Alors que les contacts se poursuivent pour tenter de former un gouvernement fédéral, il faudra à l'avenir mieux encadrer l'aide au développement car celle-ci peut se transformer en outil de surendettement des pays pauvres. Tentative d'explications.
En août 2015, les 193 pays membres de l'Organisation des Nations Unies (ONU) ont approuvé dix-sept objectifs de développement durable (ODD) à atteindre d'ici 2030 pour assurer la paix et la prospérité pour les peuples et la planète. Des priorités qui s'inscrivent dans la continuité des Objectifs du Millénaire qui devaient eux être atteints précisément en 2015. Ces objectifs de développement durable répondent aux défis mondiaux auxquels tous les pays du globe sont confrontés, notamment ceux liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l’environnement, à la prospérité, à la paix et à la justice.
Dans le cadre de ces ODD, les gouvernements se sont engagés mobiliser 0,7% du revenu national brut (RNB) de leur pays pour financer l'aide au développement. Or, à l'analyse, on est loin d'atteindre ce seuil. A cet égard, notre pays ne fait pas figure de bon élève. Le CNCD-11.11.11 précise que depuis 2010, l’aide au développement est devenue une des principales variables d’ajustement budgétaire du gouvernement belge. Alors qu’il dépassait 0,6% du RNB en 2010, le montant de l’aide belge ne représentait plus que 0,44% du RNB en 2018, estime la coupole des ONG active dans le développement des pays pauvres. Fin novembre, le CNCD-11.11.11 avait dès lors applaudi une résolution prise par la Chambre des députés demandant au gouvernement belge de respecter l’engagement international de mobiliser 0,7% de notre revenu national brut.
Le but est louable, mais les experts en développement estiment qu'il faut encadrer cette aide au développement parce qu'elle peut se transformer en outil de surendettement des pays pauvres. Ainsi, en 2018, l’aide publique au développement des trente membres du Comité d’aide de l’OCDE s’est élevée à 153 milliards de dollars. Ceci, sur la base de la méthode «équivalent-don». Selon la méthode fondée sur les flux financiers, l’aide se serait élevée à 149,3 milliards, soit 2,7% de moins qu’en 2017.
Diminution de la part des aides
En fait, l’aide publique au développement échappe au contrôle des pays pauvres, ce qui minimiserait son efficacité. Dans son dernier rapport annuel, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), appelle donc les donateurs aux pays les moins avancés (PMA), dont la grande majorité se situe en Afrique, à « aligner leur soutien sur les plans de développement » des Etats bénéficiaires de ces aides et à se concentrer davantage sur le secteur productif. La CNUCED pointe le fait que le paysage de l’aide publique au développement s’est transformé au cours des dernières années, avec l’émergence de fondations philanthropiques, comme la Fondation Bill & Melinda Gates, de fonds thématiques consacrés à la lutte contre le changement climatique ou à l’éradication du paludisme ou du secteur privé. "L’aide, qui ne dépend plus seulement des agences étatiques ou des banques de développement, s’est donc dispersée et opacifiée", s’inquiète l'organisation onusienne. Elle met en exergue que si l’aide extérieure continue d’augmenter, en revanche son rythme de croissance s’est ralenti avec une progression moyenne de 2 % par an au cours des huit dernières années, contre 7 % au cours de la décennie précédente. Et de faire remarquer que la plupart des membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développements économiques (OCDE) n’ont pas tenu leurs promesses d’allouer une part plus importante de leurs revenus nationaux bruts à l’aide aux pays pauvres.
Pour la CNUCED, il est inquiétant de constater que la part des aides dans le produit intérieur brut (PIB) des pays les moins avancés ne cesse de diminuer. Elle est tombée à 7 % en 2017 alors qu'elle atteignait 16 %, en 1990. Mais l'organisation met surtout en évidence le risque de voir ces aides se transformer en outil de surendettement pour les pays pauvres, car cette aide s’est surtout traduite par une augmentation des prêts, alors que le volume des dons a stagné, voire diminué. L’encours total de la dette extérieure des PMA a plus que doublé entre 2007 et 2017, passant de 146 milliards à 313 milliards de dollars, signale la CNUCED.
Pour celle-ci, il y a un remède: il faut mieux répartir les investissements privés "qui sont devenus une composante essentielle du partenariat mondial pour le développement durable ».
On le sait, l'aide au développement est un élément essentiel de la stabilité et de la pix dans le monde. Elle est surtout un moyen aussi de mieux coordonner l'immigration. Nos gouvernants doivent y réfélchir.
J.J.D.
© Photo: Entraide & Fraternité

