Pour la foi chrétienne, l’au-delà de la mort est compris comme l’accomplissement de notre communion avec Dieu, le Vivant. Réciproquement, cette communion, que nous ouvre pleinement le Christ, est dès à présent vie éternelle.
Au début de la prière de Jésus, telle que Jean la rapporte dans son évangile, on trouve les mots suivants, les dernières paroles du Christ avant son arrestation: "Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés". "Or", ajoute Jésus, "la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ" (Jn. 17, 1-3).
Ces quelques versets offrent un condensé de ce qu’est la vie éternelle pour la foi chrétienne. La vie éternelle, c’est connaître Dieu – tout simplement, oserait-on dire. Cette "connaissance" désigne non pas d’abord un savoir, mais une connaissance relationnelle, intime, amoureuse – bien que, dans toute relation, il importe également de se connaître mutuellement, de savoir qui est l’autre, fût-il Dieu.
Comment connaître Dieu qui, pour la foi biblique, est …l’Inconnaissable? A Moïse qui lui demande de voir sa gloire, Dieu répond que l’homme ne saurait voir Dieu et vivre (Ex. 33, 18.20). "Personne n’a jamais vu Dieu", écrit Jean; mais il ajoute: "Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé" (Jn. 1, 18). Le Fils de Dieu, "resplendissement de sa gloire et expression de son être" (He. 1, 3), met Dieu, l’Inaccesible, à notre portée. "Celui qui m’a vu a vu le Père", dit Jésus à Philippe (Jn. 14,9). "En venant dans le monde" (Jn. 1, 9), le Verbe de Dieu, Jésus-Christ, ouvre l’humanité à une relation immédiate avec Dieu, que la tradition théologique et spirituelle chrétienne appellera "communion".
La gloire de l’Amour
Notre communion avec le Père se réalise de manière décisive dans le Mystère pascal, qui est le passage du Christ par la mort et son retour au Père. C’est le sens de la "glorification" dont parle le quatrième évangile: c’est dans son don-de-soi jusqu’à l’extrême, dans son amour-jusqu’au-bout que le Christ, sur la croix, révèle de manière définitive qui est Dieu, son identité la plus intime, autrement dit: sa gloire, qui est celle de l’Amour. Par là-même, le Fils est également glorifié, "élevé", en ce qu’il manifeste, justement, son être de Fils envoyé par le Père. Cette gloire du Fils, c’est aussi celle de l’Amour qui s’est donné jusque dans la mort, don que le Père a accueilli en lui faisant traverser l’abîme, en lui re-donnant sa Vie, sa gloire, son Amour.
C’est ainsi que, à son tour, le Christ ressuscité "a le pouvoir" de nous partager cette vie de Dieu, cette vie éternelle qui est le Père, avec lequel il est en communion. Cette vie éternelle, nous la recevons par le Ressuscité, avec lui et en lui, à travers notre communion avec lui. La vie éternelle c’est vivre en communion avec Jésus-Christ, mort et ressuscité et, à travers lui, en communion avec le Père. "La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ" (Jn. 17, 3).
Au-delà de la mort
Cette vie éternelle dont nous sommes invités à vivre n’est pas réservée à l’au-delà de cette vie. Nous sommes destinés à vivre dès à présent de la vie éternelle, qui est, déjà maintenant, vie en plénitude. Et même si la plénitude est loin d’être notre lot quotidien… la vie éternelle commence, en germe, dans tout ce qui fait notre vie, y compris dans ses aspects les plus quotidiens. Cette semence est appelée à grandir comme notre communion avec Dieu et, comme le levain, à imprégner, toujours plus, toutes les dimensions de notre existence, qui sont comme transformées de l’intérieur par la Présence de Dieu. Quant à notre vie dans l’au-delà de la mort, elle peut être comprise comme le prolongement de notre communion avec Dieu, qui atteindra alors sa plénitude, son accomplissement.
C’est donc également la notion de communion qui nous donne à comprendre ce qu’est l’au-delà pour la foi chrétienne. L’au-delà, c’est Dieu, tout simplement. Être dans l’au-delà, c’est être auprès de Dieu, être en Dieu, demeurer en communion avec Dieu après notre mort. L’idée de communion implique aussi que tous les humains, vivants ou défunts, gardent un lien, une relation par-delà la mort. Et ce lien est possible, bien plus, il est réel, dans la mesure où tous, vivants et morts, sont en communion avec Dieu, le Vivant.
Christophe HERINCKX, docteur en théologie
Paradis, enfer, purgatoire
Comment, dans la vision chrétienne de l’au-delà, situer les notions de paradis, d’enfer et de purgatoire? Pendant des millénaires – quelle que soit la manière dont chaque culture, chaque religion se représentait plus précisément les choses –, Dieu, ou les dieux, ont été situés dans une région, un lieu physique se trouvant au-dessus de la terre. Quant aux "démons", ils étaient situés sous terre. Dans cette compréhension antique du monde, on avait ainsi le paradis en haut, la terre au milieu et, en dessous de celle-ci, les enfers. Et dans la conception biblique ancienne, les défunts rejoignaient le shéol, pour y mener une sorte de semi-existence fantômatique, horss de la présence de Dieu. Plus tard, la conception chrétienne précise quelque peu les choses: au moment de leur mort, les humains rejoignaient le ciel ou l’enfer, le plus souvent fonction de la façon, bonne ou mauvaise, dont ils ont mené leur existence terrestre.
Cette compréhension, issue de la cosmologie antique, a eu cours jusqu’au Moyen Âge. La révolution copernicienne, puis la cosmologie de Galilée, a bouleversé cette représentation du monde, en découvrant que la terre autour du soleil. Depuis un siècle environ, les progrès de l’astrophysique, et la vision complexe de l’univers qui en découle, ont amené les théologiens à repenser les notions de paradis et d’enfer, à partir des Ecritures et de la tradition de l’Eglise.
Référence spatiale
Désormais, ces "lieux" ne pouvaient plus être situés dans l’univers physique mais, justement, au-delà du monde, hors de toute référence spatiale. En d’autres termes, le paradis, l’enfer, ainsi que le purgatoire, ne pouvaient plus être considérés comme des lieux. Tout comme Dieu Lui-même ne pouvait plus être "localisé" dans l’espace. Si on savait déjà que Dieu est éternel, sans commencement ni fin, donc au-delà du temps, on prenait également conscience que Dieu est au-delà de l’espace. A partir de cette évolution, le paradis sera identifié au fait d’être dans une plénitude de communion avec Dieu et avec les autres humains, après notre mort, tandis que l’enfer est l’absence totale de cette communion avec Dieu – et avec les autres. L’enfer est ainsi perçu comme un "état" de rupture total et définitif par rapport à Dieu et les autres, un état d’isolement radical et de désespérance, à la suite d’un refus conscient, libre et définitif, par l’humain, de l’amour de Dieu.
Quant au purgatoire, il peut être compris comme suit. Il se peut qu’au moment de sa mort, une personne ne soit pas encore capable d’entrer dans la pleine lumière de Dieu, sa relation à Dieu étant demeurée, pour ainsi dire, à l’état embryonnaire au cours de sa vie. C’est cette possibilité qui a amené l’Eglise à développer son enseignement sur le purgatoire, qui signifie qu’après la mort, et avant d’entrer dans la plénitude, l’homme peut avoir besoin d’être purifié par l’amour de Dieu.
C.H.

