De « Sacrés objets », expliqués par Arnaud Join-Lambert


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De « Sacrés objets », expliqués par Arnaud Join-Lambert
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
5 min

Avec "Sacrés objets", le théologien Arnaud Join-Lambert nous offre un véritable chemin de (re)découverte du rite catholique romain en s’intéressant aux objets, mais aussi aux lieux et divers éléments qui soutiennent la liturgie. Suivez le guide!

Ce livre – compilation de chroniques publiées dans le mensuel 'Prions en Eglise' - a été conçu comme un parcours spirituel et symbolique, et non comme un dictionnaire. Un choix indiscutablement judicieux. Au-delà du simple jeu de mot, le titre « Sacrés objets » veut témoigner d’un franchissement de seuil – physique et mental – d’une réalité à une autre. Et de la pertinence de distinguer encore aujourd’hui le sacré du profane.

Géographie du sacré

Ne nous laissons pas trop vite enfermés par le titre. En effet, la liturgie de la messe, si elle repose sur l’utilisation d’objets, se construit également dans l’espace. Ainsi, l’église est divisée en plusieurs zones, chacune ayant sa fonction propre. L’organisation spatiale d’une église, écrit l’auteur, est la transcription dans la pierre de la relation de Dieu avec son peuple. Une véritable géographie du sacré, matérialisant le corps du Christ. Le chœur est aussi le cœur, lieu où se manifeste l’amour de Dieu, par le sacrifice de son fils unique. D’où la présence dans cette espace de l’autel, symbole du Christ, qui retrouve une place centrale avec Vatican II. Et de l’ambon, répandu dans les églises orientales antiques, abandonné en occident au Moyen-Age et réintroduit lors du concile. Le siège de présidence complète l’ensemble. Souvent discret et délaissé, ce dernier n’en est pas moins indispensable ; pas de liturgie possible sans présidence, puisqu’elle rend visible l'invisible de la relation entre Dieu et ses fidèles rassemblés. Célébrer l’infini dans un espace à la mesure de l’homme, voilà tout le défi improbable que résolvent nos liturgies, selon la très belle formule de l'auteur.

De l’eau et de la lumière

Toute vie chrétienne débute par un sacrement, celui du baptême, marqué par deux éléments fondamentaux dans la foi chrétienne : l’eau et la lumière. Le baptistère est, pour Arnaud Join-Lambert, un lieu de mémoire trop peu cultivé, parent pauvre des réaménagements d’église depuis Vatican II. Le théologien estime que le baptistère devrait être fixe, bien ancré, de préférence près de l’entrée de l’église. Il veut également réhabiliter le bénitier qu’il nous faut " pratiquer". Effleurer l’eau bénite de ses doigts et se signer, en rappel de son baptême, est "un geste simple et beau", affirme-t-il. Le cierge pascal est mis en avant le jour du baptême, mais aussi dès que la dimension de profession de foi est présente. Et donc lors de funérailles aussi, marquant l’entrée dans la vie éternelle. Symbole privilégié du Christ - c’est pourquoi il doit être visible par tous – le cierge a perdu certains de ses usages, détaillés par l'auteur.

Dieu rendu présent

Certains objets vont permettre au chrétien d’entrer en relation avec Dieu, en le rendant présent. L’évangéliaire, dans lequel le prêtre lit chaque dimanche un extrait d’évangile, n’est pas un simple recueil de textes, il symbolise le Christ et a été remis à l’honneur lui aussi avec le Concile Vatican II.

Seule l’histoire permet de comprendre les usages actuels en matière de liturgie. Tel est notamment le cas pour le tabernacle. "Au Moyen Age, et ce fut le cas pendant 1000 ans, le tabernacle servait à conserver les hosties consacrées pour les malades et les mourants ", raconte Arnaud Join-Lambert. A cette époque, les fidèles ne communiaient qu'une fois par an, à Pâques. Le tabernacle était alors un lieu de prière pour se mettre en présence du Seigneur. Au début du 20e siècle, sous l’impulsion de Pie X, la communion a été rétablie dans l’Eglise catholique pour tous les fidèles chaque dimanche. Dès lors, il a fallu gérer des stocks plus importants d’hosties toutes prêtes. "Or, on ne devrait pas utiliser le tabernacle plus qu’avant", s’exclame le théologien. Nous devrions en fait consommer tout ce qui est consacré à chaque messe et ne garder que les hosties destinées aux malades. En Allemagne, par exemple, quand ils entrent dans l’église, les fidèles doivent déposer, à l’aide d’une pince, une hostie dans un plateau. Ainsi le célébrant ne consacre que le nombre d’hosties correspondant au nombre exact de personnes assistant à l'office.

C’est aussi cette absence de communion dominicale au Moyen-Age qui a fait apparaître l’ostensoir, objet spécifique de l’église catholique romaine. Il sert à présenter l’hostie à l’adoration, et témoigne de la proximité du Christ au milieu de son peuple. Sorte d’extension du tabernacle, l’ostensoir répond au désir des fidèles de voir l’hostie, corps du Christ, à une époque où l’on communiait au mieux une fois par an comme expliqué ci-dessus. Aujourd’hui, l’adoration eucharistique doit faire de chaque fidèle un ostensoir, capable de faire rayonner à son tour la lumière du Christ, nous invite le théologien.

Rouge ou blanc?

Dans ce livre, Arnaud Join-Lambert se fait également le défenseur de la communion sous les deux espèces, qui nous fait pleinement participer à l’eucharistie. Les inconvénients pratiques ne devraient pas nous éloigner trop vite de la coupe du salut, insiste-t-il. Et si le geste de tremper l’hostie dans le calice n’est pas interdit voire même fréquent, boire directement au calice reste le moyen le plus sûr de pénétrer le mystère du Christ vivant. A l’origine, le vin utilisé pour l’eucharistie était rouge et il l’est toujours dans les églises orientales. En occident, il devient blanc au 16e siècle, pour éviter de tâcher les linges liturgiques.

D'une lecture aisée, magnifiquement illustré, avec un juste équilibre entre histoire du passé et réflexion pour l'avenir, ce livre trouvera sa place dans toutes les bibliothèques.

Sophie DELHALLE

>>> Retrouvez notre entretien avec l'auteur dans le prochain numéro du journal Dimanche n°24 du 16 juin 2019

"Sacrés objets", Arnaud Join-Lambert, Bayard, 2019

Illustration : Pixabay CCO - page intérieure de "Sacrés objets" - couverture du livre

 

 

Catégorie : Eglise Belgique

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