Deux mois après l’incendie de la cathédrale, l’archevêque, Mgr Michel Aupetit a rappelé l’alliance entre ciel et terre qu’incarne Notre-Dame de Paris
C’est dans un environnement hautement sécurisé que l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit a célébré sa première messe,un jour avant la Fête de la dédicace qui commémore la consécration de l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris.Entouré d’une vingtaine de personnes parmi lesquelles des ouvriers et des personnes en situation précaire, l’archevêque a célébré un office sobre et émouvant dans la chapelle de la Vierge qui abritait la Sainte-Couronne d’épinesdu Christ, sauvée des flammes la nuit du 15 avril dernier.
A 18 heures ce samedi 15 juin, cette toute petite assemblée est donc entrée dans la cathédrale, chacun revêtu d’un casque de chantier pour se frayer un chemin jusqu’à la chapelle située derrière le choeur. Ce cortège a été suivi des yeux par des milliers de personnes et la messe retransmise par la chaîne française KTO a permis à des millions d’autres de la regarder. Dans un décor de destructions encore visibles, de pierres calcinées et de fers tordus, où les voutes effondrées ouvrent des trous béants vers le ciel, la tenue de cette messe était un acte de bravoure afin de marquer la volonté humaine de reconstruire ce chef d’oeuvre. Dans son homélie, Mgr Aupetit a rappelé qu’il faudrait du temps pour effacer l’outrage de l’incendie, mais que la cathédrale demeurerait vivante tant que sa pierre angulaire ne serait pas retirée: le Christ. Evoquant la dimension religieuse de l’édifice, au-delà de sa valeur patrimoniale, il a souligné que si la cathédrale est un chef d’oeuvre de l’homme, l’homme est le chef d’oeuvre de Dieu, scellant lorsque les deux se rejoignent, l’alliance entre le ciel et la terre. La messe brève et intense avait un caractère informel qui a exalté sa dimension pionnière. Avant de quitter l’édifice, la petite assemblée s’est tournée vers la vierge du pilier, sortie des flammes intacte, afin de rendre hommage à Notre Dame, symbole de l’amour et de la tendresse humaine. Elle était, elle aussi, entourée d’une clôture en bois, en attente d’être nettoyée.
Depuis deux mois, quelques 150 ouvriers travaillent sur le chantier à déblayer, nettoyer, sauvegarder ce qui peut l’être, pendant qu’architectes, ingénieurs et experts se relayent pour étudier les causes de l’incendie, évaluer les dégâts et les coûts d’une reconstruction. A ce sujet plusieurs polémiques ont éclaté. La première a eu lieu dans la foulée de l’annonce par le président Emmanuel Macron de reconstruire la cathédrale en 5 ans. Le 29 avril dernier, plus d’un millier de membres de la communauté scientifique internationale ont adressé une lettre au président de la République l’appelant « à ne pas dessaisir les experts du patrimoine de la gestion sereine de la restauration de la cathédrale et à renoncer à son projet d’une loi d’exception ».Cette loi est en cours d’examen à l’Assemblée et au Sénat, mais ce dernier est très critique vis à vis du projet de loi qui autorise de nombreuses dérogations aux règles des travaux de restauration. Le ministre de la Culture, Franck Riester a tenté de temporiser, en assurant que la restauration ne se ferait pas en 5 ans pile et qu’un concours d’architectes allait être organisé pour réfléchir à la possibilité d’apporter « un geste architectural nouveau ». Seconde polémique: la question des fonds. Sur le milliard de dons annoncés, seuls 80 millions ont été effectivement versés. Ces dons sont essentiellement ceux de particuliers, là où les grands donateurs, dont François Pinault et Bernard Arnault, qui avaient annoncé respectivement des dons de 100 et 200 millions d’euros n’ont pas encore procédé au déboursement du moindre centime. Un décalage entre intentions et actes qui peut cependant s’expliquer par le fait que les dons des particuliers sont souscrits sans conditions particulières, tandis que les grandes entreprises et les collectivités doivent d’abord élaborer des conventions sur l’affectation de leurs contributions.
Pour l’heure, les ouvriers demeurent dans la phase de sécurisation, l’édifice étant toujours déclaré instable et l’environnement immédiat de la cathédrale, demeurant totalement inaccessible. L’incendie a par ailleurs provoqué une retombée importante de plomb: quelques 250 tonnes de plomb sont partis en fumée, une fumée toxique qui a été respirée par les Parisiens et dont les particules sont retombées dans les rues, les parcs, jusque dans l’intérieur des habitations. Il s’agit dès lors d’examiner aussi ce que cela pourrait signifier en termes de santé publique.
Avant de voir Notre Dame de Paris entièrement restaurée, le parcours sera long et semé d’embuches et de polémiques.
L.Dh.
Lire l'intégralité de l'homélie de Mgr Aupetit
Revoir la messe sur le site de KTO


