
Ce 12 juin 2019 avait lieu la deuxième journée de réflexions sur "Laudato Si" - (c) CIDSE
Si les chrétiens veulent répondre au « cri de la Terre et au cri des pauvres », il est urgent de procéder à une conversion... de leurs modes de vie. C'est l'appel lancé par un ensemble de commissions et organisations catholiques qui proposaient, ce 12 juin, une journée de réflexions sur Laudato Si’.
Quatre ans après la Lettre encyclique du Pape François sur la "sauvegarde de la maison commune", la COMECE invitait donc à se pencher sur les initiatives concrètes mises en oeuvre par des groupes et communautés dans divers pays d'Europe.
Mais pour commencer, Monseigneur Jean-Claude Hollerich - le président de la COMECE - a rappelé l'urgence de passer à des actions concrètes. Rappelant que la raréfaction des ressources et les politiques nationalistes ne peuvent que mener à la division, "le manque de vision est inacceptable, a-t-il dit en introduction de cette journée. "Si nous ratons cette occasion nous aurons affaire à du terrorisme écologique. Notre responsabilité est donc énorme. Nous ne pouvons nous contenter de discours." Les mentalités doivent changer pour induire un changement d'habitudes. Mais que tout le monde se rassure: "le changement est possible et est beau" a-t-il conclu dans son allocution.
Et pour s'en convaincre, rien de mieux que de faire un petit tour de bonnes pratiques déjà réalisées. Et qui plus est, ces actions écologiques ont pour but d'offrir une bonne vie à tous. Car, le rappelait Monseigneur Hollerich, la dignité humaine et les droits, spécialement des plus vulnérables, doivent être au centre du l’agenda du climat.
A titre d'exemple, le projet œcuménique "Eglise Verte" prend une ampleur inespérée. Preuve, s'il en est, que les chrétiens sont partants pour changer de paradigme. Cette initiative, lancée en septembre 2016 en France dans la foulée de Laudato Si' et de la COP21, a pour but de proposer un label et des fiches techniques aux communautés ecclésiales (paroisses, groupes) qui réalisent une approche écologique intégrale (c'est-à-dire qui ne se limitent pas seulement au tri des déchets). Les attentes ont non seulement été dépassées en termes de participation (300 paroisses en moins d'un an) mais aussi en termes de notoriété dans et au-delà des frontières.
Un autre exemple nous vient d'Assise, la ville du saint qui a inspiré le pape jusqu'à prendre son nom et écrire une encyclique sur l'écologie. La cité italienne accueille chaque année six millions de visiteurs et est confrontée à une pollution plastique très importante. En 2011, elle a donc lancé un projet appelé 'Fontanelle' dont le but est de réduire le nombre de bouteilles d’eau en plastique, de promouvoir l'usage de gourdes et d'installer des fontaines publiques accessibles à tous. Près de 54 millions de bouteilles d’eau ont ainsi été économisées, soit 7,1 millions de kilos de CO2 épargnés pour leur élimination. A l'occasion de cette journée de réflexion, Stefania Proietti, la maire d’Assise est venue présenter toutes les actions mises en places. Elle a par ailleurs reçu de la COMECE une récompense pour l’engagement écologique de la ville de saint François.

La maire d'Assise reçoit une récompense de la COMECE pour l'engagement de sa ville à la conversion écologique - (c) COMECE
D'autres pratiques écologiques ont été mises en place au sein de l'Eglise. Entre autres en Allemagne où l'on mise sur l'éducation et où la conférence des évêques allemands s'inscrit aussi dans une démarche écologique. En Italie, le diocèse de Padoue explore des pistes durables pour les finances diocésaines et au Portugal, la Casa Velha (la vieille maison) est un projet où toute une famille a adopté un mode vie alternatif.
Changer de façon durable
Monseigneur Hollerich a souligné la nécessité d'une 'conversion écologique' qui implique un mode de vie différent. « Selon moi - a-t-il déclaré – une conversion écologique inclut deux choses : elle nous invite à un changement profond de nos modes de vie afin qu'ils deviennent réellement durables, dans un sens pratique et matériel mais aussi spirituel – et elle nécessite des choix politiques audacieux qui soutiennent ces efforts pour lutter contre la surconsommation et pour réduire considérablement l’empreinte écologique aux niveaux individuel et de la communauté ».
Les nombreux intervenants à cette journée de réflexion ont souligné que les efforts visant à protéger et améliorer la Création entraînent de profonds changement dans nos modes de vie, modèles de production et de consommation, ainsi que dans les structures de pouvoir établies et régissant les sociétés. Échangeant avec des représentants des institutions, ils ont proposé à l’Union Européenne leurs recommandations pour donner une forte impulsion à de tels changements, par le biais de politiques susceptibles de promouvoir et de soutenir les choix de modes de vie durables.

Les intervenants venus de France, Allemagne, Portugal et Italie pour présenter des projets de conversion écologique au sein de l'Eglise - (c) CIDSE
Dans le cadre renouvelé par les élections européennes et en vue du Synode pour l'Amazonie (octobre 2019), la Deuxième journée de réflexion sur Laudato Si’ a relancé un appel en faveur du rôle unique de l’Europe au niveau mondial, notamment en matière de protection des droits de l’homme, de développement durable et de justice économique. A noter que la Première journée de réflexion sur l'encyclique portait sur la nécessité de soutenir un système financier durable.
Appel est donc lancé à tous les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté pour se retrousser les manches de toute urgence. Cette journée doit permettre à d'autres communautés - à travers l'Europe - de dupliquer ou du moins de s'inspirer des projets existants. Réfléchir globalement et agir localement, tel peut être le message transmis par chacune des initiatives présentées.
Nancy Goethals
Cette journée de réflexion a été organisée par la Commission des Épiscopats de l’Union européenne (COMECE), le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), le réseau de Justice & Paix Europe, CIDSE, le Mouvement catholique mondial pour le climat (MCMC), le Jesuit European Social Centre (JESC).
NB: Le Synode pour l'Amazonie aura pour but d'explorer de nouveaux chemins pour l'Eglise et pour une écologie intégrale. Nous en reparlerons prochainement.
