Alors qu'on déplore une quatrième victime de l’épidémie d’Ebola à Goma, l’évêque nouvellement installé, Mgr Willy Ngumbi Ngengele, prend des mesures très concrètes.
Le nouvel évêque de Goma au Nord-Kivu, le Père blanc Willy Ngumbi Ngengele, vient d’interdire certaines pratiques lors des services religieux dans les églises catholiques afin d’éviter toute transmission du virus d’Ebola. Dans un communiqué, la chancellerie du diocèse préconise "des lavages obligatoires des mains avant la messe pour tous les chrétiens avec de l’eau chlorée et la suspension de se donner la main après l’invitation à la paix du Christ par le prêtre". Par ailleurs, la quête doit dorénavant se faire "seulement pendant le chant d’action de grâce et non à l’offertoire". Visiblement, ces mesures de lutte contre Ebola prises par Mgr Ngumbi Ngengele ont été suivies avec succès dans sa propre cathédrale Saint Joseph, archicomble lors de la messe dominicale.
Pasteur évangélique
Quelques jours auparavant, un premier cas d’Ebola à Goma avait semé la panique tant au sud du Nord-Kivu qu’au Sud-Kivu. Il s’agit du pasteur Daniel Kuyuba Mastaki de l’Union chrétienne de Jérusalem, une église pentecôtiste à Bukavu. Le pasteur s’était rendu début juillet à Butembo, le centre de la dixième épidémie d’Ebola recensée en République Démocratique du Congo (RDC), pour y prêcher auprès des patients et leurs soumettre les mains, ne se rendant apparemment pas compte qu’il allait de la sorte être contaminé lui-même. Vers le 9 juillet, les premiers symptômes de la contagion sont apparus – fortes fièvres et frissons, diarrhée et épuisement total – mais Kuyuba Mastaki s’est encore rendu en bus à Goma, où il ne s’est présenté que le dimanche 14 juillet pour des examens de santé… qui ont vite avéré qu’il était porteur du virus.
Dixième épidémie d’Ebola
Le nombre de victimes de cette dixième épidémie d’Ebola au Congo s’élève déjà à plus de 2.500 personnes, dont plus de deux tiers n’ont – tout comme le pasteur Kubuya Mastaki - pas survécu à la maladie. Jusqu’à présent, l’épidémie était restée concentrée au nord-est du pays, dans le diocèse de Beni-Butembo. Or, le diocèse de Goma avec plus de deux millions d’habitants est beaucoup plus peuplé, tout comme l’est le Sud-Kivu. Les cas survenus à Goma ont, dès lors, non seulement semé la panique dans la population locale mais aussi auprès des institutions internationales : le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a élevé l’épidémie au rang "d’urgence mondiale" et a demandé à la communauté internationale de "redoubler les efforts".
Après tant de guerres et de crises non résolues, les habitants de l’est de la RD Congo n’ont plus vraiment confiance dans les institutions internationales. En sur la scène politique congolaise, l’approche d’une crise comme celle de l’Ebola provoque des coups de gueule : après avoir annoncé que tous les passagers du bus emprunté par le pasteur Kubuya Mastaki pour son trajet vers Goma avaient été identifiés, le ministre de la Santé publique, le docteur Oly Ilunga Kalenge, a présenté sa démission. Le ministre voulait ainsi exprimer sont mécontentement suite à la décision du Président Felix Tshisekedi qui avait mandaté un autre médecin pour coordonner la lutte contre l’épidémie. Parmi les quelques acteurs qui jouissent encore suffisamment de confiance en RDC pour réellement influencer les réactions de la population… figurent évidemment les évêques catholiques.
Benoit LANNOO - Photos: Mgr Ngumbi Ngengele (source: CENCO), Ebola (Photo d'illustration - source: U.S. Army photo by Staff Sgt. Terrance D. Rhodes/RELEASED), eau et savon CCO Pixabay.

