Des camps tendent vers le zéro déchet


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Des camps tendent vers le zéro déchet
Réduire les déchets au camps demande de s'y préparer toute l'année. Des formations sont organisées et un projet-pilote accompagne les animateurs de cinq fédérations de mouvements de jeunesse. (c) Les Scouts Baden-Powell de Belgique
Par Nancy Goethals
Publié le - Modifié le
5 min

De plus en plus de camps font l'expérience de réduire leurs déchets. Pari gagné: un sac poubelle pour une dizaine de jours et une quarantaine de personnes!
(c) Les Scouts Baden-Powell de Belgique

En juillet, des centaines de camps scouts, guides, patros… battent leur plein et la campagne. Quinze jours à sortir du ronron quotidien et des habitudes transforment les milliers de jeunes qui y participent! Et, à propos de changements, les animés sont de plus en plus sensibilisés par leurs animateurs à l’impact sur la planète de leur façon de consommer.

La thématique des camps durables est même pour ainsi dire devenue centrale dans les questionnements et réflexions des animateurs. C'est pourquoi, nombreux sont ceux qui ont choisi de réduire le plus possible leurs déchets au camp. Et ce, de leur propre initiative ou encouragés et accompagnés par leur fédération.

C'est ainsi qu'en 2017 les responsables de la fédération Les Scouts Baden-Powell de Belgique (appelés Les Scouts) ont décidé d'y investir du temps et de l'énergie. C'est un ancien animateur qui est à l'origine du projet "camps zéro déchet": il avait tenté l'expérience en 2015, puis a accompagné une troupe en 2016. Il a ensuite proposé d'en faire un projet de fédération.

"Avec des partenaires déjà spécialistes dans le domaine, on s’est mis autour de la table pour rêver un camp durable" nous explique Sébastien Renouprez, un des administrateurs de Les Scouts. Et il poursuit: "L'association Zero Waste Belgium et le cuistot Nicolas Bauwens - qui travaille dans l’alimentation durable - nous ont aidé à construire un accompagnement autour des différentes problématiques de la réduction des déchets. En parallèle, j’ai rencontré les responsables des autres mouvements de jeunesse en Fédération Wallonie Bruxelles et nous avons décidé d’en faire un projet commun dès le départ."

Voilà donc Les Guides Catholiques de Belgique (GCB), Les Scouts pluralistes, Le Patro et Les Faucons Rouges se sont engagés avec Les Scouts Baden-Powell. Grâce à cette association de plusieurs fédérations, plus de 115.000 jeunes seront touchés à moyen ou long terme par le projet. Et c'est sans compter sur le fait que cette prise de conscience pourra rayonner dans les chaumières des jeunes animés!

Sensibiliser

Les cinq mouvements de jeunesse sont coordonnés par Zéro Waste Belgium qui prépare les formations et les accompagnements. L'association fait aussi le lien avec des experts comme Fristouille.org et l'asbl Empreintes. Cette dernière s'active depuis trente ans à renforcer la capacité des jeunes à être acteurs de leur(s) environnement(s).

Cinq thématiques ont été dégagées: la réduction et le tri des déchets, les produits d’hygiène et d’entretien, l’alimentation durable, le matériel d’animation et la sensibilisation vers les parents et les transports. Les animateurs se fixent des objectifs sur chacun des cinq axes: de 1 "base" à 3 "expert +++". Ces trois niveaux permettent d'éviter que le staff se contente de fabriquer du dentifrice en poudre dans un bocal tout en continuant à acheter de la viande trop emballée dans les supermarchés.

Sébastien Renouprez constate que les objectifs – principalement de sensibilisation - sont restés les mêmes entre 2018 et 2019: "Nous essayons de travailler sur d’autres thématiques progressivement mais nous avons tout de même assez bien cerné la problématique (ndlr: les cinq axes). Notre démarche consiste à former les animateurs, puis les accompagner (on répond à leurs questions, ils peuvent nous envoyer les menus…). On leur rend visite au camp et on voit comment cela se passe, ce qui est difficile, ce qui fonctionne bien… Puis, de août à décembre, on organise des réunions d'évaluation avec tous les staffs ayant participé au projet-pilote pour qu’ils puissent partager les bonnes pratiques." Cela permet de tirer des leçons et d’améliorer le concept.

En 2018, le projet-pilote a concerné une quinzaine de camps des cinq fédérations de mouvements de jeunesse. Cet été, grâce à l’aide du cabinet Di Antonio, 30 nouveaux staffs sont entrés dans le projet. Donc, en deux ans, cela fait 45 camps accompagnés officiellement. Sébastien Renouprez insiste sur le fait que le soutien des pouvoirs publics est apprécié et appréciable. Quant aux formations, elles sont financées par Bruxelles Environnement.

Tous impliqués

"Dans cette formation 'camps zéro déchet', explique Sébastien Renouprez, on demande qu’il y ait au moins un cuistot qui soit présent. Le chef Nicolas Bauwens organise un atelier de cuisine où il explique comment cuisiner les légumineuses et comment réutiliser les restes des repas (pour limiter les déchets alimentaires)."

Par ailleurs, un volet de la formation est dédié à la sensibilisation des enfants et de leurs parents pour en faire de vrais partenaires du projet. C'est ainsi que des parents - et même des grands-parents - mettent joyeusement la main à la pâte en préparant non seulement des confitures mais aussi des savons ou des shampoings secs 'maison' pour les camps.

Moins de déchets, plus de coûts?

Il est possible de faire des choix qui gardent le budget à l’équilibre. Ils ne sont pas toujours faciles. Par exemple, les légumineuses fournissent des protéines moins chères que la viande mais cela demande une équipe de cuistots qui sache comment faire. "Cela peut être un facteur limitant" relève l'administrateur de Les Scouts qui encadre ce projet. D'autre part, en passant à un mode 'zéro déchet', on achète des aliments plus basiques, tels que le porridge. Il y a aussi moins de pertes car on achète, en vrac, la quantité nécessaire.

Que le camp ait lieu en Belgique ou à l'étranger, cela demande de la préparation. il faut se renseigner à l’avance sur la région où l’on campe, sur les petits commerces locaux... "A l’étranger, cela peut être un vrai casse-tête", reconnait Sébastien Renouprez, mais un outil pédagogique d’accompagnement devrait voir le jour, avec une série de bons trucs et d’astuces. "

C.R.A.C.S. "toujours prêts"!

En créant le scoutisme, Baden-Powell était convaincu que les jeunes pouvaient éduquer d'autres jeunes. Les GCB veulent former des Citoyens Responsables Actifs Critiques et Solidaires (C.R.A.C.S.), Les Scouts quant à eux mettent tout 'leur temps, leur talent et leur cœur' à éduquer les jeunes et les encourager à s'engager. L'expérience des camps durables est en tout cas une belle preuve que les jeunes prennent leur avenir en main.

Ces camps sont donc un laboratoire de bonnes pratiques et d'éducation. . Pours Sébastien Renouprez, la conscientisation environnementale devient vraiment un phénomène de société:"Il y a une vraie demande des animateurs pour être mieux accompagnés, mieux soutenus dans ces démarches. Une chose est sûre, conclut-il, comme les animateurs ont plébiscité la thématique de la durabilité, les scouts en entendront de plus en plus parler!"

Nancy GOETHALS

Dans un prochain article, nous parlerons de l'impact de cette démarche sur l'entourage.


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