui ont honoré et ponctué la tumultueuse histoire de l’Eglise". La discussion ouverte avec le pape François, par le pape Benoît XVI, sur l’enjeu du célibat sacerdotal pour l’Eglise catholique n’est pas d’abord une question étroitement religieuse, analyse Jean-Marie Guénois, mais avant tout une affaire de «conscience».

Trouble et confusion

Si les arguments de l'expert français ne manque pas de pertinence, plaçons-nous un instant dans la peau du chrétien lambda. Cette "sortie" littéraire et somme toute médiatique, aura-t-elle réellement l'impact voulu auprès du grand public? A-t-il, ce chrétien lambda, les clés en main pour interpréter et comprendre les enjeux de cette "disputatio" théologique? Si les spécialistes y trouveront leur compte, qu'en feront les fidèles de base pour qui cette publication ajoutera plus de trouble et de confusion, dans une situation inédite (la cohabitation de deux papes), et à une période cruciale, de changement, de réforme, de renouvellement dans l'histoire de l'Eglise, comme l'ont affirmé de nombreux experts.

A contre courant

Que penser aussi d'un homme qui, avec sagesse, avait décidé un jour de faire un pas historique de côté pour revenir par la suite, au soir de sa vie, sur le devant de la scène, débattre sur des sujets aussi sensibles ? Sachant, qu'aujourd'hui, de nombreux chrétiens sont conscients des enjeux pour l'avenir de l'Eglise et qu'une partie non négligeable de fidèles semble prête à accueillir l'idée de l'ordination d'hommes mariés. Des responsables religieux ont même clairement exprimé leur ouverture sur la question, ce fut par ailleurs l'une des demandes répercutées par Mgr Kockerols, représentant l'Eglise de Belgique, lors du synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.

Coup de pression

On se demande aussi pourquoi le pape Benoit XVI a ainsi voulu ajouter une pression supplémentaire sur le pape François, alors que celui-ci s'est toujours montré frileux sur l'ordination d'hommes mariés car personnellement attaché au célibat des prêtres. Il n'est pas impossible que Benoit XVI et le cardinal Sarah aient voulu faire passer un message, alors qu'on attend la publication par le pape François, dans les prochaines semaines, de son exhortation apostolique suite au Synode sur l’Amazonie tenu à Rome en octobre dernier; un document qui était attendu fin 2019.

Enfin, était-il nécessaire que cette "disputatio" prenne une forme publique ? Le pape émérite n'aurait-il pas pu, comme il le fait par ailleurs régulièrement, en discuter avec le pape François, lors d'une rencontre privée? Et pour reprendre les termes de Jean-Marie Guénois, l'Eglise, aujourd'hui, pour affronter les défis qui s'imposent à elle, a-t-elle vraiment besoin de renouer avec la tradition des "grands débats intellectuels" qui, quoi qu'on en dise, restent inaudibles pour la masse populaire des fidèles ? Cette situation nous rappelle aussi que, s'il est et reste un grand théologien, Benoit XVI n'a pas le don de communication de l'actuel pape. Ce dernier réagira-t-il dans les jours à venir et répondra-t-il à ce "cri d'alarme"?

Non au célibat optionnel

Une première déclaration a été faite par le directeur de la salle de presse du Saint Siège, Matteo Bruni, qui a rappelé la position du pape François, sur le célibat des prêtres, exprimée notamment au retour de son voyage au Panama : "le célibat est un cadeau pour l'Eglise" et d'ajouter qu'il était contre le célibat optionnel. Matteo Bruni a également évoqué le récent synode sur l'Amazonie, où, rappelons-le, la possibilité d'ordonner des diacres mariés permanents comme prêtres avait été suggérée pour répondre aux besoins pastoraux, dans les régions isolées. Mais n'a pas été reprise par François dans son discours de clôture.

Un lien ontologique et sacramentel

Sur le site officiel VaticanNews, le journaliste Andrea Tornielli nous apprend que, dans l'ouvrage cosigné par Benoit XVI et le cardinal Sarah, la question du célibat occupe 175 pages du volume, avec deux textes, l'un du pape émérite et l'autre du cardinal, ainsi qu'une introduction et une conclusion signées par les deux auteurs. Ils y défendent la discipline du célibat et avancent des raisons qui, selon eux, déconseillent de la changer. Parce qu'il y a «un lien ontologique et sacramentel entre le sacerdoce et le célibat. Tout affaiblissement de ce lien remettrait en question le Magistère du Concile et des Papes Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Je prie le Pape François de nous protéger définitivement d'une telle éventualité en opposant son veto à tout affaiblissement de la loi du célibat sacerdotal, même limité à l'une ou l'autre région», écrit le cardinal, qui brandit ainsi la menace d'un effondrement futur de l'Eglise lié à cette condition inamovible de célibat des prêtres.

Benoit XVI, quant à lui, avance des arguments plus historiques, remontant aux origines juives du christianisme, affirmant que le sacerdoce et le célibat sont unis depuis le début de la «nouvelle alliance» de Dieu avec l'humanité, établie par Jésus.

Quelques exceptions à la règle

Le journaliste italien nous rappelle aussi que le célibat sacerdotal n'est pas et n'a jamais été un dogme. C'est une discipline ecclésiastique de l'Eglise catholique romaine définie comme un don précieux par tous les derniers pontifes. Andrea Tornielli précise aussi que l'Eglise catholique de rite oriental prévoit la possibilité d'ordonner des hommes mariés prêtres et des exceptions ont également été admises précisément par Benoît XVI dans la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus du 4 novembre 2009 dédiée aux anglicans qui demandent la communion avec l'Eglise catholique. Il est prévu dans ce document "sur l'établissement d'ordinariats personnels pour les anglicans qui entrent dans la pleine communion avec l'Eglise catholique", signé par le pape de l'époque, Joseph Ratzinger, "que soient admis à l'ordre des prêtres des hommes mariés, au cas par cas et en fonction de critères objectifs approuvés par le Saint-Siège"

S.D. (avec Le Figaro, VaticanNews et Cath.ch)

Illustration : pixabay CCO


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