Alzheimer : Quand les souvenirs refont surface


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Alzheimer : Quand les souvenirs refont surface
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

Le musée rural de Bastogne lance "Les boîtes à causeries". En les ouvrant, un objet du passé apparaît et fait surgir des souvenirs. Une méthode précieuse pour converser avec les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Les "boîtes à causeries" sont l’aboutissement d’une démarche mutuelle entre le personnel du musée En Piconrue (Bastogne) et les bénévoles de la Ligue Alzheimer. Les besoins des uns viennent utilement compléter les demandes des autres. Ce musée, qui s’appelle désormais Musée de la Grande Ardenne, rassemble en effet de nombreux objets évoquant les traditions et coutumes de la région. Ils servent à susciter des souvenirs pour les visiteurs les plus âgés et à éveiller la curiosité des plus jeunes. L’exposition Les Ages de la vie qui constitue la partie permanente du musée contribue beaucoup à créer ces discussions entre les générations. Pour leur part, les familles touchées par la maladie d’Alzheimer d’un des leurs apprécient le fait que leur proche malade prenne part à une discussion quand cela concerne un souvenir pratique. "Avec les malades d’Alzheimer, on ne peut pas trop parler de choses abstraites ou lointaines", explique Suzanne Henry, fondatrice de la Ligue Alzheimer. Au contraire, le fait de leur présenter un moulin à moudre le café peut contribuer à les faire s’exprimer. Spontanément, elles pourront expliquer comment cela fonctionnait et joindre le geste à la parole.

Un téléphone pour une conversation imaginaire
Jusqu’à présent, les deux démarches se déroulaient parallèlement. D’un côté, la Ligue Alzheimer qui organise à intervalles réguliers des cafés-rencontres ouverts spécifiquement aux malades et aux aidants pour favoriser la socialisation. "Rien que le fait de se déplacer est une bonne chose", souligne Suzanne Henry, même si cela suppose aussi de s’adapter à un lieu qui n’est pas familier à la personne malade. De l’autre, le musée de la Grande Ardenne qui encourage l’utilisation des trésors du patrimoine comme passerelle de discussion entre les visiteurs. Anissa Guarneri, animatrice dans ce musée, raconte par exemple, comment la vue d’un téléphone à cadran avait provoqué une animation spontanée: "Le plus âgé s’est emparé du cornet et a commencé une conversation imaginaire…" L’animatrice explique d’ailleurs qu’il y a toute une série d’objets de médiation dans ce musée, des outils qui peuvent être pris en main, soupesés, sentis et manipulés. La vue d’un cartable, son odeur de cuir tanné, permettra peut-être d’aborder la question de l’école à l’âge où ces grands-parents étaient enfants. Suzanne Henry, de la Ligue Alzheimer, confirme que beaucoup de choses peuvent inciter à la discussion. "Dans le processus de perte progressive de la mémoire, chaque porte qui s’ouvre vers un souvenir ancien apporte un rayon de soleil", ajoute-t-elle.

Idées reçues
Derrière le mot Alzheimer, il y a beaucoup d’idées reçues. Même si une personne sur vingt parmi les plus de 65 ans souffre de cette maladie, elle reste souvent assimilée à la démence. Les personnes malades sont parfois confinées. Tout effort de socialisation, en présence éventuellement d’un animateur, permet de réactiver des connaissances et des savoir-faire. "Le fait que les malades parlent des objets ou des faits du passé montrent qu’ils ont encore des capacités", confirme la présidente de la Ligue Alzheimer. "Les boîtes à causeries" que le musée a préparées sont destinées à être prêtées à des groupes, dans un home ou dans une institution reconnue. Les participants se réunissent autour de l’une de ces boîtes, actuellement au nombre de six. En l’ouvrant, ils découvriront, dans un environnement protecteur pour éviter les dégâts du transport ou de l’humidité, un objet du patrimoine qui devrait raviver des souvenirs du passé. Lors de notre reportage, ce sont des petites chaussures d’enfants qui sont apparues. "Est-ce que je les ai encore à la maison?" demande l’une. "Je me souviens, j’ai acheté celles de mon fils dans la boutique de la rue à côté de l’école", réplique l’autre. Si la discussion ne démarre pas spontanément, le musée a prévu une série de questions pour aider à l’animation du groupe.
Ces boîtes à causeries viennent tout juste d’être lancées à Bastogne. Anissa Guarneri imagine déjà quelques déclinaisons possibles "avec des objets propres à certains lieux" comme la faïence Villeroy & Boch à La Louvière. A travers ces animations, une autre manière d’utiliser le patrimoine collecté au musée fait son apparition. Ce n’est pas qu’un bâtiment figé dans son contenu et sa présentation. La grande Ardenne représente plutôt un espace de débat autour des traditions de la région.

A-F de BEAUDRAP

Pour plus de renseignements, contactez le musée au 061 550 055 ou via [email protected]

Catégorie : L'actu

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